Doudou Wade entendu, une enquête judiciaire annoncée

Comme il l’avait annoncé avant-hier tard dans la nuit, Amadou Moustapha Wade, plus connu sous le nom de Doudou Wade, s’est présenté hier à la Sûreté urbaine du commissariat central de Dakar pour répondre à sa convocation. Après plusieurs heures d’audition, il a été autorisé à regagner son domicile en début de soirée, en raison de son âge avancé et de son état de santé.
Selon nos informations, l’ancien responsable politique a été entendu sur instruction du procureur près le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar pour des faits présumés liés à des actes et manœuvres susceptibles de compromettre la sécurité publique, de provoquer des troubles politiques graves, d’enfreindre les lois ou d’offenser le chef de l’État. L’audition, conduite en présence de ses avocats, s’est déroulée de 11 heures à 17 heures. Plusieurs pauses ont été observées à sa demande. Âgé de 80 ans, Doudou Wade a indiqué souffrir de séquelles d’un accident, ce qui aurait rendu l’exercice particulièrement éprouvant.
Interrogé sur sa participation à l’émission Faram Facce, animée par Pape Ngagne Ndiaye et diffusée sur la Télévision Futurs Médias, il a expliqué que son intervention s’inscrivait dans un contexte marqué par des tensions politiques et économiques, mais aussi par l’actualité sportive liée au sacre du Sénégal à la Coupe d’Afrique des nations. Il s’est défendu en disant qu’il délivrait des messages d’analyse politique. Revenant sur les propos évoquant « l’élimination » du Premier ministre, l’ancien président du groupe parlementaire libéral a précisé que ce terme ne renvoyait en aucun cas à une atteinte physique, mais à des mécanismes constitutionnels, tels que le limogeage ou la démission.
Il a également démenti avoir accusé le président de l’Assemblée nationale d’avoir reçu un financement étranger destiné à préparer une guérilla. Selon lui, il s’agissait plutôt de questionnements d’ordre politique, sans accusation formelle. Le terme « guérilla », a-t-il ajouté, relevait d’une métaphore destinée à illustrer des risques de crises institutionnelles observées dans certains pays de la sous-région. À toutes les questions relatives à une supposée apologie ou préparation d’un coup d’État, Doudou Wade a rejeté toute intention en ce sens, affirmant s’inscrire dans une démarche « profondément démocratique » et attachée à la stabilité institutionnelle. Interrogé enfin sur une comparaison assimilant le pays à un Boeing confié à un conducteur de moto, il a évoqué une simple figure de style, destinée à vulgariser son propos, sans intention d’offenser les autorités.
À l’issue de l’audition, il a déclaré : « J’estime que la présente procédure revêt des relents politiques. Je réaffirme mon respect aux institutions, à l’autorité de l’État et au Président de la République. Je n’ai jamais soutenu de coup de force et j’ai toujours œuvré pour la stabilité démocratique du Sénégal. » Compte tenu de son âge, il a été autorisé à rentrer chez lui. Toutefois, des sources proches du parquet indiquent qu’une enquête préliminaire, sous forme de renseignements judiciaires, devrait être ouverte ce matin afin de poursuivre les investigations.
AMADOU FALL






