Publié le 4 Dec 2021 - 18:07
MISS SENEGAL

Pour une institutionnalisation de l’élection

 

Le récent scandale sur la Miss Sénégal 2020 a soulevé la poussière accumulée dans l’arrière-cour des Miss depuis bien longtemps, hélas ! Inutile de revenir sur les mésaventures des miss. Si je monte au créneau aujourd’hui, c’est bien parce que je veux que mon expérience serve à quelque chose. Je précise que je suis restée longtemps en dehors du cercle de la mode et des concours de beauté. Je pars du principe que, quand on tourne une page, il faut la fermer définitivement pour laisser la place aux autres, mais Miss un jour Miss toujours, cela nous colle à la peau. Il faut accepter l’évidence et s’efforcer de contribuer autrement quand on vous sollicite.

Etre miss Sénégal, c'est voir son rêve brisé dans l'œuf ! Moi, à 19 ans déjà, j'étais consciente que les choses n’allaient pas dans le bon sens mais il y a 30 ans, entreprendre un chantier de restauration après un déséquilibre psychologique était beaucoup plus aisé que de nos jours. Même à la fleur de l’âge ! Je comprends donc beaucoup de choses et compatis à ma manière. J'ai également un devoir d'apporter une modeste contribution à l'édifice. La mienne est la suivante. Pour n’avoir jamais tiré des leçons élection après élection, nous voici devant l’évidence : de graves dysfonctionnements qui remontent à la surface aussi bien de l’organisation que de la Miss elle-même.

Concernant la Miss élue : pas besoin de faire de grandes études pour savoir qu’une Miss a des devoirs ; elle représente une institution, un pays, tout un peuple et à ce titre, elle se doit d’être irréprochable en tout temps et en tout lieu. Elle n’est pas LA plus belle du pays mais représente un échantillon de la beauté sénégalaise. Je précise que je ne parle pas d’un cas spécifique mais bien dans un cadre général. Un an de sacre mais beaucoup de contraintes, il faut s'y soumettre car on ne s'appartient plus !

Concernant le comité Miss Sénégal, au regard de ce que j’ai constaté, il y a beaucoup trop de dysfonctionnements dans l’organisation, la communication, la gestion, l’encadrement des jeunes filles. C'est inexcusable ! Une organisation de cette envergure ne saurait être laissée à l’appréciation d’une seule et même personne qui en fait sa chasse gardée. Comme je l’avais suggéré en 2012, l’élection Miss Sénégal doit être institutionnalisée par le Ministère de la Culture ou du Tourisme.

Une Direction, que je dénommerais COMISSEN peut bien avoir une place de choix au sein de ces  portefeuilles. Une fois acté, chaque région devrait se doter d’un COMISSEN. Ce comité régional doit se charger d’organiser en toute autonomie, toute transparence et toute équité l’élection régionale de miss: de l’annonce de l’événement au choix des candidates en passant par l’éventail des partenariats accompagnant l’événement, il doit être capable d’organiser cette aventure sans anicroche et de rendre compte à qui de droit. Tout doit être orchestré comme du papier à musique ! Ce n’est pas de trop d'être exigent dans cette affaire!

Une fois que la Miss est élue, elle doit se conformer au planning de rencontres, d’audiences et concours auxquels elle devra participer. Elle ne doit à aucun moment se trouver seule en présence de personnes étrangères au COMISSEN. Elle ne doit, sous aucun prétexte, se déplacer seule. Si elle est élève, elle doit pouvoir se trouver dans des conditions bienveillantes de poursuivre ses études en toute tranquillité. Si certains évènements doivent perturber ses études, mieux vaut privilégier ses études.

L’obligation de préserver à tout prix l’intégrité des candidates à l’élection Miss Sénégal doit être une surpriorité pour le COMISSEN. Les membres qui composent le COMISSEN doivent tous être d’un moral et d’une probité à toute épreuve. Le COMISSEN doit se doter de chaperons qui seront exclusivement au service des filles.  Aucune candidate ne devrait se déplacer sans son chaperon y compris lors d’épreuves sous régionales ou internationales.

A la fin de chaque élection, toutes les candidates doivent pouvoir regagner leur région avec des lots de consolation pour éviter de nourrir en elles tout ressentiment envers le COMISSEN. J’irais plus loin dans mes propositions en suggérant que l’organisation puisse accompagner ces candidates déchues à sortir de la précarité. Le COMISSEN doit se donner pour objectif de promouvoir la culture entrepreneuriale des jeunes candidates, surtout celles issues des régions en leur facilitant l’octroi de crédits si elles ont un business en gestation. Elles le méritent vraiment.

Si on sait les difficultés que rencontrent les jeunes filles par manque d'autonomie et d'indépendance financières, c'est l'occasion pour le COMISSEN de rappeler que le verbe entreprendre doit se conjuguer au féminin et de participer à développer ce potentiel en chacune des candidates.

Pour finir, je m'érige contre celles et ceux qui ne souhaitent plus l'organisation de ce concours de beauté dans notre pays. Pour moi, il peut être un formidable catalyseur social autour de la beauté, de la culture et de la jeunesse.

Aïssatou Nathalie Dia

Spécialiste en marketing et communication

Miss Sénégal 1992

Section: 
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