‘’C’est la fin d’un cycle’’
Le Sénégal est rentré des derniers Jeux africains (du 4 au 19 septembre 2015) avec aucune médaille d’or en athlétisme. Quelques semaines après ces joutes de Brazzaville, le président de la Fédération sénégalaise d’athlétisme (FSA) a bien voulu faire, à travers EnQuête, le diagnostic du déclin de cette discipline qui ne brille plus sur le plan mondial. Momar Mbaye, arrivé à la tête de la structure en fin 2002, a annoncé par ailleurs sa position de ne pas briguer un autre mandat lors de la prochaine Assemblée générale élective de fin 2017.
On sort des Jeux Africains de 2015. Quel bilan faites-vous de votre participation à ces joutes ?
Un bilan globalement positif. Nous avons notre place actuelle aux Jeux Africains, vu le nombre, les athlètes présents; et qui étaient disponibles. Nous sommes revenus avec trois médailles d’argent et une de bronze. Amy Sène et Ndiss Kaba devaient décrocher l’or s’ils avaient réalisé leurs performances passées.
Est-ce qu’il n’y a pas une sorte de déclin de l’Athlétisme sénégalais, compte tenu de ces résultats ?
Considérons que nous sommes à la fin d’un cycle. Cela veut dire que nous devons assurer la prise en charge des espoirs détectés lors de nos compétitions. Malheureusement, cette fin de cycle coïncide avec le changement de nationalité de Kassé Hann, le départ de Mamy Souma aux Etats-Unis pour rejoindre son mari. Elle coïncide, également, avec l’indisponibilité de Mor Seck, détenteur du record national du 1500 m, à cause de son travail.
Pourquoi le cas Mor Seck ? N’y avait-il pas de ressources pour le motiver à poursuivre ses activités ?
Ce manque de prise en charge de l’élite date de très longtemps. Avant, nous bénéficiions de bourses d’Etat, de la Coopération française, de la Solidarité Olympique et/ou de la CONFEJES. Ces bourses n’existent plus ou deviennent rares ou pas attribuées à l’Athlétisme. Aussi, depuis la suppression du Fonds de relance de l’Athlétisme, nous n’avons plus la possibilité de regrouper l’élite en stage. Les athlètes qui résident en Europe sont obligés d’aller travailler pour assurer leur subsistance. C’est une situation qui date des années 1998-2000 avec la position politique des différents partenaires. Il s’y ajoute la suppression du plan de relance depuis 2005, la rareté des appuis financiers pour entretenir l’élite et le vouloir des athlètes d’aller s’installer en Europe.
Vous avez certainement fait le diagnostic. En tant que Président de la Fédération, où se trouve le mal ?
Mais oui ! Et depuis, les réflexions se suivent et ont abouti à l’élaboration d’un document validé par nos instances qui, après avoir fait le diagnostic, fait l’état des lieux, ont proposé des solutions. Aujourd’hui, le sport scolaire et universitaire ne fonctionne plus. Les clubs ne s’occupent plus de leur section d’Athlétisme, le transfert des enseignants du Ministère des Sports au Ministère de l’Education… Il s’y ajoute le manque ou l’absence d’entraîneur à temps plein pour la prise en charge des athlètes ; la rareté des moyens matériels et financiers… Tout cela met les premières disciplines olympiques en difficulté. Que deviennent les grandes sections d’athlétisme du Dial Diop, de l’US Rail, du COT, de la Jeanne d’Arc, des Niayes, de surtout l’ASFA et de la Police ? Nous aimerions bien que les autorités accordent davantage une attention particulière à la première discipline olympique en nous donnant les possibilités de la mise œuvre du PSDA (Plan Stratégique de Développement).
Avez-vous reçu des réponses des du Ministère des Sports ?
Pas officiellement. Mais, je dois dire que j’ai trouvé une attention particulière chez l’actuel ministre des Sports, Matar Bâ, cette année, pour notre discipline. Ce qui laisse croire qu’il y aura un meilleur traitement pour les années à venir. Nous sommes prêts à signer des contrats d’objectifs avec l’Etat, indiquant des résultats quantifiables pour chaque étape de la mise en œuvre du plan.
Donc vous avez un plan de relance que vous avez du mal à mettre en œuvre ?
Notre plan a été validé par nos instances depuis début 2013, envoyé et présenté à l’ancien ministre des Sports et étudié par ses services. Maintenant, nous l’avons soumis à l’actuel ministre pour sa mise en œuvre.
Dernièrement, le budget du Ministère des Sports a connu une baisse. Est-ce que cela vous rassure quant à la mise en œuvre du plan ?
Nous pensons que le budget de 2016 alloué aux sports connaîtra une hausse. La situation l’exige, aujourd’hui, à côté des ressources de l’Etat. Il faut des moyens additionnels. Au niveau national, rares sont les entreprises qui sponsorisent. La LONASE (Loterie Nationale Sénégalaise), créée pour soutenir les sports, a pratiquement renoncé.
Le Président de la Fédération sénégalaise de Handball, Seydou Diouf, avait proposé d’appliquer une taxe sur la cigarette pour répondre à ce besoin de financement du sport…
C’est une idée, une possibilité. Il y a d’autres voies pour amener les entreprises à apporter un plus au financement du sport. Mais il faut nécessairement l’apport des sponsors.
Pourquoi les entreprises qui appuyaient le sport se sont retirées aujourd’hui ?
L’effet de la mondialisation est en partie passé par là, les grandes compagnies sponsorisent le niveau international et pas le sport ou les activés nationales. Les décisions sont prises ailleurs et pas au Sénégal.
Maintenant, quelle est la situation de la discipline au Sénégal ?
La situation est déjà décrite, mais l’Athlétisme se pratique, plus ou moins, dans toutes les régions. Par contre, nous aimerions avoir des entraîneurs mis à la disposition de la Fédération pour s’occuper des athlètes à temps plein. Que le Sport scolaire et universitaire redémarre pour massifier la base et toutes les catégories pour le bien de la jeunesse, car le sport est aussi moyen de promotion sociale.
Aujourd’hui, on parle de centre de détection pour développer le sport d’une manière générale …
Centre de détection ou d’entraînement… Oui, cela doit exister pour les sports de niveau mondial. Le Football et le Basket avec SEED Académie sont des exemples illustratifs. La différence c’est bien cela ; donc, une prise en charge de l’élite.
Ne pensez-vous pas que les Ligues régionales doivent s’impliquent davantage ?
Evidemment. La Fédération d’Athlétisme est l’une des rares à être présente dans toutes les régions. Avec la mise en œuvre éventuelle du PSDA, elles pourront dérouler convenablement leur programme.
Mais, est-ce que ces structures aident réellement la Fédération à la détection de talents ?
Evidemment, en analysant les résultats des championnats nationaux des cadets et des juniors au niveau des ligues comme Kolda, Kaolack, Thiès et Diourbel, vous avez des athlètes avec un potentiel extraordinaire. Faudrait-il avoir les moyens humains et financiers pour leur assurer une bonne prise en main.
Maintenant, quelles sont les perspectives ?
C’est le début de la mise en œuvre du Plan Stratégique de Développement. Le maintien du Meeting international de Dakar dans le circuit mondial de l’IAAF.
Il paraît que vous ne souhaiteriez pas vous présenter lors de la prochaine Assemblée Générale de la Fédération. Qu’en est-il exactement ?
Je ne le souhaite pas. Mais, par respect aux acteurs et aux membres de la Fédération, je ne dis pas plus.
Donc, vous sentez que vous n’avez plus les coudées franches pour continuer à diriger l’Athlétisme sénégalais ?
Si vous avez suivi les acteurs, ils ne veulent pas que je le dise maintenant. Tout récemment, à Brazzaville, les athlètes m’ont rencontré et ont souhaité que je les accompagne encore. Cela veut dire beaucoup de choses.
Après ces appels pour rester, quelle est votre position maintenant ?
Le moment venu, je vais apprécier car je dois respecter les acteurs et la famille de l’Athlétisme.
Quel bilan tirez-vous de votre passage à la tête de la Fédération ?
Un bilan très positif, car tous les programmes sur la base desquels j’ai été élu, ont été réalisés. En fin 2002, j’ai été élu sur trois programmes : décentraliser les compétitions dans les régions, réfectionner la piste de Iba Mar Diop et doter l’athlétisme sénégalais d’un grand meeting international. Tous ces trois objectifs ont été largement atteints.
Mais, avant votre départ, il y aura le meeting international de Dakar…
Le meeting de 2016 est prévu le 28 mai et la date est définitive. Le comité d’organisation s’est déjà réuni et est en train de finaliser l’appel d’offres avec un cahier de charges pour contracter un cabinet de marketing et de communication.
Et le marathon d’Eiffage ?
Le marathon est prévu les 13 et 14 février 2016. Le comité d’organisation est à pied d’œuvre et abat un travail extraordinaire. Les différents parcours de l’événement seront homologués bientôt par un expert international. Nous demandons à être accompagnés par l’Etat au niveau des ressources humaines, des moyens et l’équipement des stades. Enfin, nous souhaitons vivement la mise en œuvre du PSDA.
ADAMA COLY