Publié le 14 Jul 2026 - 13:53
LUTTE CONTRE LA FIÈVRE DE LA VALLÉE DU RIFT

Des experts misent sur un outil d’alerte précoce pour anticiper les épidémies

 

Réunis à Dakar pour cinq jours, des spécialistes de la santé animale, de la santé publique et de la recherche travaillent à l'étalonnage d'un outil d'aide à la décision destiné à mieux prévoir les flambées de fièvre de la Vallée du Rift. Une initiative portée par la FAO qui ambitionne de renforcer la réponse des pays ouest-africains face à cette maladie zoonotique.

 

Mieux prévoir pour mieux agir. C'est l'ambition de l'atelier régional consacré à l'étalonnage de l'outil d'alerte précoce et d'aide à la décision pour la fièvre de la Vallée du Rift (RVF-DST), ouvert pour cinq jours. L'objectif est de renforcer les capacités des pays d'Afrique de l'Ouest à anticiper, détecter et répondre plus efficacement aux risques liés à cette maladie zoonotique qui touche à la fois les animaux et les êtres humains.

L'initiative intervient dans un contexte marqué par la réapparition récente de foyers de fièvre de la Vallée du Rift au Sénégal et en Mauritanie. Pour les organisateurs, cette rencontre constitue une étape importante dans le renforcement des systèmes d'alerte précoce, l'amélioration des décisions fondées sur des données scientifiques et la consolidation de la coopération régionale dans une approche « Une seule santé » (One Health). L'atelier réunit une trentaine d'experts issus des secteurs de la santé animale, de la santé publique et de l'entomologie, ainsi que des représentants des services vétérinaires, des instituts de recherche et de partenaires internationaux tels que la Cedeao, l'OMS, la FAO et plusieurs bureaux régionaux et nationaux de l'organisation onusienne. Selon Dr Ahmadou T. Niang, chef d'équipe de l'unité Santé et production animale de la FAO au Sénégal, le RVF-DST est un outil développé par l'organisation afin d'améliorer la prise de décision et de préparer les pays aux futures épidémies. « Cet atelier permet notamment d'étalonner l'outil à partir des données disponibles dans les différents pays d'Afrique de l'Ouest », explique-t-il.

Concrètement, le système s'appuie sur le croisement de plusieurs types de données : informations climatiques, données entomologiques sur les moustiques vecteurs, données épidémiologiques ainsi que des indicateurs environnementaux. Leur analyse permet d'identifier les zones présentant un risque élevé d'apparition de la maladie. « L'objectif est de disposer d'une alerte précoce afin d'informer rapidement les autorités sur les zones à risque et de mettre en œuvre les mesures de surveillance, de vaccination ou de riposte avant que l'épidémie ne se propage », précise Dr Niang. Il souligne également que les données de surveillance collectées par les services de l'État permettent de détecter rapidement les premiers cas chez les animaux. Cette détection précoce facilite la mise en place de campagnes de vaccination ciblées et d'autres mesures destinées à limiter la propagation de la maladie, tout en prenant en compte les mouvements d'animaux, souvent à l'origine de sa diffusion au niveau national et transfrontalier.

Pour Dr Médoune Badiane, chef du Bureau de la surveillance épidémiologique des maladies animales à la Direction des services vétérinaires du ministère de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l'Élevage, cet outil arrive à point nommé. À ses yeux, il permettra de mieux modéliser l'évolution de la maladie et d'anticiper les futures crises sanitaires. « Plus les données sont fiables et complètes, plus les modèles de prévision sont performants », souligne-t-il. Le spécialiste insiste sur la nécessité de croiser des informations provenant de plusieurs sources : données entomologiques, historique des foyers épidémiques, surveillance vétérinaire, pluviométrie, inondations, mais aussi mouvements des animaux et des populations. Selon lui, l'organisation de cet atelier au Sénégal offre l'occasion d'harmoniser les méthodes de travail entre les pays de la sous-région et de renforcer une réponse coordonnée face à une maladie dont les conséquences dépassent largement les frontières nationales.

Cheikh Thiam

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