Le Procureur de la République demande un renseignement judiciaire

Comme annoncé hier dans nos colonnes, le journaliste Demba Seck Ndiaye, dit Pape Ngagne Ndiaye, a déféré à sa convocation hier en début de matinée. Après plusieurs heures face aux enquêteurs de la Sûreté urbaine du commissariat central de Dakar, il est rentré chez lui. Sauf que, renseignent nos sources, le Procureur de la République a demandé qu'on lui envoie son dossier en renseignement judiciaire.
Selon nos informations, dès le début de son audition, il a reconnu sans équivoque être l’auteur et le présentateur de l’émission « Faram Facce », diffusée en direct sur la TFM le 29 avril 2026. Il confirme avoir tenu, au cours de ladite émission, des propos attribuant au Premier Ministre Ousmane Sonko une implication dans l’arrestation et l’incarcération de Pape Malick Ndour. Visionnage à l’appui, poursuivent nos interlocuteurs, le journaliste n’a pas contesté être l’auteur de ces déclarations.
Toutefois, interrogé sur les fondements de telles affirmations, il s'est réfugié derrière une interprétation personnelle des déclarations publiques du Premier Ministre, notamment celles relatives à son implication dans la gestion des affaires judiciaires et son autorité supposée sur le Ministre de la Justice. Face aux questions précises visant à établir un lien concret entre ces déclarations et la décision judiciaire ayant conduit au placement sous mandat de dépôt de Pape Malick Ndour, selon nos interlocuteurs, M. Ndiaye a été évasif.
En effet, expliquent nos sources, il a reconnu expressément son incapacité à apporter des éléments probants.
Par ailleurs, il a admis avoir qualifié l’incarcération de certains acteurs politiques, dont Pape Malick Ndour, d’« abus d’autorité », tout en soutenant que ses propos relèvent du commentaire journalistique fondé sur le contexte politique et institutionnel. Cependant, confronté aux implications de ses déclarations, notamment leur caractère potentiellement attentatoire à la crédibilité de l’institution judiciaire, il a adopté une posture de retrait, se limitant à affirmer qu’il ne cherche ni à diffamer ni à diffuser de fausses nouvelles, avancent des sources proches du parquet.
Il faut aussi préciser que le renseignement judiciaire demandé par le Procureur de la République « est une information collectée et analysée par les services de police ou de gendarmerie pour prévenir, anticiper ou suivre une activité criminelle, puis transmise à l'autorité judiciaire. Il vise à aider les enquêteurs à identifier les auteurs d'infractions, à rassembler des preuves et à comprendre des phénomènes criminels (stratégique, tactique ou opérationnel) ».
Le journaliste et animateur de l’émission Faram Facce sur la TFM, Pape Ngagne Ndiaye, a déféré à la convocation de la Sûreté urbaine du commissariat central de Dakar pour avoir attribué au Premier ministre, Ousmane Sonko, la responsabilité de l’incarcération de l’ancien ministre Pape Malick Ndour, le présentant comme l’instigateur de cette décision judiciaire. Ainsi, les propos du journaliste ont été jugés « outrageants » et « de nature à jeter le discrédit sur l’institution judiciaire ». Il lui est notamment reproché d’avoir qualifié la condamnation de l’ancien ministre d’« abus d’autorité », imputé à la fois au Premier ministre et à certains magistrats, accusés de faire de la justice « un instrument arbitraire de privation de liberté ».
Cette convocation continue de provoquer des réactions de la société civile, en l’occurrence. Après le président de l’ONG 3D, Moundiaye Cissé, qui a dénoncé cette convocation, avant-hier, hier Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, a aussi réagi publiquement. « Nous sommes préoccupés par la convocation du journaliste Pape Ngagne Ndiaye à la sûreté urbaine, convocation qui serait motivée par des propos qu’il a tenus lors d’une émission. Nous demandons l’abandon des poursuites à son encontre et le respect de la liberté de la presse. Nous réitérons notre demande pour la dépénalisation des délits de presse au Sénégal », a-t-il publié.






