Publié le 9 Jan 2013 - 10:15
LE M23 VERS UN STATUT D'ASSOCIATION

L'avenir d'un patrimoine politique national en question

 

La volonté, exprimée par ses leaders d'institutionnaliser le M23, est à la base d'un conflit lié à la vision politique attendue du mouvement contestataire née sous Wade. Entre le devoir de dépasser «la spontanéité» pour les «aînés» et le besoin de «capter des subventions et privilèges du pouvoir» dénoncé par les jeunes, le fossé semble plus béant que jamais.

 

 

Mouvement né des contestations du 23 juin 2011, le M23 est en phase d'être institutionnalisé sous la forme d'une association (voir ci-dessous). Mais cette volonté exprimée par ses principaux animateurs se heurte au refus catégorique de sa branche jeune. «C'est une tentative de transformation de la structure en un cadre de complaisance pour empêcher au peuple de dénoncer certaines dérives du pouvoir.» Ne reconnaissant plus «les» aînés comme «porte-voix du peuple», la commission «Orientations et Stratégies», après sa réunion de fin de semaine, dit attirer l'attention des Sénégalais sur une ''volonté sinistre'' de ''tuer le M23''.

 

A cet égard, «l’assemblée générale du M23 à venir (prévue le samedi 12 janvier), constitue un réel coup d’État à la volonté populaire exprimée par l’ensemble de la nation pour la consolidation de la démocratie.» Cet «outil de contestation, d’alarme et d’alerte contre toutes dérives du pouvoir» est en passe de devenir un «groupement d’intérêts» initié par un «groupe d’attentistes», selon Abdourahmane Sow, président de la commission « Orientations et stratégies », et ses compagnons. C'est pourquoi ils envisagent de combattre «l’assujettissement du M23 à la volonté du pouvoir et sa mise à mort.» Pour cela, rendez-vous est fixé à «toute la jeunesse et au peuple sénégalais», le samedi 12 janvier à l’hôtel Le Ndiambour.

 

Le M23-Jeune affirme ainsi ne pas adhérer «aux calculs politiciens» des aînés du mouvement. Ces derniers, comme Mamadou Mbodj (ex-Cusems), Bassirou Sarr, Alioune Tine, Cheikh Tidiane Dièye, Mame Adama Guèye, entre autres, qualifiés de groupe des «non encore servis», sont accusés d'achever le projet de «mise à mort» du Mouvement du 23 juin, une entreprise inaugurée, selon eux, par d'autres anciens militants, «déjà servis», tels que Katy Cissé Wone (député), Penda Mbow (Francophonie), Abdou Aziz Diop (conseiller à la Présidence), Abdou Latif Coulibaly (ministre).

Sur cette lancée, est déploré le maintien aux affaires publiques, «selon une logique politicienne de Macky Sall», de la «vieille génération de politiciens» qualifiés de «vieille garde» et de «chasseurs de primes» au détriment de «la promotion des compétences et de la jeunesse».

 

«Ces jeunes ? Je ne les connais même pas !» (Alioune Tine) . ''Il n'en est rien'', dément Mamadou Mbodj, ancien porte-parole du Cusems. À en croire le président du comité de coordination du M23, ''il s'agit tout juste, pour le M23, de rester une sentinelle pour défendre un État de droit, veiller à ce que les libertés individuelles soient préservées, pour que les biens mal acquis soient restitués''. Et puis, rajoute Alioune Tine, ''le M23 ne peut pas être éternellement un mouvement spontané''. ''Il a besoin d'avoir une existence juridique pour mener ses activités dans un cadre purement légal'', estime le patron de la Raddho qui, en passant, affirme ne pas connaître «ces jeunes» qui se réclament du mouvement dont il est le coordonnateur. ''Moi, je ne les connais pas'', soutient-il.

 

Mouvement jadis contestataire sous Abdoulaye Wade et qui a contribué à sa chute, le M23 est accusé d'avoir organisé sa propre disparition du terrain de la lutte populaire, depuis l'accession au pouvoir de Macky Sall. La plupart de ses anciens animateurs sont mis en cause. ''Ils ont fermé les yeux sur la volonté de Macky Sall de maintenir le Sénat, sur le retour de Aminata Niane aux affaires, sur certaines nominations clientélistes, sur la gestion népotiste du pouvoir par sa femme, avec sa structure Servir le Sénégal, et bien d'autres dérives'', déplore Abdourahmane Sow. En coulisses, il se susurre que c'est le président de la République lui-même qui aurait demandé la conversion du mouvement en une association de droit privé...

 

ASSANE MBAYE & LOUIS G. DIATTA

 

 

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