Publié le 30 Jul 2026 - 17:50
ESPOIRS JEUNES - UN ÉTUDIANT UN ORDINATEUR - CONSTRUCTION UNIVERSITÉS

L’enseignement supérieur au cœur de la polémique

 

Censés transformer le système de l’enseignement supérieur sénégalais, ces programmes sont au cœur de la polémique entre responsables Pastef et de Kiiraay qui s’accusent mutuellement de malversations et de violations des textes.

 

S’il y a une commission d’enquête parlementaire qui est attendue avec impatience de part et d’autre, c’est bien celle devant enquêter sur la gouvernance du ministère de l’Enseignement supérieur ces deux dernières années. Durant cette période, ce département a connu au moins trois patrons : d’abord Abdourahmane Diouf, ensuite Daouda Ngom et enfin Boubacar Camara depuis le 1er juin 2026. Au parti Les patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), un seul semble intéresser. Il s’agit du désormais ex leader de Awalé, désormais membre du parti Kiiraay du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye.

Ce dernier a confié dernièrement dans l’émission En vérité de Radio Sénégal International que lui-même a hâte de l’ouverture des travaux de cette commission. La majorité de Pastef, selon lui, risque d’épingler ses propres cadres ou proches. Dr Abdourahmane Diouf invite les députés à faire appel à tous ceux qui sont impliqués dans certains programmes. Il a cité nommément : le directeur général de l’Enseignement supérieur Pr Abdou Aziz Diouf ; la directrice du financement des établissements d’enseignement supérieur Mame Penda Ba, mais aussi le directeur de la Construction Alioune Sow, impliqués respectivement dans les programmes un étudiant un ordinateur ; Espoirs jeunes et construction des 5 lots.   

Plus d’une centaine de milliards au cœur de la polémique

Le moins que l’on puisse dire, c’est que de nombreuses zones d’ombre planent sur la gestion de ces programmes, même si à date, on ne sait pas encore les niveaux de responsabilité des uns et des autres. Abdourahmane Diouf, lui, mettait le curseur sur des directeurs tapis dans l’ombre. “Il y a tellement de directeurs qui se cachent dans les ministères, qui font ce qu’ils veulent, et personne n’en parle. Je demande aux députés d’aller chercher qui a signé le dernier contrat. La réponse c’est professeur Abdou Aziz Diouf, directeur de l’Enseignement supérieur. Il n’a qu’à leur dire pourquoi il a signé ce contrat d’un montant de 6 milliards et dans quelles conditions”, avait-il averti.

Le plus intriguant, c’est qu’à la suite de cette signature, le prestataire avait commandé un stock de 20 000 ordinateurs que son successeur Daouda Ngom aurait refusé de réceptionner. À la place, il aurait préféré remettre 250 000 francs CFA à chaque étudiant.

Parmi les dossiers brûlants qui secouent le département de l’Enseignement supérieur, il y a aussi le programme “Espoir jeunes” pour un montant de 123 milliards de francs CFA. “Je voudrais là aussi qu’on appelle l’ancienne directrice en charge des financements des établissements d’enseignement supérieur Mame Penda Ba. Il faudra expliquer comment on peut être à la tête de cette direction et en même temps gérer l’unité de gestion de projet de la Banque mondiale. Tant que j’étais à la tête de ce département, je m’y étais opposé parce que non conforme aux textes”, charge le ministre.

Kiiraay et Pastef se renvoient la balle

À noter que les directeurs cités sur ces deux programmes ont tous démissionné à la suite du départ du ministre de Pastef Daouda Ngom, avec trois autres directeurs accusés d’être militants ou proches du parti de parti de Ousmane Sonko. À l’appui de leurs démissions, ils évoquaient justement des changements d’orientation dans ces mêmes programmes.

Nos démissions prennent appui sur des désaccords profonds avec l’actuel Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation sur sa vision des politiques publiques en cours dans notre sous-secteur. Il en est ainsi du projet Espoir-Jeunes (123 milliards FCFA), du programme « un étudiant, un ordinateur » doté d’un financement public d’un montant de six milliards par an et des projets de décrets relatifs aux allocations d’études (bourses d’étudiants), aux amicales d’étudiants…”, dénonçaient les frondeurs.

Conçu pour offrir un enseignement supérieur professionnel d’excellence, ce projet Espoir-jeunes, soulignaient-ils, représente une alternative concrète à un système généraliste à bout de souffle. “Ce projet soutient des infrastructures stratégiques : la construction de huit (08) ISEP à Bignona, Kédougou, Kolda, Koungheul, Louga, Richard-Toll, Sédhiou et Tambacounda, dont les travaux entrent aujourd’hui dans une phase décisive….”, rappelaient les démissionnaires dans leur lettre.

Pour eux, ce projet s’impose comme un instrument central pour atteindre les ambitions de refondation de notre écosystème d’enseignement supérieur et de recherche. “Or tous ces chantiers, adossés à des mois de travail et à des résultats concrets, se trouvent aujourd’hui mis en péril par des orientations nouvelles qui en contredisent la lettre et l’esprit”, ont-ils regretté.

Des commissions d’enquête attendues avec impatience

Il en va de même, selon eux, du programme “un étudiant, un ordinateur”. Après plus décennie de fonctionnement hors du cadre légal de la commande publique, pestent-ils, ce projet “s’engageait enfin dans une refondation transparente et souveraine à travers la mise en place d’unités d’assemblage d’ordinateurs au sein des universités, gage d’autonomie technologique, d’accès universel des étudiants à l’outil numérique et de régularité dans la gestion des ressources publiques”.

L’autre dossier que tous les Sénégalais attendaient c’est celui relatif à la construction des 5 lots dans les universités. Un dossier qui a été évoqué depuis le 8 novembre par le Premier ministre Ousmane Sonko qui avait mouillé le ministre Abdourahmane Diouf. Bizarrement, c’est le ministre épinglé lui-même qui le rappelle à l’ancien premier devenu président de l’Assemblée nationale et aux députés. “Nous demandons officiellement à la majorité de mettre en place une commission d’enquête sur ce dossier. Là également, il faudra appeler le directeur de la Construction Alioune Sow, le Premier ministre et moi-même, on va dire aux sénégalais comment les choses se sont réellement passées”, charge le ministre Abdourahmane Diouf.

Par Mor Amar

Section: 
SOUDURE DANS SIX DÉPARTEMENTS : L'État déclenche la riposte
TAHIROU SARR : De la percée électorale à l’effacement politique
SÉNÉGAL - MALI - CEDEAO : Des notes d’espoir
ALLIANCE POUR LA RÉPUBLIQUE : Thiès lance la reconquête
KIIRAAY : Les mots d’une nouvelle légitimité
CENSURE, COMMISSIONS D’ENQUÊTE, CONTRÔLES La cohabitation à l’épreuve
LOCALES 2027 - MAIRIE DE LA VILLE DE THIÈS : Abdoulaye Dièye officialise sa candidature
RECOMPOSITION DES MAJORITES POLITIQUES Diomaye lance Kiiraay, Sonko remobilise PASTEF
ABSENCE OPPOSITION SÉNÉGALAISE : Diomaye-Sonko occupent tout l’espace
ASSEMBLÉE NATIONALE : Le Bureau valide plusieurs propositions de loi et 6 demandes de commissions...
PASTEF : Quand le don de soi pour la patrie vire au don de soi pour soi-même
RECOMPOSITION POLITIQUE : Khouraïchi Thiam quitte Pastef et choisit Diomaye
REMISE DU RAPPORT 2025 DU MÉDIATEUR DE LA RÉPUBLIQUE : Bassirou Diomaye Faye réaffirme son engagement pour un État de droit renforcé
LA PROLIFERATION DES MOUVEMENTS POLITIQUES : Le temps des repositionnements
ENTRE RAISON D’ÉTAT ET DEVOIR DE JUSTICE : Diomaye a-t-il réhabilité Macky ?
Macky Sall face aux autres candidats
RECOMPOSITION POLITIQUE : Le parti de Serigne Gueye Diop prêt à se fondre dans celui du PR
SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DE L’ONU : Le Sénégal soutient désormais Macky Sall
COALITION “DIOMAYE PRÉSIDENT” : Cap sur un grand parti de rassemblement
PALAIS DE LA REPUBLIQUE VS ASSEMBLEE NATIONALE Interrogations sur le centre réel du pouvoir