Publié le 5 Feb 2026 - 16:05
ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

La gangrène !

 

Avec environ 290 000 étudiants sur plus de 18 millions d’habitants, environ 2500 personnels d’enseignement et de recherche permanents, le secteur de l’enseignement supérieur étouffe déjà, alors qu’il n’atteint même pas le ratio minimum requis par la Banque mondiale.

 

Le secteur de l’enseignement supérieur est en ébullition depuis quelques jours. Universitaires, autorités administratives, personnalités de la société civile se sont données rendez-vous, hier à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, sous l’égide du think tank Wathi, en partenariat avec l’IFAN, pour se pencher sur les maux du secteur.

A cette occasion, la question des bourses qui suscite tant de polémiques a été abordée. Dr Nouhou Diaby est Conseiller technique du ministre de tutelle. Il a tenu à apporter des précisions sur la lancinante question : “Je tiens à préciser qu’à ce jour, il n’y a aucun arriéré dans le paiement des bourses. Nous avons payé et à temps tous les mois depuis octobre. Ce que les étudiants réclament, c’est des arriérés de rappels. C’est un problème que nous avons hérité et que nous sommes en train de traiter.”

Le casse-tête des bourses

En fait, selon le ministère, ces paiements étaient indus, même si jusque-là, l’État s’en est occupé. A propos des réformes qui suscitent la levée de boucliers, Monsieur Diaby précise : “Il ne sera jamais question pour l’État de diminuer le taux des bourses ou de réduire le nombre de boursiers. Ce qu’on veut faire, c’est de faire en sorte que la bourse soit donnée à l’étudiant pendant qu’il étudie.”

Le problème, selon lui, c’est qu’aujourd’hui, l’État paie systématiquement à l’étudiant en licence 4 ans au lieu de 3 ans ; 3 ans au lieu de 2 ans à l’étudiant en Master…. Ce qui est une anomalie héritée de la destruction de l’année universitaire causée par la pandémie à coronavirus et la longue fermeture durant la crise pré-électorale.

Pour y remédier, le régime veut, d’une part, corréler le paiement à l’année académique ; d’autre part normaliser l’année académique.

Encore loin des ratios de la Banque mondiale

La question des effectifs et des infrastructures pour accueillir les étudiants a aussi été au cœur des débats.  Pour Yankhoba Seydi, représentant du recteur et panéliste, c’est une erreur que de penser que l’université a un problème parce qu’il y a trop d’étudiants. En vérité, selon lui, le Sénégal n’a pas assez d’étudiants. “Nous avons environ 290 000 étudiants dont les 70% dans le public. Ce qui fait qu’il y a un déficit de lumière”, a-t-il soutenu.

Selon la banque mondiale, rappelle Seydi, il faut au minimum 2% de la population pour aspirer au développement.  Cela fait 350 000 étudiants pour le Sénégal. “Nous sommes donc très loin de respecter ce ratio”, a ajouté le responsable de la Recherche et de l’Innovation, qui constate que, malgré ce déficit, l’État peine à satisfaire la demande.   

Cela dit, les panélistes conviennent qu’il y a une urgence à revoir le modèle. “Tout le monde ne doit pas aller à l’université”, décrète Rivo Ratsimandresy, de la Rencontre des entrepreneurs du Sénégal. Pour lui, il faut renforcer l’apprentissage des métiers, l’enseignement technique et professionnel, renforcer les filières scientifiques. Le modèle des ISEP (Instituts supérieurs d’enseignement professionnel) a d’ailleurs été plébiscité par les participants. Ces structures, selon eux, doivent accueillir une bonne partie des bacheliers.

Orientation et insertion

A ceux qui expliquent les difficultés d’insertion des étudiants par leur manque d’employabilité, Yankhoba Seydi a tenu à apporter quelques nuances. Pour lui, ce jugement est un peu simpliste et ne traduit pas totalement la réalité. “Le problème c’est qu’on n’a pas un tissu économique capable d’absorber ceux qui sortent de l’Université. Je donne un exemple très simple. Prenons le cas des médecins qui sortent chaque année de la faculté de médecine. Qui va dire qu’ils ne sont pas employables ? Ils sont non seulement employables, mais nous en avons besoin des médecins”, corrige-t-il. Idem pour tous les enseignants qui sortent de la Fastef, qui peine à s’insérer alors que des étudiants font grève faute d’enseignants.

Cela dit, il constate : “Maintenant, il faut aussi travailler à une adaptation entre l’offre et la demande. Je pense que c’est très important, mais il ne faut pas tout réduire a une question d’employabilité.”

A entendre le représentant du ministre de l’Enseignement supérieur, tous ces problèmes ont été pris en charge par l’agenda de transformation nationale, qui envisage de mettre en place des ruptures profondes. A en croire M. Diaby, avec le nouveau référentiel, le Sénégal compte passer d’un enseignement supérieur orienté social à un enseignement supérieur orienté impacts.

La problématique de l’évaluation des universités

Historiquement, diagnostique-t-il, les universités ont été pensées comme un instrument de promotion sociale, d’accès au savoir…. “Il nous faut aller vers des universités qui produisent de l’impact réel sur l’économie, sur la société et sur les territoires. Nous devons aussi pouvoir évaluer ces universités par rapport à l’employabilité de leurs produits, leur insertion, l’innovation et les liens avec le secteur productif”, plaide le représentant du ministère.  

Recherche

L’autre maillon faible de l’enseignement supérieur c’est la recherche et l’innovation. Les participants ont dénoncé la “place marginale” réservée à ce volet essentiel pour le développement. Une anomalie que l’actuel régime compte corriger. “Nous voulons donner plus de place à la recherche, en faire un outil de réponse aux défis nationaux, notamment dans le domaine de la santé, de l’agriculture, de l’assainissement, de l’énergie, etc. Nous devons aussi en faire un moteur de création d’emplois”, a ajouté Dr Diaby.

Pour Seydi, le système actuel produit surtout des ouvriers de la recherche. Il explique : “Nous travaillons avec des collaborateurs qui sont à l’extérieur. Les bailleurs on les trouve ailleurs ; on se positionne pour capter ces financements ; nous faisons des prélèvements que nous envoyons aux collègues qui sont là-bas. Cela pose un vrai problème de souveraineté”, renchérit Seydi, insistant sur la nécessité d’avoir des laboratoires adaptés pour mener les recherches sur place.

Pour y parvenir, la question du financement est essentielle, selon les intervenants. Au-delà des financements classiques, ils suggèrent également de créer une jonction avec le privé.

Pour leur part, les étudiants ont soulevé un certain nombre de problèmes qui rendent hypothétique la réussite universitaire. En sus des problèmes sociaux (logements et bourses), ils ont relevé les problèmes pédagogiques avec l’étroitesse des infrastructures, l’insuffisance d’encadrement….

Il convient de noter que pour toutes les universités, les personnels d’enseignement et de recherche permanents sont estimés à environ 2 500. 

MOR AMAR

Section: