Publié le 4 Jul 2026 - 17:36
FORA'ESS DAKAR 2026 – ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE

Le Sénégal veut faire de son modèle une référence africaine

 

Plus qu'un simple rendez-vous continental, le Forum africain de l'économie sociale et solidaire (Fora'Ess), prévu à Dakar du 7 au 9 juillet courant, se veut une vitrine des réformes engagées par le Sénégal dans ce secteur. Coopératives productives solidaires, inclusion financière, économie des territoires et financement du développement seront au cœur des échanges. Les autorités sénégalaises ambitionnent désormais d'ériger leur modèle en référence pour le continent.

 

Le Sénégal ne compte pas seulement accueillir la deuxième édition du Forum africain de l'économie sociale et solidaire (Fora'Ess). Il entend profiter de cette tribune continentale pour promouvoir une vision de développement qu'il estime capable de répondre à plusieurs défis auxquels l'Afrique reste confrontée : chômage des jeunes, inclusion économique, pauvreté, financement du développement ou encore transformation des territoires. C'est le principal enseignement du déjeuner de presse organisé à Dakar par le ministère de la Microfinance et de l'Économie sociale et solidaire. Face aux journalistes, le ministre Dr Aliou Dione et le président du Fora'Ess, Malick Diop, ont déroulé les ambitions d'un forum qui réunira du 7 au 9 juillet une trentaine de pays et quelque 2 500 participants autour du thème : « L'économie sociale et solidaire : moteur de transition, d'inclusion et de convergence en Afrique ».

Au-delà des panels et rencontres institutionnelles, le rendez-vous sera surtout l'occasion, pour le Sénégal, de mettre en avant les réformes engagées depuis plusieurs années dans ce domaine. « Notre pays n'a pas seulement accepté d'accueillir le Fora'Ess. Il a choisi d'assumer pleinement son rôle de facilitateur, de rassembleur et de promoteur d'une vision africaine de l'économie fondée sur la solidarité, la coopération et l'inclusion », a soutenu le ministre dans son allocution d'ouverture. Au cœur de cette stratégie figure un modèle auquel le gouvernement accorde une place centrale : les coopératives productives solidaires. Pour Dr Aliou Dione, l'entrepreneuriat individuel demeure confronté à une forte fragilité. La réponse, selon lui, consiste à encourager l'auto-emploi collectif en regroupant les porteurs d'activités au sein de coopératives capables de mutualiser les ressources, les compétences et les financements.

Le ministre affirme que plus de 1 000 coopératives productives solidaires ont déjà été créées en l'espace de deux ans. Si l'accompagnement technique est déjà assuré, l'État poursuit désormais la recherche de financements afin d'accélérer leur développement. Cette orientation s'inscrit dans une approche plus globale visant à faire de l'économie sociale et solidaire un véritable secteur productif plutôt qu'un simple mécanisme d'assistance. Autre particularité mise en avant : le rapprochement entre la microfinance et l'économie sociale et solidaire. Pour le ministre, ces deux politiques publiques ne peuvent plus évoluer séparément.

La microfinance doit désormais soutenir directement les projets portés par les acteurs de l'économie sociale. Cette articulation repose notamment sur une stratégie de financement ciblée, un Pacte pour l'inclusion financière et une démarche de co-construction associant État, institutions de microfinance et partenaires techniques et financiers. L'objectif affiché est de favoriser des financements à fort impact économique, social et environnemental. Dans la même logique, le ministère développe les boutiques solidaires, destinées à faciliter la commercialisation des produits fabriqués par les organisations de l'économie sociale et solidaire, tout en encourageant la consommation locale à travers le concept de « Consommer ESS ».

Réduire l'informalité et conquérir de nouveaux marchés

Au-delà de la création d'activités, les autorités voient également dans les coopératives un moyen de structurer progressivement une partie de l'économie populaire. Selon Dr Aliou Dione, la formalisation des organisations facilite leur gouvernance, améliore leur gestion et leur ouvre l'accès à des opportunités jusque-là difficiles à saisir. Le ministère indique ainsi avoir créé une unité chargée d'accompagner les organisations dans leurs démarches administratives et juridiques. L'ambition est également de leur permettre d'accéder davantage aux marchés publics. Selon les estimations avancées par le ministre, près de 150 milliards de francs CFA de marchés pourraient représenter une source importante d'activités pour les acteurs de l'économie sociale et solidaire. Le gouvernement entend également renforcer la compétitivité de ces produits grâce au label Nefi, appelé à certifier leur conformité aux normes de qualité, d'hygiène et de métrologie afin de faciliter leur accès aux marchés nationaux et africains, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

Dakar veut peser dans les politiques africaines

Pour Malick Diop, président du Fora'Ess, l'ambition dépasse largement le cadre national. Créé à Dakar en 2023 dans le prolongement du Forum mondial de l'économie sociale et solidaire, le Fora'Ess vise à doter le continent d'un espace de réflexion propre sur ce modèle économique. « Nous faisons de l'économie sociale depuis longtemps dans nos pratiques. Il nous appartient désormais de construire nos propres politiques et notre propre narration », a-t-il expliqué, estimant que l'Afrique doit davantage produire ses références en la matière.

Le forum réunira des représentants gouvernementaux, des collectivités territoriales, des organisations internationales, des chercheurs, des universités ainsi que des partenaires techniques et financiers. Une quinzaine de ministres sont attendus, aux côtés notamment de représentants de l'Union africaine, de l'Organisation internationale du travail, de l'Union européenne, de fondations et d'organisations internationales.

Les travaux s'articuleront autour de 23 ateliers thématiques, de préforums consacrés aux jeunes et aux femmes ainsi que de plusieurs sessions plénières. L'une des principales retombées attendues est la création d'un Observatoire panafricain de l'économie sociale et solidaire, destiné à renforcer la production de connaissances et à accompagner les États africains dans l'élaboration de leurs politiques publiques.

À travers ce forum, le Sénégal espère aussi contribuer à combler l'un des principaux défis du secteur : son financement. Aliou Dione estime que les coopératives et les entreprises sociales demeurent encore insuffisamment prises en compte par les mécanismes internationaux de financement du développement. Les autorités comptent ainsi mettre à profit les échanges de Dakar pour renforcer les partenariats et promouvoir une meilleure orientation des ressources vers les projets de l'économie sociale et solidaire.

Au-delà des annonces, le Fora'Ess sera donc un test pour les ambitions sénégalaises. En faisant de l'économie sociale et solidaire un axe majeur de sa politique économique, le pays cherche désormais à convaincre qu'il existe, à partir des expériences africaines, une autre manière de penser le développement, fondée sur la coopération, l'inclusion et la valorisation des territoires.

FATOU BA

Section: 
DECENTRALISATION ET AMENAGEMENT DU TERRITOIRE : Vers un « consensus des territoires »
À LA TÊTE DE LA LONASE : Abdourahmane Baldé signe son retour à la direction générale
RESTRUCTURATION – FMI – AVD : Entre progrès et stagnation
DÉTENTION DE KHADIM BA ET DANE SARR : “Aar Sunu Kom-Kom” porte la fronde du secteur privé
À CAUSE DE LA MALNUTRITION : Le Sénégal perd 425 milliards F CFA par an
DÉCLARATION DE PATRIMOINE : Ultimatum de l'OFNAC
GESTION DE LA DETTE – RESTRUCTURATION : Cafouillage au sommet !
COOPÉRATION SÉNÉGAL-ALLEMAGNE Diomaye Faye et Friedrich Merz misent sur un partenariat économique renforcé
SÉNÉGAL-FMI : Le dossier de “misreporting” toujours non clos
MODERNISATION DU SYSTÈME SANITAIRE Bassirou Diomaye Faye mise sur Siemens Healthineers
MISE EN PLACE DES INTRANTS AGRICOLES : Des paysans grognent encore
THIES – AVEC PLUS DE 14,2 MILLIARDS DE FCFA INVESTIS : Le PACASEN a financé 464 projets entre 2019 et 2024
RÉFORME DES FINANCES PUBLIQUES - DETTE PUBLIQUE : Le Sénégal se dote d’une « tour de contrôle » pour sortir de l’impasse
DIALOGUE STRUCTURE : L’UE et la société civile sénégalaise adoptent une nouvelle feuille de route
POLÉMIQUE DETTES CACHÉES – SORTIE PRÉSIDENT COUR DES COMPTES : Y a-t-il eu tripatouillage des comptes publics ?
PRODUCTION DE LA PÊCHE ET DE L’AQUACULTURE Elle a atteint 188,2 millions de tonnes en 2024
DÉMARRAGE DE LA SAISON AGRICOLE Entre soulagement et inquiétudes des paysans
LOI DE FINANCES RECTIFICATIVE 2026 : L’exécutif ajuste ses priorités budgétaires
COMMUNICATION POLITIQUE : OUSMANE SONKO : Le glissement sémantique
GESTION DES FINANCES PUBLIQUES : Sonko et son raisonnement troublant