Publié le 11 Jun 2025 - 10:16
KOLDA - LUTTE CONTRE LA PRATIQUE DE L’EXCISION

Les populations situées le long de la frontière ciblées

 

Les mutilations génitales féminines, dont l’excision, sont internationalement reconnues comme étant une violation des droits humains. Au Sénégal, en particulier dans la région de Kolda où le phénomène est le plus répandu, de nombreuses filles subissent ces pratiques chaque année, sans compter celles qui risquent d’en être victimes, malgré les multiples campagnes de sensibilisation sur les effets néfastes de cette pratique ancestrale. Pour y remédier, les championnes communautaires apportent leur contribution afin de convaincre les parents et les exciseuses situées le long de la frontière d’abandonner cette pratique néfaste.

 

Salkégné, une commune située à la frontière sénégalo-bissau-guinéenne, a été, cette semaine, le théâtre d’un dialogue inédit entre mères et filles sur un sujet aussi sensible que crucial : l’excision. Cette initiative a été portée par les championnes communautaires du centre-conseil pour adolescents coordination (CCA) de Kolda, en partenariat avec l’ONG Amref. Cette rencontre a permis de lever le voile sur une pratique ancestrale qui continue de résister au temps, notamment dans les zones rurales et transfrontalières.

C’est dans un climat d’écoute, de respect et de vérité que les échanges, encadrés par des femmes leaders de la communauté, ont favorisé une parole libérée sur les conséquences physiques et psychologiques de l’excision. Ce dialogue intergénérationnel a offert aux jeunes filles un espace sécurisé pour s’exprimer et aux mères une opportunité d’interroger certaines pratiques culturelles transmises depuis des générations.

‘’À Kolda, dans la partie sud du Sénégal, l’abandon de l’excision se heurte à un obstacle majeur lié à la porosité des frontières’’, explique l’un des organisateurs, qui déclare : ‘’Les souteneurs de cette pratique contournent souvent les lois en traversant la frontière pour y faire exciser les filles, perpétuant ainsi un rite jugé néfaste par les acteurs de la santé et des droits humains.’’

Face à ce défi, la stratégie du dialogue mère-fille s’impose comme un outil puissant de sensibilisation. ‘’En mettant les familles au cœur de la discussion, on touche directement les racines de la pratique’’, souligne une participante. Cette approche permet non seulement de déconstruire les tabous, mais aussi de promouvoir une prise de conscience collective et durable.

L’abandon de l’excision est un long combat

L’objectif affiché est clair : mobiliser les communautés rurales pour un abandon progressif et définitif de l’excision.

À Salkégné, les premiers échos de cette campagne sont encourageants. Des femmes, touchées par les témoignages de leurs propres filles, ont exprimé leur volonté de rompre avec le passé.

Ce dialogue, bien plus qu’une simple discussion, marque une avancée significative dans la lutte contre l’excision dans la région de Kolda. C’est une étape de plus vers un avenir où les filles pourront grandir sans mutilations, dans la dignité et le respect de leurs droits fondamentaux.

Les championnes communautaires prônent, depuis plusieurs mois, une approche holistique qui englobe des actions de prévention, mais aussi des interventions sur l’environnement juridique, les systèmes communautaires, l’éducation, les systèmes de santé et la recherche. Ce travail requiert des efforts systématiques et coordonnés entre plusieurs acteurs, dont la société civile et les autorités locales et nationales. Il est nécessaire d’impliquer toutes les parties prenantes au sein des communautés et de favoriser le dialogue social, tout en répondant aux besoins en matière de santé sexuelle et reproductive des femmes et des filles qui en souffrent.

Elles soulignent également qu’il est essentiel de reconnaître que, bien que l’excision présente des dangers pour la santé et le bien-être des filles et des femmes qui en sont victimes, cette pratique est enracinée dans des normes sociales traditionnelles qui varient selon les régions où elle persiste.

Fort de ce constat, ces championnes communautaires s’engagent à éradiquer cette pratique néfaste d’ici quelques années. ‘’Nous savons que le chemin est long, mais qu’ensemble, et avec des rites alternatifs de passage, nous pouvons y parvenir’’, soutiennent-elles.

 

NFALY MANSALY

Section: 
KËR NAFY : Kalista Sy ouvre une nouvelle ère des séries sénégalaises
“INDEPENDANCE TEY” Le cinéma comme mémoire vive d’un Sénégal en lutte
Tourisme
SAINT-LOUIS : 34e ÉDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ : Une édition pour renforcer les liens culturels et artistiques entre les pays africains
Festival international littérature
MAISON DES ESCLAVES DE GORÉE : La Fondation Tano Kora scelle le lien mémoriel entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal
AVANT-PREMIÈRE “GERMAINE ACOGNY L'ESSENCE DE LA DANSE” : Le souffle d’une vie en mouvement
FORUM DE PRODUCTION - SAINT-LOUIS DOCS Une nouvelle génération de cinéastes africains prend la parole
CLÔTURE SAINT-LOUIS DOCS 2026 : Entre émotions, triomphes et regards vers l’avenir du documentaire africain
SAINT-LOUIS DOCS 2026 : Au cœur du processus de sélection
SAINT-LOUIS DOCS 2026 : Le rôle du critique revisité face aux enjeux du documentaire
SAINT-LOUIS DOCS 2026 Le documentaire Les Voyageurs ouvre le festival sur fond de réalités migratoires
JANT BEATS FESTIVAL 2026 : Dakar s’apprête à vibrer au rythme de la culture
VERNISSAGE DE L’EXPOSITION OUSMANE SOW INTEMPOREL : Ousmane Sow revient à la maison
SAINT-LOUIS : ITINÉRAIRES ARTISTIQUES : La 12e édition tournée vers un écosystème hybride
34ᵉ FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE SAINT-LOUIS : L’édition 2026 axée sur la continuité et le renouvellement
REGGAE AWARDS SENEGAL 2026 : Le reggae sénégalais s’offre une vitrine
FESTIVAL CULTUREL DE NDIAGANIAO : Célébrer la diversité de la population sérère ainsi que d’autres ethnies invitées
MASA 2026 : Khadija Ndiaye, l’œil qui raconte l’Afrique
AVANT - PREMIÈRE DE RAFET A DAKAR Khadidiatou Sow ouvre le débat sur l’acceptation de soi