L’Assemblée nationale muscle la défense numérique du Sénégal

Réunis en séance plénière ce jeudi 20 août 2026, les députés ont adopté à l’unanimité le projet de loi n°25/2026 relatif à la protection des infrastructures d’Information Critiques (IIC) et à la sécurité numérique. Le texte entend renforcer l’arsenal juridique du Sénégal face à la multiplication et à la sophistication des cybermenaces.
Le numérique n’est plus seulement une question de connexion ou de services en ligne. Il devient un enjeu de souveraineté. C’est dans cette perspective que l’Assemblée nationale a adopté, ce jeudi, le projet de loi n°25/2026 relatif à la protection des Infrastructures d’Information Critiques et à la sécurité numérique. Le texte a recueilli 127 voix pour sur 127 votants, dont 15 par procuration. Aucun député n’a voté contre ou ne s’est abstenu.
Porté par le ministère des Télécommunications et du Numérique, le projet de loi vise à mettre en place un cadre juridique global pour la sécurité des systèmes d’information et la protection des infrastructures considérées comme essentielles au fonctionnement et à la sécurité du pays. Il intervient dans un contexte de dépendance croissante de l’État, des entreprises et des citoyens aux réseaux et systèmes numériques, mais aussi de montée des risques liés aux cyberattaques.
L’un des principaux apports du texte concerne les Infrastructures d’Information Critiques. Il s’agit des réseaux, systèmes et plateformes dont la compromission ou l’interruption pourrait avoir des conséquences importantes sur le fonctionnement du pays. La nouvelle législation établit des normes et standards de sécurité applicables à l’État, aux particuliers et aux organisations privées. Les exploitants d’Infrastructures d’Information Critiques seront soumis à des obligations spécifiques et placés sous le contrôle des autorités administratives compétentes et de l’Autorité nationale de Cybersécurité.
Le dispositif prévoit également des règles relatives à la fourniture de services et de produits de cybersécurité, ainsi qu’un régime de sanctions administratives et pénales destiné à garantir le respect des obligations prévues par la loi. Le champ d’application est large. Il couvre les réseaux et systèmes d’information servant de support à des activités exercées au Sénégal et totalement ou partiellement établis sur le territoire national. Certaines activités numériques fournies au Sénégal à partir d’équipements situés à l’étranger pourront également relever du dispositif, selon des conditions qui seront précisées par voie réglementaire ou dans le cadre d’accords internationaux.
Lors de la présentation du texte devant les députés, le ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, a insisté sur le changement de nature du numérique. Selon lui, celui-ci est désormais devenu « une infrastructure de souveraineté », au même titre que l’énergie, l’eau ou les transports. Il a également estimé que la protection du numérique « n’est plus une option mais une responsabilité de l’État ». Pour les défenseurs du texte, l’enjeu dépasse donc la seule protection des données ou des ordinateurs. Une attaque contre un système stratégique peut perturber des services essentiels, affecter l’économie ou compromettre des informations sensibles. Le projet de loi cherche ainsi à renforcer les capacités d’anticipation, de prévention et de réponse face à ces risques.
Une nouvelle architecture institutionnelle
Le texte consacre également la mise en place d’une Autorité nationale de Cybersécurité, appelée à jouer un rôle central dans la coordination et la supervision du dispositif national. Cette nouvelle architecture doit permettre de mieux organiser la réponse aux incidents et de renforcer la résilience des infrastructures numériques. La loi comporte par ailleurs un volet consacré à la protection des usagers du numérique. Le Plan d’action de protection des enfants en ligne (PAPEL) est intégré au dispositif. Le texte prévoit également des garanties d’accès et d’emploi sans discrimination pour les personnes vivant avec un handicap dans le secteur de la cybersécurité.
L’adoption intervient alors que le Sénégal accélère sa transformation numérique et que l’État entend renforcer sa souveraineté dans ce domaine. Le projet avait été adopté en commission parlementaire le 13 août dernier, avant son examen en séance plénière ce jeudi. Avec ce vote unanime, le Sénégal franchit ainsi une nouvelle étape dans la construction de son dispositif de cybersécurité. Au-delà de la protection des infrastructures critiques, le texte entend créer un cadre permettant de mieux anticiper les menaces, de renforcer la résilience des systèmes numériques et d’accompagner l’émergence d’une véritable économie nationale de la cybersécurité.
M. DIOP






