Publié le 27 Jul 2026 - 06:47
INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE DANS LE MONDE EN 2025

645 millions ont souffert de la faim dont la moitié en Afrique

 

Selon les Nations Unies, un tiers de la population mondiale n’a toujours pas les moyens de s’alimenter sainement. En 2025, 645 millions de personnes ont connu la faim, dont plus de 300 millions en Afrique.

 

En 2025, la faim dans le monde a reculé pour la troisième année consécutive, ce qui montre que des progrès sont possibles. Toutefois, les améliorations demeurent fragiles, réparties de manière inégale et insuffisantes pour concrétiser les objectifs de développement durable (ODD) d’ici à 2030, selon le rapport sur L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2026, publié par cinq organismes spécialisés des Nations Unies.

Selon le rapport parcouru par EnQuête, les auteurs de ce document estiment que 7,8 % de la population mondiale a souffert de la faim en 2025, contre 8,1 % en 2024 et 8,6 % en 2022, ce qui confirme une amélioration certes lente, mais durable. Autrement dit, 645 millions de personnes ont connu la faim en 2025, soit une réduction de près de 14 millions et de 43 millions par rapport à 2024 et 2022, respectivement.

En dépit des avancées réalisées à l’échelle mondiale, le relèvement demeure variable d’une région à l’autre. L’Asie, ainsi que l’Amérique latine et les Caraïbes, ont connu des améliorations constantes ces dernières années.

À l’inverse, l’Afrique compte aujourd’hui environ 309 millions de personnes souffrant de la faim, contre 292 millions en Asie. Bien que la tendance à la hausse autrefois constatée en Afrique ait commencé à se stabiliser, la proportion de la population exposée à la faim passant de 20,3 % en 2024 à 20,0 % en 2025, le continent enregistre actuellement le nombre le plus élevé de personnes souffrant de la faim en termes absolus, sur fond de croissance démographique rapide.

Les mesures plus générales portant sur l’accès à la nourriture vont dans le même sens. Selon les estimations, 25,8 % de la population mondiale (environ 2,1 milliards de personnes) étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave en 2025, c’est-à-dire qu’elles étaient parfois contraintes de rogner sur la qualité ou la quantité des aliments qu’elles consommaient. Ce chiffre est en baisse par rapport aux 27,1 % enregistrés en 2024 et aux 28,7 % enregistrés en 2020, ce qui équivaut à près de 86 millions de personnes de moins qu’en 2024 et à 135 millions de moins qu’en 2020, même si ce chiffre reste supérieur aux niveaux d’avant la pandémie.

Les disparités régionales restent marquées. Plus de la moitié de la population africaine (56,6 %) était en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave en 2025, contre 20,3 % en Asie, 22,9 % en Amérique latine et dans les Caraïbes, et 8,7 % en Amérique du Nord et en Europe. Par ailleurs, l’insécurité alimentaire demeure plus prévalente dans les zones rurales que dans les zones périurbaines et les zones urbaines, et les femmes sont encore touchées de manière disproportionnée, bien que l’écart entre les genres se soit légèrement réduit en 2025.

Projections relatives à la faim dans le contexte du conflit au Moyen-Orient

Le rapport annuel contient également des projections actualisées établies pour les cinq prochaines années à la lumière du conflit au Moyen-Orient. En fonction de la durée des effets de la crise sur l’inflation des prix des aliments – qui découle de la hausse des prix de l’énergie et des engrais –, environ 510 à 520 millions de personnes pourraient toujours être exposées à la faim en 2030 (contre une projection moindre établie à 503 millions dans le scénario d’avant le conflit), sachant que le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde devrait diminuer de 20 %.

Cependant, d’autres facteurs de perturbation potentiels, notamment les effets de phénomènes météorologiques extrêmes comme El Niño en 2026 et 2027, ne sont pas pris en compte dans ces projections et pourraient aggraver encore les effets susmentionnés.

Les coauteurs du rapport – l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA), l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) – ont alerté sur le fait que le conflit au Moyen-Orient de 2026, les phénomènes météorologiques extrêmes et les coupes de l’aide publique au développement menaçaient de saper les progrès accomplis s’agissant d’éradiquer la faim dans le monde.  

Des progrès lents au regard des cibles nutritionnelles mondiales

Le rapport souligne que les progrès mondiaux en matière de nutrition maternelle et infantile demeurent également insuffisants pour remplir les engagements internationaux, y compris les cibles nutritionnelles à l’horizon 2030.

Les indicateurs tels que le retard de croissance chez les enfants, l’émaciation, l’excès pondéral, l’insuffisance pondérale à la naissance et l’allaitement maternel exclusif ne s’améliorent que très légèrement, et trop lentement pour atteindre les cibles.

Dans le même temps, l’anémie chez les femmes âgées de 15 à 49 ans s’aggrave, tandis que la prévalence de l’obésité chez les adultes enregistre une augmentation constante, passant de 12,1 % en 2012 à 16,2 % en 2024, ce qui va à l’encontre de la cible consistant à endiguer sa hausse d’ici à 2025.

Seuls 30,8 % des enfants âgés de 6 à 23 mois dans le monde atteignent le seuil de diversité alimentaire minimale et 150 millions d’enfants de moins de 5 ans présentent toujours un retard de croissance.

Une fois encore, les progrès varient considérablement d’une région à l’autre. La prévalence du retard de croissance chez les enfants diminue en Afrique et l’Asie est sur la bonne voie pour atteindre la cible de 2030, tandis que les taux d’allaitement maternel exclusif s’améliorent dans l’ensemble des régions pour lesquelles on dispose de données.

Cependant, presque toutes les régions voient l’anémie chez les femmes s’aggraver, et l’obésité chez les enfants augmente rapidement en Océanie.

Le coût d’une alimentation saine

Le rapport de cette année concerne plus précisément le coût d’une alimentation saine, à savoir le montant minimal moyen qu’il faut dépenser pour se procurer des aliments disponibles localement qui permettent de couvrir les besoins en ce qui concerne l’énergie et la plupart des nutriments. Selon la FAO et l’OMS, une alimentation saine doit être adéquate, équilibrée, diversifiée et modérée.

Le rapport souligne que les coûts demeurent l’une des principales entraves à la concrétisation de l’ODD 2 (Élimination de la faim), même si l’abaissement de ces coûts ne saurait suffire à lui seul à améliorer la qualité de l’alimentation et les résultats nutritionnels.

En 2025, renseigne-t-on, le coût moyen d’une alimentation saine au niveau mondial a augmenté, s’établissant ainsi à 4,28 USD en parité de pouvoir d’achat (PPA) par personne et par jour, contre 3,44 USD en PPA en 2021 et 2,94 USD en PPA en 2017, les montants les plus élevés étant enregistrés en Amérique latine et dans les Caraïbes (4,91 USD en PPA). En parallèle, le nombre de personnes n’ayant pas les moyens de s’alimenter sainement a baissé, passant de 2,97 milliards (37,4 % de la population mondiale) en 2021 à 2,69 milliards (32,7 %) en 2025.

Toutefois, cette évolution, souligne les Nations Unies, masque de fortes disparités régionales. En Afrique, l’abordabilité a considérablement diminué, 66,6 % de la population n’ayant pas les moyens de s’alimenter sainement en 2025, soit plus du double des proportions observées en Asie ainsi qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Le coût d’une alimentation saine varie grandement d’une région à l’autre en raison de différences structurelles entre les systèmes agroalimentaires. Les aliments d’origine animale, les fruits et les légumes représentent la part principale de ce coût, tandis que les féculents de base y contribuent relativement peu. Les aliments d’origine animale sont le premier déterminant du coût d’une alimentation saine en Afrique, alors que cette place est occupée par les légumes en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Ainsi, selon le rapport, les chaînes de valeur alimentaire sont le principal facteur qui influe sur les prix. Les activités après la sortie de l’exploitation représentent 70 à 75 % du prix payé par les consommateurs ; jusqu’à 40 % des coûts totaux interviennent aux stades de la transformation, des services logistiques et des marchés de gros. Par conséquent, il est crucial d’améliorer l’efficacité dans ces segments, en particulier pour abaisser le coût des aliments périssables riches en nutriments.

Réduire le coût d’une alimentation saine, ajoute le document, nécessite des mesures spécifiques au contexte qui accroissent l’offre d’aliments nutritifs tout en diminuant les coûts structurels tout au long des chaînes de valeur agroalimentaires. Ces mesures comprennent des investissements dans les infrastructures, la recherche-développement, l’irrigation et les chaînes du froid, outre des réformes en matière de subventions, de facilitation des échanges commerciaux et de cadres réglementaires.

C’est pourquoi, les interventions ciblées qui stimulent la productivité, réduisent les pertes et promeuvent des pratiques durables vont simultanément améliorer les résultats nutritionnels, renforcer la résilience et contribuer à la réalisation des objectifs climatiques.

CHEIKH THIAM

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