L’APR relance ses bases et prépare la reconquête

Après une longue période de retrait du terrain, l’Alliance pour la République réactive ses réseaux militants et multiplie les assemblées générales à travers le pays. De Mbour à Goudiry, en passant par Kaffrine et Fatick, le parti de Macky Sall cherche à reconstruire ses bases, à réorganiser ses structures et à préparer les prochaines échéances.
L’APR semble avoir renoué avec une activité politique plus soutenue. Après plusieurs mois marqués par une relative discrétion depuis la perte du pouvoir en mars 2024, les réunions, assemblées générales et activités de formation se multiplient dans plusieurs départements du Sénégal. À Mbour, la coordination communale s’est réunie le 18 septembre autour de la nécessité de réinstaller le secrétariat exécutif communal, de vendre les cartes et de relancer l’animation militante. Sous la houlette de l’ancienne députée Sira Ndiaye, les responsables présents ont également réaffirmé leur fidélité à Macky Sall et leur volonté de poursuivre le combat politique dans l’opposition.
À Goudiry, le mouvement a pris une dimension plus visible. L’assemblée générale organisée le 19 septembre par le député Djimo Souaré a réuni hauts responsables, militants et sympathisants autour de la « redynamisation » du parti et de la préparation de la reconquête du pouvoir. Cette rencontre s’inscrit dans une série d’initiatives visant à reconstruire les structures locales de l’APR. À Kaffrine, les responsables annoncent une nouvelle assemblée générale destinée à remobiliser la base et à préparer les prochaines échéances. À Fatick, la COJER départementale, sous la conduite d’Abdoulaye Diagne, a, de son côté, misé sur la formation politique avec un séminaire consacré au leadership et à l’idéologie du parti, réunissant des jeunes venus des 17 communes du département. Le mouvement est donc engagé. L’APR recommence à occuper le terrain.
La reconquête commence d’abord par la reconstruction…
Cette reprise d’activité ne doit toutefois pas être confondue avec une reconquête électorale déjà engagée. Le vocabulaire utilisé par les responsables eux-mêmes renvoie plutôt à une première étape : réorganiser, remobiliser, massifier, réinstaller les structures et fidéliser les militants. À Goudiry, l’objectif affiché est ainsi de « redynamiser les structures » et de préparer la reconquête. Un parti qui sort du pouvoir doit d’abord retrouver ses ressorts organisationnels avant de prétendre reconquérir l’électorat. L’APR semble précisément se trouver à cette étape. Elle refait fonctionner ses réseaux, réactive ses responsables locaux et maintient une présence politique dans les territoires. La reconquête proclamée est donc, pour l’instant, une reconquête orientée vers les bases militantes avant d’être une reconquête des urnes.
Cette volonté de reconstruction intervient cependant dans un contexte moins favorable. L’APR a enregistré plusieurs départs de responsables qui ont choisi de créer leur propre mouvement ou de rejoindre le nouvel espace politique autour de Bassirou Diomaye Faye. Les cas de Thérèse Faye Diouf et de Pape Mahawa Diouf illustrent cette recomposition. Pape Mahawa Diouf, ancien porte-parole de l’APR, a notamment annoncé son adhésion à Kiiraay en août 2026. D’autres départs de responsables ont également alimenté les interrogations sur la capacité du parti à conserver l’ensemble de son ancien personnel politique. Le cas de Mamadou Kassé participe lui aussi à cette séquence de recomposition politique.
Macky Sall, toujours centre de gravité…
Il existe dès lors un paradoxe. L’APR veut massifier au moment même où elle doit gérer une érosion de son encadrement politique. Cette situation donne un autre sens à la campagne actuelle. Il ne s’agit pas uniquement d’aller chercher de nouveaux militants. Il faut également empêcher que les anciennes bases ne se dispersent davantage. L’autre caractéristique de cette remobilisation tient à la fidélité revendiquée à Macky Sall, qui demeure omniprésente dans les discours. À Mbour comme à Goudiry, les responsables réaffirment leur volonté de cheminer avec l’ancien président. Cette référence constitue encore le principal facteur de cohésion de l’appareil partisan.
Toutefois, elle pose une question de fond : comment un parti peut-il préparer sa reconquête sans avoir clairement réglé la question de sa direction future ? Des responsables de l’APR ont eux-mêmes reconnu la nécessité d’une nouvelle étape dans la transmission du pouvoir politique à l’intérieur du parti. En attestent notamment les appels du coordonnateur du département de Mbour, Oumar Youm, à ne pas manquer cette passation. L’enjeu n’est donc plus seulement de savoir si l’APR est capable de réunir ses militants. Il est aussi de savoir quelle architecture dirigeante émergera de cette reconstruction. Les manifestations de fidélité à Macky Sall permettent de maintenir une cohésion minimale. Mais la reconquête d’un parti ne repose pas uniquement sur la loyauté à son ancien leader. Elle suppose également une capacité à produire de nouveaux cadres, de nouveaux discours et une nouvelle offre politique.
Une bataille désormais territoriale…
Le séminaire de la COJER à Fatick, consacré au leadership et à l’idéologie du parti, peut être lu dans cette perspective. L’APR ne cherche plus seulement à réunir ses anciens militants ; elle tente aussi de travailler sur la formation et l’encadrement de sa jeunesse. Cette dimension est essentielle dans un parti qui doit désormais évoluer sans les ressources institutionnelles dont il disposait lorsqu’il contrôlait l’appareil d’État. La géographie des initiatives est également importante. Mbour, Kaffrine, Goudiry et Fatick ne sont pas seulement des lieux de réunions partisanes ; ils constituent les premières mailles d’une stratégie de reconstruction territoriale. Le choix de repartir des communes, des départements, des jeunes, des femmes et des responsables locaux traduit une logique de reconstruction d’un appareil politique après une défaite électorale. À Goudiry, Djimo Souaré résume cette ambition en affirmant que la reconquête doit se construire « dans chaque commune, chaque département et chaque région du Sénégal ». La formule est politiquement saisissante.
L’APR semble ainsi vouloir reconstruire son maillage à partir des territoires. Son retour ne pourra pas être décrété depuis Dakar. Il devra être reconstruit dans les territoires. Pour autant, la mobilisation observée ces dernières semaines ne permet pas encore de mesurer la capacité réelle de l’APR à redevenir une force électorale dominante. Trois inconnues demeurent. La première est organisationnelle : le parti parviendra-t-il à transformer les assemblées générales ponctuelles en structures permanentes et fonctionnelles ? La deuxième est humaine : quelle sera sa capacité à retenir ses responsables et à renouveler suffisamment son personnel politique pour compenser les départs ? La troisième est politique : quelle ligne portera l’APR dans l’opposition et quel leadership incarnera cette nouvelle phase ? Ces dimensions sont d’autant plus importantes que l’APR ne peut plus s’appuyer sur les mêmes ressources institutionnelles qu’avant mars 2024.
Une reconquête annoncée, mais encore à l’état de chantier…
L’APR donne aujourd’hui les signes d’un parti qui refuse de disparaître de l’espace politique. Ses réunions se multiplient, ses responsables reprennent la parole et ses structures locales recommencent à fonctionner. Mais il faut distinguer la mobilisation politique de la reconquête électorale. La première est déjà visible ; la seconde reste à construire. Le véritable test ne sera donc pas le nombre de militants réunis lors d’une assemblée générale, mais la capacité du parti à transformer ces rassemblements en organisation durable, à absorber les départs, à renouveler son leadership et à reconstruire une offre politique susceptible de parler à un électorat qui l’a sanctionné.
En ce sens, l’APR est bien engagée dans une tentative de retour. C’est la timide reconquête du pouvoir. Elle est de nouveau en mouvement, mais elle n’est pas encore en véritable position de reconquête. Car, entre les départs de responsables, l’absence de Macky Sall du terrain politique national et les incertitudes sur la relève interne, ses remobilisations ressemblent encore davantage à une phase de reconstruction de l’appareil partisan qu’à une véritable offensive de reconquête.
Khaly SARR






