Publié le 23 Aug 2026 - 00:02
RÉFÉRÉ À LA COUR SUPRÊME, REQUISITOIRE CONTRE LE “DUO INCOMPÉTENT”...

Le FDR sort du bois

 

Face au déni de démocratie matérialisé par le report de fait des élections territoriales et au spectacle désolant d'une "guérilla politique" au sommet de l'État, le Front pour la Défense de la Démocratie et de la République (FDR) sort de sa réserve. Porté par le coordinateur du Front, Modou Diagne Fada, et le député de l'Alliance Pour la République (APR), Abdou Mbow, le FDR a déjà saisi la Cour Suprême ce vendredi pour le respect du calendrier républicain.

 

Où est passée l'opposition ? Que fait-elle pendant que l'exécutif et le parlement se donnent en spectacle ? Cette double interrogation a désormais une réponse de la part du Front pour la Défense de la Démocratie et de la République. Et il faut le dire, le FDR n'y est pas allé d'une main morte pour rappeler à l'ordre le Palais et l'Assemblée nationale. Hier, face à la presse, Modou Diagne Fada, coordinateur du FDR, et Abdou Mbow, figure de proue de l'APR à l'Assemblée nationale, ont porté d'une seule voix l'offensive de cette frange de l'opposition.

L'objectif était clair : porter le fer dans la plaie d'un pouvoir accusé de liquider les acquis démocratiques et d'enfoncer le pays dans un marasme économique qui ne dit pas son nom. Toutefois, la principale annonce juridique et politique de cette rencontre réside dans la saisine officielle, ce vendredi, de la Cour Suprême d'un recours en référé. En cause, selon le FDR : le refus manifeste du gouvernement d'appliquer le Code électoral pour l'organisation des élections territoriales, qui devaient impérativement se tenir au plus tard le 17 janvier 2027.

"Au 20 août 2026, le Ministre en charge des élections avait l'obligation légale de signer l'arrêté fixant le montant de la caution pour les élections territoriales, après concertation avec les acteurs politiques. Il n'en a rien fait. Pire, le gouvernement n'a donné aucune explication ! C'est un mépris organisé des textes et une violation flagrante des règles de l'État de droit", fait savoir d'emblée le coordinateur du FDR, Modou Diagne Fada.

Pour les leaders du FDR, il ne s'agit pas d'un simple retard administratif, mais bien d'une stratégie préméditée du fait accompli. Malgré une lettre d'alerte adressée au ministre de l'Intérieur dès le 6 mars 2026, le pouvoir a fait la sourde oreille. En imposant ce report clandestin sans aucune concertation avec les acteurs du système électoral, le régime piétine l'esprit du Code et les conventions internationales.

"La Peste et le Choléra" : L'État pris en otage par une "honteuse guérilla"

Au-delà du dossier électoral, le FDR dresse un constat d'une sévérité inédite sur l'état des institutions. Sur cette rubrique également, Fada n'a pas mâché ses mots en évoquant le spectacle offert par les clans rivaux au sommet de l'État. Selon cet ancien du Parti Démocratique Sénégalais, le Sénégal assiste impuissant aux dérives d'un pouvoir morcelé entre partisans du Président de PASTEF "entré par effraction à l'Assemblée nationale" et les fidèles de l'ancien Secrétaire Général.

"Les partisans du pouvoir ont transformé les institutions de la République en instruments d'une honteuse guérilla politique ! Ils sont tous les deux coupables, responsables et frappés d'une incompétence notoire. Entre la peste et le choléra, il faut s'en éloigner ! Les Sénégalaises et les Sénégalais s'en écarteront et ils devront dégager le moment venu".

Pendant que ces factions rivalisent "à coups de communiqués et de déclarations fracassantes", l'État se délite, selon le FDR. La gouvernance erratique, le manque d'expérience et "la boulimie des actuels dirigeants" ont plongé les institutions dans un déni permanent du sens des responsabilités. Le FDR enfonce le clou en rappelant les récentes révélations sur l'usage jugé scandaleux des fonds spéciaux, illustrant un "déficit criant de probité".

Vie chère et marasme économique : Le calvaire quotidien des Sénégalais

Sur le plan social, le diagnostic partagé par Modou Diagne Fada et Abdou Mbow résonne comme un cri d'alarme pour les ménages sénégalais. Les leaders dénoncent d'abord le récent relèvement du prix du carburant et son effet domino inévitable sur le coût du transport. Cette hausse entraîne un renchérissement considérable des denrées de première nécessité, notamment la viande et les légumes, au moment même où les agrumes pourrissent entre les mains des horticulteurs faute de débouchés. À ce tableau sombre s'ajoutent le marasme de l'emploi pour les jeunes et la recrudescence inquiétante de l'insécurité sur une bonne partie du territoire national.

"Le Sénégal n'est pas seulement malade, il est littéralement abandonné et trahi par ceux qui ont brigué et obtenu la majorité des suffrages", martèle Abdou Mbow. Deux années durant, selon l'opposition, le pouvoir actuel s'est employé à déconstruire les fondamentaux de la République, ruinant l'économie et agressant les travailleurs.

Plan d'action sur plusieurs mois : Le FDR passe à l'offensive du terrain

Mais le FDR ne compte pas en rester au stade de la dénonciation verbale ou des conférences de presse. Bien plus qu'un simple rappel à l'ordre, cette sortie marque le lancement d'un plan d'action politique stratégique étalé sur plusieurs mois.

"Nous ne pouvons pas croiser les doigts devant cette forfaiture, cette guéguerre stérile et ce mépris des citoyens", préviennent les leaders. Le FDR exhorte dès aujourd'hui l'ensemble de ses composantes, militants et sympathisants à s'organiser rigoureusement au niveau local et territorial. L'objectif affiché est d'amorcer un vaste mouvement de mobilisation populaire pour contraindre le pouvoir à revenir à un minimum de normalité institutionnelle.

"Il est encore possible de ramener le Sénégal à l'endroit. Le FDR est déterminé, au-delà de la dénonciation, à assumer toutes ses responsabilités pour, avec l'accompagnement des Sénégalaises et des Sénégalais, redonner à notre pays la place enviée qu'il mérite dans le concert des nations", conclut Modou Diagne Fada.

En posant les jalons d'une résistance démocratique structurée sur le terrain, le Front pour la Défense de la Démocratie et de la République envoie un signal clair au pouvoir : la période d'observation est définitivement close. Les mois à venir s'annoncent décisifs et mouvementés sur l'échiquier politique sénégalais.

MAMADOU DIOP

Section: