Publié le 17 Jul 2012 - 12:35
LE CHOIX DU PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE

Le dilemme cornélien de Macky

 

 

Au sortir des élections législatives, gagnées haut la main, par les coalitions présidentielles, un dilemme cornélien taraude l’esprit du Président de la République : le choix du président de l’Assemblée nationale. Entre le marteau de sa propre formation politique (APR) et l’enclume des coalitions, d’abord la coalition Macky 2012 et, ensuite et surtout Benno Bokk Yaakaar, le président de la République est, plus que jamais, partagé par les candidatures déclarées ou non au perchoir. D’une part, Moustapha Cissé Lô de l’APR, militant de la première heure, souteneur et combattant infatigable pour l’accession de l’actuel Président au pouvoir et, d’autre part Moustapha Niasse, 3ème à la présidentielle du 26 février 2012, ''faiseur de roi'' qui a ''permis'' à Macky Sall de gagner au second tour face à son ancien mentor.

 

Face à cette situation, le président de la République, réputé ''homme de parole'', est à l’épreuve d’une ambiguïté politique hybride dont l’arbitrage laissera, sans nul doute, des séquelles dont l’onde de choc peut secouer la stabilité parlementaire, voire le régime tout entier. Le problème est d’autant plus sérieux que le ''deal'' politique de la coalition BBY qui consistait à ''gagner ensemble et gérer ensemble'' est mis à rude épreuve face au ''réal'' politique qui risque d’installer à l’hémicycle une cohabitation parlementaire aux vues des ambitions des uns ou des autres. Les menaces ouvertes et voilées, risquent d’installer un ''biphalisme'' moderne eu égard à cette majorité ''mécanique'', loin d’être homogène, dont l’élasticité peut donner deux groupes parlementaires aux affinités politiques discordantes.

 

Aux jeux des ''saintes'' alliances, il ne faut pas perdre de vue que l’AFP de Moustapha Niasse dispose de 20 députés, ce qui dans un contexte de crise et de stratification de l’hémicycle constitue une belle carte de visite pour aller pécher dans les berges des autres formations politiques en quête d’une majorité forte pour se faire entendre. Le choix de Niasse, donc, serait une garantie pour le président de République de maîtriser l’opposition dite significative, l’AFP, le PS, le Rewmi, jusqu’à la veille des prochaines présidentielles. Recaler Moustapha Cissé Lô est tout aussi périlleux car jouissant de souteneurs qui pensent d’abord à la survie du parti avant celle de la coalition Benno Bokk Yaakaar. Il s’avère juste, et c’est un secret de polichinelle, que la coalition Macky 2012 et les militants de l’APR joueront à fond la carte de la représentativité pour réserver le perchoir à un homme issu de leur rang.

 

Fort de ce constat, il faut tout de même admettre que la conquête de la présidence de l’Assemblée nationale, comme un oiseau de mauvais augure, laisse présager les signes annonciateurs d’une double ou triple implosion : d’abord au sein de l’APR qui souffre déjà de sa non-structuration ; ensuite la coalition Macky 2012 ; et enfin à l’intérieur de la Coalition Benno Bokk Yaakaar. C’est pourquoi le choix de l’un des Moustapha, Naisse ou Lô, au perchoir de l’Assemblée nationale, est plus que complexe et pèse comme une épée de Damoclès sur le président de la République. Au regard des fortes personnalités qui se dégagent chez les deux candidats au poste, trancher une telle question reviendrait à faire le choix entre le parti et la patrie.

 

Si le manteau de la présidence semble taillé sur mesure, de manière royale, à l’un des candidats, compte tenu de son étoffe dans l’échiquier politique nationale et de sa stature diplomatique internationale, il n’en demeure pas moins que l’autre candidat déclaré, urbi et orbi, peut se targuer d’avoir fait du président de la République, seul contre tous, ce qu’il est aujourd’hui et qu’il mériterait, à ce titre, les dividendes pour ses combats épiques contre le régime PDS. Ce qui fait de lui, objectivement ou subjectivement, c’est selon, le numéro 2 de l’APR. En outre, cette candidature à la présidence de l’Assemblée nationale, peut être perçue sous l’angle d’une querelle insidieuse et inavouée de positionnement à l’interne au sein de l’APR quand on sait qu’après la structuration du parti, il n’est pas à exclure la démission de Macky Sall à la présidence de l’APR au moment où les autres ténors de ce même parti occupent, dans l’attelage gouvernemental, des postes stratégiques considérés, à tort ou à raison, comme des ministères de souveraineté à savoir Mbaye Ndiaye à l’Intérieur et Alioune Badara Cissé aux des Affaires étrangères.

 

A cela s’ajoute que la conquête de la présidence de l’Assemblée nationale, au-delà des privilèges, est une vitrine de marketing politique pour nourrir et entretenir un destin présidentiel quel qu’il soit, y compris le Sénat ou la République. Les prochaines élections présidentielles, 2019 ou 2017, semblent plus ou moins lointaines et la classe politique au pouvoir s’accommode à enterrer la hache de guerre pour un temps bien déterminé car comme toute alliance, l’histoire a toujours montré que sa durée reste limitée dans le temps, surtout en politique de surcroît au Sénégal et il faut s’attendre à ce que les amitiés et alliances du moment soient des rivalités et concurrences de demain. Aussi, les tensions, présentes et futures, au parlement nous édifieront-elles sur les ambitions des candidats ''naturels'' à la prochaine présidentielle comme Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng et Idrissa Seck, dont l’ambition présidentielle n’a jamais tari malgré le temps et les conjonctures politiques en sa défaveur. Toutefois, il ne faudrait pas aussi sous-estimer ou occulter les candidats ''potentiels'', qui gagneront en expérience dans les arcanes du pouvoir pour égayer leur ambition naissante ou en gestation. Parmi eux, on peut noter Cheikh Bamba Dièye, Aïssata Tall Sall, Abdou Latif Coulibaly voire Moustapha Cissé Lô, et dans une moindre mesure Malick Gackou et Youssou Ndour.

 

Cheikh Tidiane DIA,

Professeur de Lettres

Modernes au Lycée

Samba Dione

GANDIAYE

 

 

Section: 
DU TEXTE AU GESTE : L’ordre de préséance et la valorisation des élus à la lumière du décret n°99 252 du 19 mars 1999
AU SENEGAL, LES PAUVRES PAIENT PLUS POUR SE SOIGNER : Le paradoxe de notre système de santé
DE LA SUPRÉMATIE PRÉSIDENTIELLE : Entre conflits et primauté
Analyse de la décision n° 2/C/2026 du Conseil Constitutionnel
De grâce ne nous faites pas ça !
SONKO MOY DIOMAYE - DIOMAYE MOY SONKO : C’est le difficile qui est le chemin
Vous n’avez même pas honte : récit d’une fraternité trahie
Refus de l’intangibilité absolue du titre foncier et fondement juridique d’une politique de récupération des biens publics irrégulièrement appropriés
CULTURE AU SÉNÉGAL : Une puissance créative entravée par ses propres failles
Les mineurs artisanaux africains méritent le développement, pas l’effacement
LE SÉNÉGAL DEVANT UN DÉTROIT D’ORMUZ FINANCIER : Explication métaphorique des TRS
L’ÉCONOMIE DES SOINS : Une condition d’autonomisation économique des femmes et de prospérité partagée au Sénégal
SÉNÉGAL–FMI Entre souveraineté proclamée et dépendance réelle
SONKO–DIOMAYE : Pourquoi la coopération vaut mieux que la rivalité
UNE DÉCISION JURIDIQUEMENT INDÉFENDABLE Pourquoi le Tribunal Arbitral du Sport annulera le forfait infligé au Sénégal
Qui dirige le Sénégal ?
NOS RESSOURCES NE DOIVENT PLUS ENRICHIR LES AUTRES. “L’Afrique doit servir d’abord les Africains”
DIOMAYE–SONKO ET LA TECTONIQUE DU POUVOIR : Quand les fissures du sommet traversent l’État
LA PAGE DE “L’AFFAIRE SOFTCARE” TOURNÉE : Les consommatrices soulagées
SÉNÉGAL : De nouveau sur la nécessaire et urgente refondation des institutions