Publié le 21 Aug 2026 - 17:51
NOUVEAU CODE DU TRAVAIL  

Penser l’emploi au-delà du salariat

 

L’Assemblée nationale vient d’adopter, ce mardi 18 août 2026, les projets de loi n°15/2026 portant Code du travail et n°16/2026 portant Code de la sécurité sociale. Cette réforme marque une étape importante dans la modernisation de notre législation sociale. Elle intervient alors que le monde du travail connaît des mutations profondes sous l’effet du numérique, des nouvelles technologies et de la transformation des modèles économiques.

Il faut donc saluer cette évolution. Mais une question demeure : avons-nous simplement modernisé le droit du travail ou avons-nous commencé à construire le cadre juridique d’une nouvelle politique de l’emploi ? C’est à cette seconde ambition que nous devons désormais nous atteler. Dans ma réflexion sur Emploi au Sénégal : diagnostic et recommandations stratégiques, j’ai défendu l’idée que notre politique de l’emploi devait dépasser la seule logique de création d’emplois salariés. Le Sénégal doit également apprendre à valoriser ses compétences et à les connecter au marché mondial.

Le télétravail constitue, à cet égard, une opportunité majeure. Sa reconnaissance dans le nouveau Code est une avancée importante. Mais il ne faudrait pas considérer le télétravail uniquement comme une nouvelle modalité du salariat. Il peut devenir un véritable levier d’exportation de services. Un développeur informatique à Kaolack peut travailler pour une entreprise à Paris. Un graphiste à Thiès peut servir un client à Montréal. Un comptable, un consultant, un spécialiste de l’intelligence artificielle ou un expert en marketing digital peut vendre ses compétences partout dans le monde sans quitter le Sénégal. La question stratégique n’est donc plus seulement : combien d’emplois pouvons-nous créer au Sénégal ? Elle devient : combien de compétences sénégalaises pouvons-nous connecter aux marchés du monde ?

C’est ici que le freelancing prend toute son importance. Entre le salariat classique et le chômage se développe une nouvelle catégorie de travailleurs indépendants qui vendent directement leurs compétences, souvent à des clients internationaux.

Cette réalité doit désormais être intégrée à nos politiques publiques. Il nous faut notamment réfléchir à la protection sociale du travailleur indépendant, à sa fiscalité, à son accès au financement, à la sécurisation de ses contrats et paiements internationaux, ainsi qu’à la reconnaissance de son parcours professionnel. La réforme du Code de la sécurité sociale ouvre d’ailleurs une perspective intéressante en élargissant la protection sociale à certaines catégories jusque-là insuffisamment couvertes, notamment les travailleurs indépendants. Mais le chantier ne doit pas s’arrêter aux textes.

Le Sénégal doit désormais mettre en place une véritable stratégie nationale d’exportation des services, articulée autour de la formation aux compétences numériques, de l’intelligence artificielle, des langues, de la connectivité, de l’accompagnement des freelances et de l’accès aux marchés internationaux. Nous devons passer d’une logique d’employabilité nationale à une logique d’employabilité mondiale.

Notre jeunesse ne demande pas nécessairement que l’État lui trouve un emploi. Elle demande surtout qu’on lui permette d’accéder au marché. Et ce marché n’est plus seulement sénégalais. Il est africain et mondial. Le nouveau Code du travail constitue donc une avancée nécessaire. Mais sa véritable réussite dépendra de notre capacité à l’inscrire dans une vision plus large : protéger les travailleurs, accompagner les nouvelles formes d’activité et faire du Sénégal un pays qui exporte non seulement des produits, mais aussi des compétences et des services. C’est peut-être là l’une des réponses les plus prometteuses à l’équation de l’emploi au Sénégal.

Par Pape Modou FALL, Ancien directeur de l’Emploi

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