Publié le 27 Oct 2021 - 17:46
DEBAT SUR LE TROISIEME MANDAT

Et les Locales virent au référendum

 

En plus d’installer un véritable malaise dans les rangs de l’Alliance pour la République, les propos de Mahmout Saleh auront eu pour mérite de raviver le débat du troisième mandat et de donner aux Locales les allures d’une élection référendaire.

 

‘’Les élections locales à venir ne seront locales que de nom. C’est des élections politiques, c’est des élections nationales… Les résultats seront déterminants pour les élections législatives qui se tiendront cinq mois après. Nos résultats vont trancher le débat sur la candidature de Macky Sall à la Présidentielle de 2024’’.

Ces affirmations du directeur de cabinet du président de la République, Mahmoud Saleh, donnent aux prochaines élections une toute autre tournure, des allures d’un référendum portant sur un possible troisième mandat du chef de l’Etat.

Si l’on s’en réfère aux propos de celui qui est réputé être le plus proche collaborateur du président Sall, les Sénégalais, en plus de choisir leurs maires, le 23 janvier 2022, se prononceront en même temps, si oui ou non, ils souhaitent que le président Macky Sall rempile en 2024.Il n’en fallut pas plus pour ressusciter le tollé, qui s’était estompé depuis plusieurs mois.

Pourtant, jusque-là, le président de la République s’est voulu formel. Il a déclaré urbi et orbi qu’il ne veut pas que ses collaborateurs se prononcent sur une telle question. Dans un sens comme dans un autre. Mais, apparemment, même ceux qui sont censés lui être les plus proches semblent faire fi de ses menaces. A moins que ce soit le chef de l’Etat lui-même qui joue un double jeu, pour endormir les adversaires à un troisième mandat.  

Dans une interview accordée à ‘’Dakaractu’’, le directeur général du quotidien national ‘’Le Soleil’’, Yakham Mbaye, s’est voulu catégorique. Macky Sall, selon lui, n’a rien à voir avec ce qu’il considère comme des ‘’bavardages et vagabondages’’ de responsables indisciplinés. ‘’La posture du président Macky Sall, fulmine le tonitruant responsable de l’Alliance pour la République, reste inchangée. Ce sont les uns et les autres qui, à force de bavardages intempestifs, font œuvre de girouette. Et, reconnaissons-le, ça fait gravement désordre et nous cause des torts énormes. Non seulement ces déclarations n’ont aucun lien avec le président de la République, mais elles l’ont surpris et outré’’.

D’ailleurs, tient-il à souligner pour montrer que le président n’en est nullement commanditaire, il a déclaré que c’est lui-même qui l’a informé.

Le bâton pour les anti 3e mandat, la carotte pour les pro

Loin de ces cris d’indignation, le constat est que le président de la République s’est toujours montré très sévère contre tous ceux qui, dans son entourage, se sont montrés contre un éventuel 3e mandat. Les exemples ne manquent pas. On pourrait citer Maitre Moussa Diop, ancien Directeur général de Dakar Dem Dikk, Sory Kaba, ancien Directeur général des Sénégalais de l’extérieur, mais aussi de Moustapha Diakhaté, ancien Président du groupe parlementaire de Benno Bokk Yaakaar, Ministre-Conseiller du président au moment de son limogeage. Réagissant au départ surprenant de M. Kaba, ce dernier avait tout simplement affirmé : "La manière dont Macky Sall veut mettre un terme à cette polémique (celle du 3e mandat) est contreproductive. S’il veut limoger toute personne qui en parle ou si des gens de l’APR insultent ceux qui expriment leur point de vue, cela pose problème. Le président ne devrait pas cautionner ces insultes. Le limogeage de Sory Kaba a créé plus de problèmes qu’il n’en a réglé.’’

Il ajoutait : ‘’Il m’est égal d’être limogé ou maintenu de mon poste. J’ai rejoint Macky avant même qu’il ait un pouvoir de nomination. Si, aujourd’hui, il souhaitait me démettre de mes fonctions, je le remercierais.’’

Les représailles ne se sont pas fait attendre. Mieux, beaucoup de ministres ont été limogés du gouvernement, du simple fait d’avoir été soupçonné de ne pas entrer dans les schémas d’un possible mandat en 2024. Pendant ce temps, d’autres responsables de la majorité défient en toute impunité l’hypothèse d’un 3e mandat en 2024.

Avant le sieur Mahmoud Saleh, Aymérou Gningue, actuel Président du groupe parlementaire de la majorité, et tant d’autres se sont prononcés dans le même sens. Mais à entendre Yakham, ces déclarations n’engagent que leurs auteurs.

Revenant sur le cas de Saleh, il peste : ‘’Je suis catégorique. C’est après coup que le président de la République a pris connaissance des déclarations de Mahmout Saleh. Et c’est moi-même qui l’ai informé. C’est incompréhensible, inopportun et absolument maladroit. Le directeur de cabinet du président de la République a commis une très grosse maladresse. Une faute à la limite, car lorsqu’on est à un certain niveau de responsabilité, mieux, dans la proximité directe du chef de l’État, on doit se garder de parler à tort et à travers pour simplement exprimer ses souhaits et désirs, pour ne pas dire ses rêves.’’

Enjeux 2024

Au-delà de la troisième candidature du président Sall, se jouent aux élections locales plusieurs destins politiques. En effet, sur les flancs de la majorité, ça bout de partout. A Dakar, Mame Mbaye Niang, non moins chef de cabinet du président de la République, a ainsi mis en place Sénégal 2035 pour, dit-il, capter des profils à la périphérie de la majorité. Et il est loin d’être seul. D’autres hauts responsables du régime ont eu à montrer, par des actes concrets, qu’ils ne comptent pas laisser le grand patron décider tout seul de leur avenir politique. Il en est ainsi de plusieurs ténors du régime.

Dans ce contexte, une attention particulière est accordée à certains ténors, dont les ambitions sont agitées depuis quelques mois. De manière diplomatique, mais assez ferme, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Ba, a exprimé ses ambitions pour la capitale. D’autres fortes personnalités, moins bruyantes jusque-là, sont tout aussi déterminées à saisir ces Locales pour se positionner en direction de la Présidentielle de 2024. La même tendance est notée dans l’opposition où la plupart des grandes coalitions ont été taillées à la mesure de 2024.

Mor AMAR

 

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