Publié le 24 Jun 2026 - 08:51
SÉNÉGAL-FMI

Le dossier de “misreporting” toujours non clos

 

Deux ans après la rupture provoquée par l’affaire des données publiques erronées, les relations entre le Sénégal et le Fonds monétaire international restent marquées par une prudence réciproque. Si les performances économiques récentes et les efforts de réforme sont salués, la normalisation complète du partenariat demeure suspendue à la résolution définitive du dossier de « misreporting » et à la crédibilité des engagements de gouvernance.

 

Le Fonds monétaire international (FMI) a achevé, le 19 juin dernier, une mission de travail à Dakar conduite par sa cheffe de mission pour le Sénégal, Mercedes Vera Martin. Dans un communiqué publié hier, l’institution de Bretton Woods salue les efforts de réforme engagés par les autorités sénégalaises, tout en soulignant que le dossier de « communication passée de données erronées »  ou misreporting  reste non clos. Une position qui s’inscrit dans une relation encore fragile entre Dakar et le FMI, près de deux ans après l’alternance politique de mars 2024.

Par ailleurs, le FMI dresse un tableau globalement positif de la conjoncture économique sénégalaise. La croissance du PIB réel a atteint 6,7 % en 2025, tirée notamment par le dynamisme du secteur des hydrocarbures. Dans le même temps, le déficit du compte courant s’est réduit, porté par les exportations pétrolières et une baisse des importations. Sur le plan budgétaire, les efforts de consolidation sont également relevés : le déficit global est passé de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025. Une évolution attribuée à une rationalisation des dépenses publiques. Mais le satisfecit reste mesuré. Le FMI insiste sur la persistance de vulnérabilités importantes, notamment en matière de dette et de finances publiques. L’institution alerte aussi sur des risques externes, en particulier la hausse des cours du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient, susceptible d’alourdir les charges liées aux subventions énergétiques dans un contexte de conditions financières internationales plus strictes.

Le communiqué met en avant « des discussions ouvertes et constructives » avec les autorités sénégalaises, saluant leur engagement à corriger les faiblesses révélées par les erreurs passées de déclaration des données économiques. Parmi les avancées notées figurent le renforcement de la gestion des finances publiques, l’amélioration de la transparence budgétaire, ainsi que des réformes institutionnelles, notamment l’unification des fonctions de gestion de la dette, considérée comme une mesure corrective majeure. Toutefois, le FMI estime que ces efforts doivent être poursuivis. La clôture du dossier de misreporting reste conditionnée à « des actions décisives » supplémentaires. Les échanges ont également porté sur les besoins de financement du Sénégal pour le reste de l’année et sur les contours d’éventuelles réformes à venir. Les autorités ont réitéré leur intérêt pour un nouveau programme appuyé par le FMI. De son côté, l’institution indique qu’elle poursuivra les discussions autour de politiques susceptibles de soutenir un futur accord, notamment en matière de consolidation budgétaire, de gestion de la dette, de gouvernance et de croissance inclusive.

Pour comprendre les enjeux actuels, il faut revenir à mars 2024, lorsque le président Bassirou Diomaye Faye, fraîchement élu, ordonne un audit des finances publiques couvrant la période 2019-2024. Quelques mois plus tard, en septembre, les conclusions rendues publiques par le Premier ministre Ousmane Sonko évoquent des irrégularités dans la gestion des comptes publics sous l’ancien régime. Ces accusations, contestées par l’ex-président Macky Sall, conduisent le FMI à identifier un cas de « communication passée de données erronées ». La conséquence est immédiate : la suspension du programme de financement de 1,8 milliard de dollars conclu en 2023. Le Sénégal entre alors dans une période de plus d’un an sans appui du FMI, avec des répercussions sur le soutien des partenaires internationaux.

Aujourd’hui, le dialogue reprend progressivement, marqué notamment par des échanges entre les autorités sénégalaises et la direction du FMI, ainsi que par un remaniement gouvernemental début juin. La mission conduite du 15 au 19 juin constitue ainsi le premier contact direct avec la nouvelle équipe dirigée par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo. Par ailleurs, deux ans après l’alternance, la trajectoire économique du Sénégal reste ainsi étroitement liée à l’issue de cette affaire, qui continue de peser sur la crédibilité financière du pays et sur ses perspectives de financement international.

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