Publié le 24 Mar 2017 - 13:47
PROJECTION DE FILM

‘’Wulu’’ ou les conséquences de la crise malienne 

 

Le théâtre de verdure de l’Institut français Léopold Sédar Senghor recevait mercredi soir la projection du film ‘’Wulu’’. Il est réalisé par le Franco-malien Daouda Coulibaly.

 

Dès les premières secondes du film, est expliqué le titre de ce dernier. ‘’Wùlu’’ est un mot bambara signifiant ‘’Chien’’ qui fait ici référence au dernier niveau dans le tableau d’initiation des N’tomo. Niveau qui permet à l’initié, ici Ladji (Ibrahima Koma), de choisir sa place dans la société. Comme on a pu le voir mercredi soir à l’institut français Léopold Sédar Senghor de Dakar. Apprenti car il pratique ce métier depuis 5 ans, espérant une promotion. Seulement, à chaque fois qu’il se dit que ce coup-ci est le bon et qu’il va passer chauffeur, quelqu’un d’autre est choisi. Toujours un proche du patron.

Ereinté, dégoûté, au bord du désespoir, Ladji part voir l’un de ses anciens ‘’amis’’, Driss (interprété ici par Ibrahima Mbaye, directeur de la troupe nationale dramatique de Sorano), pour qu’il lui donne du travail. Un sale boulot oui. Driss lui demandera de lui convoyer du cannabis à Dakar, caché dans un camion frigorifique transportant officiellement de la viande. De Dakar, il ramènera de la cocaïne. Cette fois-ci, il transportera officiellement du poisson. Très futé, il s’en sortira même si Driss, en le désignant, voulait qu’il soit arrêté afin de se venger de ceux qui tenaient ce trafic. Ils lui ont refusé une augmentation. Content de la première mission de Ladji, ses nouveaux patrons lui en confient d’autres. Le bonhomme gagne de l’argent avec ses deux amis et compagnons. Ladji permet à ces derniers ainsi qu’à ses sœurs de sortir de la misère. Ils sont tous jeunes. Ce qui démontre une certaine inactivité de cette catégorie de la population malienne. Car à côté du trio trafiquant, il y a les jeunes de son quartier qui passent leurs journées à faire le thé.

Une autre problématique posée dans ce film est celle de la corruption qui n’épargne pas les plus hautes sphères des Etats. Des hommes de tenue aux autorités étatiques, tous y passent. Le terrorisme y a également sa place. Au cours d’une livraison à Timbuktu, Ladji et ses amis tombent dans une embuscade. L’un d’entre eux y reste d’ailleurs. Le deuxième, ne le supportant pas, se noie dans l’alcool. Après moult tentatives de l’en sortir, Ladji finit par tuer ce dernier. Commencent alors ses tourments. Ils ne voient pas le sang de ses amis mais celles des vaches tuées lors de sa première opération. Cela le perturbe mais ne le fait pas osciller dans son business. Ladji parle peu dans le film mais sait ce qu’il fait et l’exécute bien. De livreur, il passe à big boss grâce à un attentat survenu en Guinée où il livrait aussi. Lors de ce dernier voyage, il est arrêté puis libéré par des populations soutenues par des groupes terroristes. Cela se passe dans le nord Mali.

A travers ces différents tableaux, Daouda Coulibaly, réalisateur de ‘’Wulu’’, a voulu montrer le gouffre dans lequel les politiciens ont fait tomber le pays. Même si les faits relatés se seraient passés entre 2007 et 2009, la crise elle, date de 2012. A la fin du film, le réalisateur a quand même en quelques lignes (re)contextualiser son histoire, dénonçant le mal causé par la crise qui a emporté le Président Amadou Toumani Touré (ATT) à l’époque.

 ‘’Wulu’’ est un film riche en enseignements. Engagé, Ladji est tellement majestueux qu’il tient forcément le cinéphile.

B. BOB

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