Entre heurts et contradiction

Dans un contexte de guerre sans merci contre le gouvernement, Pastef exprime son opposition à la hausse des prix du carburant.
En conférence de presse hier, Pastef est largement revenu sur la hausse des prix du carburant. Et c’est l’ancien ministre de l’Énergie et non moins vice-président du parti, Birame Souleye Diop, qui a été envoyé au front sur cette question pour apporter des clarifications. A en croire l’ancien ministre, avec la structure actuelle, le maintient des prix devenait presque hypothétique. Mais la hausse n’était pas la seule option.
“La vérité est que, actuellement, la fiscalité pèse en moyenne 41% sur le prix. C’est beaucoup plus important que les subventions. Le Premier ministre (Ousmane Sonko) a voulu qu’on ramène la fiscalité à 15%. Nous avons fait des simulations, non seulement pour 15%, mais aussi pour 20% et 25%. Si on avait appliqué ces résultats, il n’y aurait pas eu cette hausse”, a expliqué l’ancien ministre.
Birame Souleye s’est voulu très pragmatique en donnant un exemple concret. Par exemple, pour 25% de fiscalité, avec un prix du baril de 92 dollars, le super carburant aurait coûté 925 francs au lieu des 990 francs actuels. “Ce serait le prix réel sans subvention. Et cela permettrait d’appliquer la vérité des prix”, a souligné le prédécesseur de Dr Abdourahmane Diouf, citant une étude réalisée sous Ousmane Sonko et disponible depuis le 19 Mai, à la veille du limogeage de ce dernier.
Les conclusions de l’étude
Laquelle étude avait montré que la fiscalité pèse entre 52% et 27% sur les prix, soit une moyenne de 41%, faisant du Sénégal le pays le plus cher en Afrique de l’Ouest. “L’étude avait aussi montré que tout retard dans la mise en œuvre des réformes structurelles se traduirait par un coût budgétaire additionnel et irréversible. La conséquence directe est l’augmentation des prix, parce que l’État ne peut pas supporter de telles subventions”, a regretté le ministre Birame Souleye Diop.
Avant Birame Souleye Diop, le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, avait soutenu la même thèse. Selon lui, la subvention est un leurre. Ce que l’État encaisse à travers les taxes est beaucoup plus important que ce qu’il donne au titre des subventions. Documents à l’appui, il explique : “Si vous prenez 2021, l’État a subventionné à 212 milliards contre 450 milliards de taxes. Pour 2024 c’est une subvention de 467 milliards contre 682 milliards de taxes. Pour 2025 la subvention était de 380 milliards contre 765 milliards pour les taxes, soit une différence de 384 milliards, presque le double ou plus chaque année”, a-t-il expliqué, non sans préciser que 2023 et 2024 ont été les seules exceptions.
Ousmane Sonko a rappelé qu’il y a environ 5 séries de taxes : TVA, droits de porte, FSIPP, fonds de soutien à l’énergie et la taxe spécifique. “Le Sénégal est le pays qui a la fiscalité la plus lourde en Afrique de l’Ouest. J’avais donné des instructions pour aller vers une réduction des taxes, ce qui impacterait forcément la subvention. Si avait fait ce travail, il n’y aurait pas eu de hausse. On aurait même pu aller vers une baisse. Mais quand on obéit aux ordres de l’extérieur, on peut tout accepter. Nous, nous l’avons toujours refusé”, fulminait l’ancien PM.
Ce que Pastef ne dit pas
Mais combien aurait coûté un tel renoncement auxdits impôts ? Quel impact cela aurait eu sur les recettes du budget de l’État et le déficit ? Ni Ousmane Sonko ni Birame Souleye n’ont apporté des réponses. Nos tentatives d’entrer en contact avec le ministère des finances sont restées vaines.
Interpellé, le professeur Amath Ndiaye, enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques et de gestion de l’Ucad, s’est voulu très clair. Il est vrai, selon lui, qu’une baisse de la fiscalité sur les produits énergétiques ferait effectivement baisser les prix à la pompe. “Mais elle aurait pour contrepartie immédiate une diminution des recettes fiscales de l’État. Dans le contexte actuel de fortes contraintes budgétaires, cela contribuerait donc à creuser davantage le déficit budgétaire, sauf à compenser cette perte de recettes par d’autres impôts ou par une réduction équivalente des dépenses”, a-t-il expliqué.
Selon lui, aujourd’hui, le Sénégal gagnerait plutôt à faire le chemin inverse : “réduire progressivement son déficit et dégager davantage de ressources budgétaires”. “En matière énergétique, les choix sont donc relativement clairs : augmenter ou maintenir une fiscalité suffisante sur les produits pétroliers, réduire les subventions, ou combiner les deux. Dans les trois cas, l’ajustement se traduit nécessairement, à des degrés divers, par une hausse des prix supportés par les consommateurs”, analyse l’économiste.
Le plus problématique dans cette histoire, c’est que les mêmes qui avaient soutenu le Plan de redressement économique et social, avec son lot de taxes et impôts sur divers produits, reviennent pour dénoncer les taxes sur le carburant. Pour le professeur Amath Ndiaye, “il y a y a effectivement une certaine contradiction à défendre aujourd’hui une baisse des taxes sur les produits énergétiques après avoir justifié, dans le cadre du PRES, la création ou le relèvement de plusieurs prélèvements destinés précisément à accroître les recettes de l’État”.
Pastef rejoint les pétroliers
Il convient de noter que la position actuelle de Pastef recoupe à peu près une position que les pétroliers ont toujours défendue, à savoir la baisse des taxes sur les hydrocarbures. L’association qui les regroupe a souvent dénoncé l’existence “de taxes cachées” dans les hydrocarbures. “Parmi ces taxes qui ne sont pas toujours connues du grand public, mais qui pèsent sensiblement sur le prix, il cite le FSIPP (Fonds de soutien aux importations de produits pétroliers), le FSE (Fonds de soutien à l’énergie, également appelé Prélèvement de soutien à l’énergie) et, dans une moindre, mesure la taxe portuaire.”
Ce sont les textes que Pastef veut en quelque sorte réduire dans un contexte de raréfaction des recettes, qui jouent un rôle important dans la stabilisation des prix des produits pétroliers, malgré leur volatilité sur le plan international.
En contradiction avec la LFI 2026
Dans la loi de finances initiale, une telle baisse n’a nullement été annoncée pour un régime qui a toujours prôné la sincérité budgétaire. Au contraire, le gouvernement avait surtout misé sur une série de nouvelles taxes dans le cadre du PRES qui devait rapporter plus de 700 milliards. “L’assainissement des finances publiques se poursuivra par le biais d’une consolidation budgétaire à court terme. Ainsi, la réduction progressive du déficit budgétaire permettrait de le ramener progressivement à 3% en 2027 conformément au Pacte de Convergence et de stabilité budgétaire de l’UEMOA”, avait indiqué la LFI.
La priorité pour le gouvernement de Sonko était plutôt la maîtrise du déficit. Celui-ci devait passer de environ 7,8% en 2025 à 5,37% en 2026, contre le pic de 12% en 2012. “Mieux, le solde budgétaire de base s’est fortement amélioré passant de -678,5 milliards de FCFA dans la LFI 2025 à -81,6 milliards de FCFA dans le projet de LFI 2026, traduisant ainsi, les efforts internes de l’Etat, pour aller résolument vers la consolidation budgétaire”, prévoit la LFI.
En plus des recettes fiscales existantes, le gouvernement de Sonko projetait des recettes additionnelles de 762,6 milliards FCFA issues du PRES. “Pour les recettes du budget général, elles s’élèvent à 5 932,2 milliards FCFA, dont les recettes fiscales arrêtées à 5 384,8 milliards de FCFA, en hausse de 1 025,2 milliards de FCFA par rapport à la LFI 2025, portées principalement par les recettes fiscales issues du PRES pour 703,6 milliards de FCFA et les impôts….”, avait précisé la loi de finances initiale, qui tablait de relever le taux de pression fiscale projeté à 23,2% contre 19,3 % dans la LFI 2025.
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DÉCLARATION DE PATRIMOINE Vers une généralisation de la publicité Sur un autre registre, Pastef est revenu sur le débat relatif à la déclaration de patrimoine et aux fonds spéciaux. Relativement à la déclaration de patrimoine, le parti de la majorité parlementaire annonce une proposition de loi visant la généralisation de la publicité à tous les assujettis. “Nous allons introduire une proposition pour demander la publication de toutes les déclarations de patrimoine. Les Sénégalais vont connaître les patrimoines de tous ceux qui nous dirigent. Nous allons l’introduire dans deux semaines”, a déclaré l’ancien ministre Amadou Ba, par ailleurs responsable de la Communication de Pastef. Le député a, en outre, chargé Mme Aminata Touré qui, selon lui, a raconté des contre-vérités, lors de sa dernière sortie. Aminata Touré, selon Monsieur Ba, avait déconseillé à Sonko de ne pas choisir Diomaye qui n’avait pas les capacités de diriger le pays. À défaut, de lui imposer une transition de deux ans, accuse-t-il. |
Par Mor Amar






