La mise au point des chercheurs

Face à la polémique et aux inquiétudes suscitées par l'étude sur la qualité des eaux en sachet commercialisées au Sénégal, les voix se multiplient pour apporter des éclairages et appeler à la responsabilité dans le traitement des données scientifiques.
L'affaire des eaux supposées être contaminées aux matières fécales n'en finit pas de susciter des réactions. Enseignant-chercheur à l'école supérieure polytechnique de Dakar, Pr Modou Absa Dieng a saisi EnQuête pour apporter quelques éclairages. Pour lui, il y a eu beaucoup d'amalgame et de confusion dans l'interprétation des données scientifiques. « Certaines informations largement relayées dans les médias ont établi un rapprochement entre la présence d'indicateurs microbiologiques de contamination fécale et la présence de matières fécales dans l'eau. Ces deux notions sont scientifiquement distinctes et ne peuvent être assimilées », corrige-t-il d'emblée.
L'évaluation de la qualité microbiologique d'une eau destinée à la consommation humaine, selon le professeur, repose sur un ensemble de paramètres définis par les normes nationales et internationales. « Parmi ces paramètres figurent des indicateurs microbiologiques, utilisés pour apprécier la conformité sanitaire de l'eau. Leur détection constitue un élément d'évaluation de la qualité microbiologique, mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à la présence de matières fécales », renchérit l'enseignant à l'ESP.
Les indicateurs de contamination fécale, selon lui, sont des outils de surveillance reconnus au niveau international. « Leur présence peut révéler une insuffisance dans les conditions de production, de traitement, de conditionnement, de stockage ou de distribution de l'eau. Ils servent de signal d'alerte invitant, si nécessaire, à mettre en œuvre des mesures correctives », a relativisé le chercheur face à l'inquiétude suscitée par le traitement médiatique.
« Affirmer que la détection de ces indicateurs de contamination fécale signifie que l'eau contient des matières fécales constitue une interprétation scientifiquement inexacte. Une telle présentation des résultats est susceptible de provoquer une inquiétude disproportionnée chez les consommateurs », a soutenu le professeur Dieng. Selon lui, les résultats de l'étude évoquée ne concluent pas à la présence de matières fécales dans les échantillons analysés. « Ils mettent en évidence la présence d'indicateurs microbiologiques de contamination, notamment les coliformes totaux et/ou thermotolérants, qui sont universellement utilisés comme marqueurs de la qualité microbiologique des eaux », a-t-il justifié.
Dans un article d'Africacheck, le coordonnateur de l'étude qui a suscité beaucoup de controverse, Pr Malick Mbengue, est largement revenu sur les résultats de l'enquête. Responsable du laboratoire physique de l'atmosphère et de l'océan de l'ESP, Pr Mbengue n'a pas manqué de fustiger un traitement médiatique trompeur et une mauvaise interprétation des résultats de ladite étude. « D'abord, il a précisé que l'étude validée et présentée lors de la 5ᵉ Journée scientifique de la sécurité sanitaire des aliments du 23 juin 2026 à la Faculté de médecine, de pharmacie et d'odontologie de l'UCAD, n'a pas encore été publiée… », rapportent nos confrères qui informent qu'un livret produit à l'occasion de ladite Journée leur a été transmis.
Cette précision faite, le chercheur est revenu sur les enseignements scientifiques de l'étude qui a été réalisée entre Dakar et Mbour sur 50 marques différentes, à raison de 10 échantillons par marque. Les conclusions rapportées par Africacheck font indiquer que 2 % des échantillons étudiés ont une qualité satisfaisante vis-à-vis de la norme OMS ; 2 % présentent une qualité acceptable ; 14 % ont une qualité inacceptable sans pour autant être dangereux ; et 82 % seraient corrompus, c'est-à-dire impropres à la consommation.
Selon le professeur Dieng, la problématique de la qualité de l'eau mérite certes beaucoup d'attention, mais les gens doivent en parler avec beaucoup de responsabilité et de rigueur. « Dans un contexte où les questions de sécurité sanitaire suscitent une forte attention du public, la précision du vocabulaire scientifique est essentielle. Une communication fidèle aux méthodes d'interprétation reconnues permet d'informer les consommateurs avec exactitude, tout en évitant les interprétations erronées. À cet égard, les chercheurs, les professionnels de santé, les autorités compétentes et les médias sont appelés à privilégier une communication fondée sur les données scientifiques et sur une terminologie rigoureuse », a plaidé Pr Modou Absa Dieng, enseignant-chercheur à l'ESP.
MOR AMAR






