Motsepe cache bien son jeu

Depuis le revirement de situation spectaculaire à propos de la finale de la dernière CAN, Patrice Motsepe, en mode commando, essaie de sauver les meubles. Le dirigeant sud-africain, en vrai couteau suisse, essaie de jouer sur plusieurs tableaux : faire en sorte que le Sénégal ne soit pas lésé, ne pas fâcher le tout-puissant Maroc, mais aussi redorer l'image de la Confédération africaine de football.
De toute évidence, l'image du football africain est plus que jamais écornée depuis que des bureaucrates, entre quatre murs, ont décidé qu'un dispositif réglementaire pouvait éclipser une victoire sur le terrain. En de pareilles circonstances assez délicates, seul le capitaine peut sauver le navire d'un chavirement. Ayant compris la portée de sa mission, le président de la Confédération africaine de football, muni de son bâton de pèlerin, a fait un tour au Sénégal mais aussi au Maroc.
Car même s'il reste le boss ultime du football africain, il faut reconnaître que Motsepe est dans une situation peu confortable. Entre le marteau de la victoire sénégalaise et l'enclume de l'influence marocaine, le dirigeant sud-africain ne sait pas sur quel pied danser.
L'objectif du patron de la CAF est clair : il faut essayer de couper la poire en deux. Du côté de Dakar, Motsepe avait assuré que cette histoire de corruption était sans aucun fondement : "Si quelqu'un veut engager une action en justice en alléguant qu'il y a de la corruption à la CAF, non seulement je l'accueille favorablement, mais je l'encourage. Il n'y a rien à cacher."
Invité à réagir au verdict étonnant de son instance, que la Fédération sénégalaise a décidé de contester devant le Tribunal arbitral du sport, le patron de la CAF a soigneusement botté en touche : “En vertu des règlements, je dois attendre. Nous devons attendre de recevoir un avis juridique, car nous avons le devoir de protéger l’intégrité et la réputation des 54 nations du continent africain, ainsi que celle de la CAF elle-même.”
À la suite de son séjour au Sénégal, le dirigeant du football africain avait fait cap sur le Maroc.
Un mandat déjà à rude épreuve
Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire est que Motsepe a un mandat à sauver et une institution à remettre sur les rails après ce feuilleton terrible. Réélu en 2025 pour un second mandat de 4 ans, le Sud-africain vient juste d'entamer son second bail. Si cette crise lui file entre les doigts, il pourrait d'ores et déjà dire adieu à une troisième candidature. C'est sans doute pour cela aussi que lors de son séjour à Dakar, il a tenté d'être le plus consensuel possible.
“Je n'ai aucun doute sur le fait que nous sortirons de cette crise plus unis et plus forts. Ce qu'il s'est passé au Maroc aura été un apprentissage important”, avait notamment souligné Motsepe. Désormais pressé de toute part, acculé dans ses derniers retranchements, la sortie par le haut est compromise pour la CAF et, par-dessus tout, pour son président. À qui donner le ballon ? Le Sénégal ? Le Maroc ? Personne n'aimerait être à la place de Patrice Motsepe, même si le Tribunal arbitral du sport propose tout de même une possibilité de passe.
Mamadou Diop







