Rebeuss se referme sur Karim Wade et sa bande
Karim Wade est tombé. Le fils de l’ex-président Abdoulaye Wade a passé sa première nuit hier à la prison de Rebeuss, après 14h passées à la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI).
L’histoire s’est déroulée avec cynisme. Le hasard est apparu à Karim Wade sous des habits de cruauté, en le menant vers Rebeuss par ce tunnel de Soumbédioune qui aurait dû être le symbole de sa gestion vertueuse des deniers. Il a été inculpé d'enrichissement illicite et placé sous mandat de dépôt. Bibo Bourgi, Pape Mamadou Pouye, Pierre Agboba, Mbaye Ndiaye, Omar Diallo, Alioune Samba Diassé et Alioune Konaré, ont eux été inculpés et placés sous mandat de dépôt pour complicité d'enrichissement illicite.
Il est 23h39 minutes, lorsque que l'immeuble immensément grand qui abrite le CREI décide enfin d’expulser ses hôtes du jour. 14 tours d’horloge auront passé pour que la bâtisse se décide enfin à livrer son secret. Une flèche. Un véhicule 4x4. Puis un autre. Et voilà le minibus de couleur bleue, avec à son bord Karim Wade et sa bande. Derrière lui, des pick-up remplis de forces de l’ordre. Et le tour est joué.
Pour les quelques militants du Parti démocratique sénégalais présents encore sur les lieux, c’est le cœur qui se fend en deux. Le regard vide, les nerfs tendus, ils crient jusqu’à ce que leurs yeux ne voient plus le cortège qui s’étire et s’éloigne. ‘’Tu seras le futur président de ce pays’’, lancent-ils sur un ton chargé d’émotion, d’amertume, mais surtout de rage.
‘’Il sera le futur président du Sénégal, personne n’y peut rien’’, renchérissent-ils, avant de se précipiter dans leurs véhicules pour suivre le cortège, en direction de la Maison d’arrêt de Rebeuss. A 23h 55 minutes, le portail de la prison est déjà franchi et le sort de l’unique fils de Wade et de ses compagnons de galère est scellé. Les rideaux tombent ainsi sur une journée qui fut longue.
C’est à 11h que Karim Wade et ses acolytes sont arrivés au siège de la CREI, à bord du même minibus bleu qui les a conduits à Rebeuss tard dans la soirée. Très vite, une foule s'est formée. Militants et sympathisants du PDS sont arrivés par dizaines. Ensuite, a suivi le ballet de quelques pontes de l’ancien régime : Doudou Wade, Farba Senghor, Mamadou Mansaly, Serigne Mbacké Ndiaye etc. Souvent, les nerfs tendus ont conduit à la bagarre. Ensuite, le calme est revenu. Ces gens ont paniqué et ont mal digéré le triste sort qui allait être réservé à leur frère. Ils savaient tous que Karim n’échapperait pas, mais tous faisaient semblant de ne pas y croire.
Courant par-ci, démarrant leurs véhicules par-là, se regroupant pour ne rien faire, ils essaient de passer le moment. N'empêche que c'est la défaite qui se lit dans les yeux. Il n’y a plus de chef de file et chacun se débrouille comme il peut. Vers 20h, la presque totalité de la foule s’est dispersée, lassée par une journée éprouvante et la rude attente d’une affaire qui semble sans fin. Au fil du temps, la foule s’est dépréciée, au point que lorsque le moment tant attendu arrive, presque plus personne n’est là. Sauf peut-être ces quelques fidèles et curieux qui n’ont voulu rien rater. Pour Karim, le tour est joué. Reste à savoir à qui le tour. La machine est en marche.
Amadou NDIAYE