Publié le 20 May 2026 - 14:20
18 MAIRESSES SUR 558 COMMUNES, 13% TÊTES LISTES LORS DES DERNIÈRES LÉGISLATIVES…  

Le Sénégal face au recul de la représentation féminine

 

Malgré le fait d’être une référence en Afrique dans le domaine de la démocratie, il existe au Sénégal des défis à relever concernant la représentativité des femmes au niveau des instances de décision, marquées par 18 mairesses sur 558 communes et 3 femmes présidentes de conseils départementaux sur 43.

Le Sénégal abrite depuis hier et pour deux jours un séminaire consacré à la participation politique des femmes au Sénégal, organisé par le Réseau des femmes leaders pour le développement (RFLD). Point focal Sénégal dudit réseau, Bator Seck, a souligné, hier, que le Sénégal a marqué l’histoire avec la loi sur la parité de 2010, avec la Constitution de 2001 consacrant l’égalité entre les sexes, ainsi qu’avec la ratification des grandes conventions internationales relatives aux droits humains et aux droits des femmes. Mais que derrière ces avancées importantes, les réalités demeurent préoccupantes.

Elle s’explique : "Les élections législatives anticipées du 17 novembre 2024 ont montré un recul de la représentation féminine à l’Assemblée nationale, passant de 44,2 % à 41 %. Plus alarmant encore, seules 13 % des têtes de listes étaient des femmes. Au niveau territorial, la situation révèle encore davantage les limites de notre système politique : sur 558 communes, seules 18 sont dirigées par des femmes. Sur 43 conseils départementaux, seules 3 femmes assurent la présidence ».

« Ces chiffres, poursuit-elle, ne sont pas de simples statistiques. Ils traduisent des obstacles structurels, des résistances culturelles, des inégalités persistantes dans l’accès au pouvoir, au financement politique, à la visibilité médiatique et aux espaces de décision. Et pourtant, les femmes sénégalaises portent ce pays au quotidien. Elles dirigent des communautés, soutiennent l’économie locale, portent les combats sociaux, éduquent, innovent, mobilisent et construisent la paix. La question n’est donc plus de savoir si les femmes sont capables de gouverner. La véritable question est : pourquoi les systèmes politiques continuent-ils encore à limiter leur accès au leadership ?".

Pour répondre à cette urgence, renseigne Mme Seck, le RFLD déploie cette initiative régionale afroféministe avec ses trois dimensions importantes, dont la participation politique des femmes en Afrique de l’Ouest francophone, dans le cadre du programme Afrofeminist Initiative for Human Rights Development in Francophone West Africa, soutenu par le programme SEA-T du BMZ avec l’appui de GIZ.

La cohorte sénégalaise réunit 30 femmes leaders composées de parlementaires, de cheffes de parti, d’élues locales, de candidates, d’activistes et de dirigeantes d’organisations de la société civile. Des profils qui représentent différentes générations, différents parcours, différentes sensibilités politiques et sociales, mais qui portent une ambition commune : transformer durablement la participation politique des femmes au Sénégal.

"Durant ce séminaire, nous allons partager des expériences, analyser les défis, construire des stratégies et surtout renforcer une solidarité féminine capable d’influencer les politiques publiques et les processus électoraux. À travers cette initiative, nous affirmons une conviction forte : la démocratie ne peut être complète lorsque les femmes restent sous-représentées dans les sphères de décision. Car l’avenir politique du Sénégal ne peut pas se construire sans les femmes. Et il ne doit plus se construire pour les femmes, mais avec les femmes", martèle-t-elle.

Bator Seck rappelle que le RFLD est un réseau féministe panafricain engagé pour la transformation sociale et politique du continent africain. Leur action combine le plaidoyer législatif, l’organisation communautaire, le financement des initiatives locales, l’utilisation des données ouvertes ainsi que la défense des droits des femmes, des droits et de la santé sexuels et reproductifs, de l’espace civique et de la justice climatique. Leur crédibilité, dit-elle, repose sur une reconnaissance continentale et internationale importante, notamment leur statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et leur certification équivalente à une organisation américaine de bienfaisance publique 501(c)(3) par NGOsource.

Renforcement de la confiance en soi des femmes engagées

Maman Diouf Fall, représentante du ministre de la Famille et des Solidarités, a, elle, souligné qu’au-delà des obstacles institutionnels, l’un des défis majeurs demeure celui du développement personnel et du renforcement de la confiance en soi des femmes engagées dans l’espace public. Beaucoup de femmes, d'après elle, disposent des compétences et de la légitimité nécessaires, mais hésitent encore à occuper pleinement les espaces de leadership en raison des pressions sociales, des stéréotypes persistants et du manque d’accompagnement structuré.

La question de la formation constitue également un enjeu central. Dans un environnement politique et institutionnel de plus en plus exigeant, les femmes doivent pouvoir accéder à des programmes de formation de qualité portant sur le leadership, la communication politique, la négociation, la gouvernance publique, la prise de parole en public et la gestion stratégique des organisations. Sans investissement durable dans le capital humain féminin, les avancées resteront limitées, précise-t-elle.

Il est également essentiel de renforcer les compétences techniques et professionnelles des femmes afin qu’elles puissent participer efficacement aux processus de décision. Les responsabilités publiques nécessitent aujourd’hui des capacités accrues en analyse des politiques publiques, en gestion de projets, en maîtrise des outils numériques, en mobilisation communautaire et en suivi-évaluation. Ces compétences sont devenues indispensables pour exercer un leadership crédible et influent.

Maman Diouf Fall de souligner : "Nous devons également reconnaître l’existence d’importantes inégalités d’accès à l’information et aux opportunités de renforcement de capacités, notamment pour les femmes vivant en milieu rural ou dans les zones les plus vulnérables. Très souvent, les dispositifs de formation restent concentrés dans les grandes villes, excluant ainsi de nombreuses femmes pourtant fortement engagées dans leurs communautés ».

« Un autre défi, indique Mme Fall, réside dans la nécessité de mettre en place des mécanismes de mentorat et d’accompagnement intergénérationnel. Les jeunes femmes ont besoin de modèles, d’espaces d’écoute et de réseaux de solidarité capables de les orienter, de les conseiller et de les accompagner dans leur parcours de leadership. Enfin, il nous faut promouvoir une culture de l’excellence, de l’engagement citoyen et de l’autonomisation économique des femmes. Une participation politique durable suppose également une autonomie financière, une stabilité professionnelle et une capacité à concilier responsabilités publiques, familiales et sociales. L’autonomisation des femmes reste donc un pilier incontournable de toute stratégie de gouvernance inclusive".

Ainsi, elle informe que la Direction de la Famille a mis en œuvre plusieurs initiatives de renforcement des capacités des femmes et des adolescentes, notamment à travers des activités de sensibilisation, de formation au leadership féminin, d’éducation à la citoyenneté, de promotion des droits humains et d’accompagnement psychosocial des groupes vulnérables. Ces actions contribuent à renforcer la résilience des femmes et leur participation active à la vie économique, sociale et politique. Elles accompagnent également, renseigne-t-elle, les dynamiques communautaires en faveur de la protection des filles, de la lutte contre les mariages d’enfants, des violences faites aux femmes et de la promotion du maintien des filles à l’école.

En collaboration avec les partenaires techniques et financiers, les collectivités territoriales et les organisations communautaires, la Direction de la Famille participe activement à la construction d’un environnement plus protecteur et plus favorable à l’épanouissement des femmes et des filles, souligne Maman Diouf Fall.

Qui déclare : "Au-delà des textes et des engagements, notre responsabilité collective est de créer les conditions d’une participation pleine, libre et effective des femmes à la vie publique. Cela implique un travail continu de transformation sociale, de sensibilisation communautaire, de renforcement du leadership féminin et d’accompagnement des jeunes filles vers les espaces de décision."

CHEIKH THIAM

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