‘’Je ne cherche pas à faire une présidence à vie, je ne suis pas un dictateur’’
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Candidat contesté à la Présidentielle guinéenne du 18 octobre prochain, le chef de l’État sortant, Alpha Condé, dit ne pas avoir l’intention de s’accrocher au pouvoir à vie et refuse que les uns et les autres le considèrent comme un dictateur. Il se glorifie plutôt d’être un démocrate.
‘’Je veux devenir le Mandela de la Guinée’’. C’est le souhait émis il y a dix ans, exactement le 21 novembre 2010, par Alpha Condé. C’était devant 13 chefs d’État africains et des caméras de télévision, lors de sa cérémonie d’investiture. Celle-ci annonçait en filigrane l’ouverture d’une nouvelle ère en Guinée. Une République qui, pendant longtemps, était presque détenue par un seul homme : le défunt président Lansana Conté, décédé le 22 décembre 2008 à Conakry.
Dix ans après, celui qui voulait ressembler à Nelson Mandela de par ses actes, est accusé, notamment, par l’opposition guinéenne, de vouloir instaurer une dictature dans son pays. Cependant, le leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG/Arc-en-ciel) qui a modifié la Constitution de son pays par voie référendaire pour briguer un troisième mandat a, dans un entretien accordé hier à RFI et France 24, réfuté carrément cette thèse le présentant comme un dictateur.
Il affirme, au contraire, être un démocrate qui, pendant 44 ans, avait combattu le régime autoritaire en place pour la cause des Guinéennes et Guinéens. ‘’Pour modifier la Constitution de notre pays, tout le monde a été consulté. Ceux qui sont d’accord votent «Oui» et ceux qui ne sont pas d’accord votent «Non». Comment on peut dire qu’il y a eu un coup d’État, lorsque la Constitution a été soumise au référendum ? Encore une fois, il ne s’agit pas de faire une présidence à vie. Moi, je me suis battu pendant 44 ans. J’étais opposant. Et j’ai été condamné à mort par Sékou Touré et emprisonné. C'est extraordinaire que je sois considéré comme un dictateur antidémocrate. Je suis un démocrate’’, s’est défendu Alpha Condé qui n’a pas été lâché par les interviewers des deux médias français.
Même s’il a changé la Constitution de la Guinée pour pouvoir se représenter à l’élection présidentielle qui a lieu dans deux semaines, l’actuel locataire du palais Sékhoutouréya a précisé qu’il s’est battu pendant plus de quatre décennies pour libérer son peuple de l’emprise de Conté.
Clin d’œil virulent
Poursuivant, il a soutenu qu’il a ‘’toujours’’ été un adepte de la démocratie. La preuve, a ajouté le candidat du RPG/Arc-en-ciel, il avait remporté la Présidentielle de 1993. Mais, fait-il remarquer, par peur de plonger son pays dans la guerre civile, il avait appelé ses militants et sympathisants au calme et à respecter le verdict qui a été prononcé à la suite des joutes électorales.
‘’J’ai gagné les élections en 1993. Tout le monde le sait (…). Donc, si je voulais une présidence à vie, j’aurais déjà commencé à être président en 1993’’, a dit le chef d’État sortant. A la question de savoir s’il est prêt à faire un dernier mandat à la tête de la République de Guinée, s’il est réélu au soir du 18 octobre, Alpha Condé a décidé de faire dans le clair-obscur. ‘’Pour le moment, nous allons aux élections. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant. Une élection n’est jamais gagnée d’avance. On verra si je gagne ou pas’’, a-t-il indiqué.
Élection présidentielle rime également avec défaite. Pour cela, Alpha Condé, qui affirme toujours être un ‘’démocrate’’, se dit prêt à reconnaître les résultats qui seront issus des urnes. ‘’Messieurs, il faut que vous compreniez une chose : je me suis battu pendant 44 ans et j’ai créé mon parti politique. Mes adversaires sont des fonctionnaires qui sont devenus Premiers ministres (Cellou Dalein Diallo). Après avoir mis le pays à terre, ils ont créé des partis. C’est pourquoi je dis que c’est extraordinaire que je sois considéré comme un dictateur par ceux qui ont pillé ce pays et les fossoyeurs de l’économie guinéenne, alors que je me suis battu pendant 44 ans’’, a fulminé l’enfant de Boké.
Arrivé au pouvoir le 15 novembre 2010 avec 52,52 % des voix, face à l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé, réélu en 2015 dès le premier tour avec 57,9 % des voix, va encore se lancer à la conquête de la magistrature suprême pour la troisième fois. Âgé de 82 ans, Condé veut continuer à être le locataire du palais Sékhoutouréya pour les cinq ans à venir. Mais pour y arriver, il doit d’abord en découdre, dès le 18 octobre, avec la douzaine de candidats y compris son potentiel challenger Cellou Dalein Diallo et les deux dames, Makalé Sylla et Makalé Traoré, toutes deux anciennes ministres.
GAUSTIN DIATTA