Les motos au secours des retardataires du Magal
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Le Magal, un évènement religieux que les fidèles mourides de la région de Matam ne comptent rater sous aucun prétexte. Rien ne pourrait s’ériger en obstacle infranchissable, même pas la menace du coronavirus. Ici, les fidèles, de plus en plus nombreux, préfèrent les motos pour rallier la ville sainte. Un périple harassant et risqué, mais qui ne dissuade point les pèlerins.
Ourossogui, la ville qui abrite la plus grande gare routière de la région, s’est dépeuplée de son beau monde. Les véhicules de transport en commun ont déserté leurs coins habituels. Les pèlerins sont déjà à Touba. Pas tous, en fait. Sur la route nationale, en direction de Saint-Louis, sous un hangar, un jeune homme. Lamp, absorbé par les caprices d’un appareil de démarreur dépiécé, est un fervent mouride qui n’a jamais raté le Magal de Touba. Cette année, ne fera pas exception. Il sera bien aux lieux saints pour célébrer le retour d’exil du fondateur du mouridisme, grâce à sa fidèle compagne, sa moto.
‘’Je compte bien assister au Magal, Inch Allah. C’est un rituel et pour rien au monde, je ne vais le rater. Tant que Dieu me donnera la santé, je célèbrerai le Magal à Touba tous les ans et cela où que je puisse être’’.
Cet homme originaire de Louga exerce le métier d’électricien de voiture dans la ville de Ourossogui, depuis plus de 8 ans. Et ce n’est que durant ces deux premières années qu’il a pris le bus pour aller au Magal. ‘’Cette moto que tu aperçois, c’est elle qui m’amènera à Touba. Je suis un ouvrier et j’ai des bricolages à effectuer. Les bus ne m’arrangent pas, parce que si je devais les prendre, je serais déjà parti depuis hier (samedi) et cela ne fait pas mes affaires. Alors, finalement, la moto est le moyen de transport qui m’arrange. Je terminerai mes bricolages demain matin (lundi) et je quitterai dans l’après-midi’’, prévoit-il. ‘’Je suis assez responsable pour faire la course aux voitures. J’ai des enfants et je mettrai le temps qu’il faudra pour arriver à bon port’’, ajoute-t-il.
A l’approche du Magal, le prix du billet a flambé. Le tarif normal qui était de 3 000 F est passé à 5 000 F pour les bus et 12 000 F pour les petites voitures. Cette inflation du prix du transport est un facteur qui oblige les pèlerins à rallier la cité religieuse près d’une semaine avant le jour J. C’est le cas de l’épouse de Ndiaga Diop. Elle a quitté le mardi, informe son mari. ‘’J’ai demandé à ma femme de partir très tôt avec les enfants, avant que les chauffeurs n’augmentent les tarifs. J’ai payé le tarif normal pour elle et mes deux filles. Moi, je ne pouvais pas quitter à ce moment-là, à cause de mon travail. Je partirai demain matin avec mon ami qui a un scooter. D’habitude, c’est juste après la prière de l’aube que prenons départ. A midi, je suis déjà chez moi’’, renseigne-t-il.
‘’J’ai perdu un ami lors du convoi que nous avions fait, il y a plus de 3 ans’’
Trois cent cinquante kilomètres, c’est la distance qui sépare Touba de Matam. Une distance qui ne fait pas peur à la meute de jeunes adolescents déjà prêts à rejoindre la ville sainte. Ils sont plus d’une dizaine à se retrouver en face du camp militaire de Ourossogui. C’est le point de rendez-vous. Ils formeront un convoi de plus de 20 motos-Jakarta. Gros sac sur le dos, casquette vissée et des écouteurs dans les oreilles, Seydou Thiam fait partie du convoi. ‘’Nous sommes en train d’attendre nos autres camarades qui doivent partir avec nous’’, renseigne-t-il. Pour Seydou, cette édition est sa première campagne. Il reste partagé entre la peur et l’excitation de la découverte. ‘’Je ne suis jamais parti à Touba, car je ne suis pas mouride. Alors, j’y vais pour découvrir. J’ai un peu peur, car c’est la première fois que je fais un si long voyage avec une moto. En même temps, je suis rassuré en étant avec mes camarades. On m’a déjà expliqué la solidarité qui existe dans le convoi. Quand il arrive une panne à quelqu’un, c’est tout le monde qui s’arrête pour l’aider. Alors, je suis vraiment rassuré, pour dire vrai’’, confesse-t-il avec toute l’insouciance qui caractérise son âge.
A quelques mètres de Seydou, Khabane est un habitué du convoi. Il est en train de visser les écrous. Lui est déjà en mode talibé avec une imposante photo de l’illustre marabout sur la poitrine. La peur est un sentiment qu’il ne connait pas, quand il se rend à Touba. ‘’De quoi aurai-je peur, quand je réponds à l’appel de Serigne Touba ? Il y a des accidents comme chaque année, mais ce n’est pas ce qui me fera renoncer à ce voyage. J’ai perdu un ami lors du convoi que nous avions fait, il y a plus de 3 ans. C’est un camion qui l’a percuté et nous l’avons vu mourir. C’était son destin, il était écrit qu’il perdrait sa vie sur la route du Magal. Moi, quand je monte sur ma moto pour me rendre à Touba, je vous assure que je ne pense pas à ces considérations. Je mourrai en cours de route, si Dieu le décide. Et je préfère mourir en allant répondre à Serigne Touba qu’en perdant la vie dans d’autres circonstances’’, termine-t-il.
Djibril Ba