Le Sénégal veut faire de son modèle une référence africaine

Plus qu'un simple rendez-vous continental, le Forum africain de l'économie sociale et solidaire (Fora'Ess), prévu à Dakar du 7 au 9 juillet courant, se veut une vitrine des réformes engagées par le Sénégal dans ce secteur. Coopératives productives solidaires, inclusion financière, économie des territoires et financement du développement seront au cœur des échanges. Les autorités sénégalaises ambitionnent désormais d'ériger leur modèle en référence pour le continent.
Le Sénégal ne compte pas seulement accueillir la deuxième édition du Forum africain de l'économie sociale et solidaire (Fora'Ess). Il entend profiter de cette tribune continentale pour promouvoir une vision de développement qu'il estime capable de répondre à plusieurs défis auxquels l'Afrique reste confrontée : chômage des jeunes, inclusion économique, pauvreté, financement du développement ou encore transformation des territoires. C'est le principal enseignement du déjeuner de presse organisé à Dakar par le ministère de la Microfinance et de l'Économie sociale et solidaire. Face aux journalistes, le ministre Dr Aliou Dione et le président du Fora'Ess, Malick Diop, ont déroulé les ambitions d'un forum qui réunira du 7 au 9 juillet une trentaine de pays et quelque 2 500 participants autour du thème : « L'économie sociale et solidaire : moteur de transition, d'inclusion et de convergence en Afrique ».
Au-delà des panels et rencontres institutionnelles, le rendez-vous sera surtout l'occasion, pour le Sénégal, de mettre en avant les réformes engagées depuis plusieurs années dans ce domaine. « Notre pays n'a pas seulement accepté d'accueillir le Fora'Ess. Il a choisi d'assumer pleinement son rôle de facilitateur, de rassembleur et de promoteur d'une vision africaine de l'économie fondée sur la solidarité, la coopération et l'inclusion », a soutenu le ministre dans son allocution d'ouverture. Au cœur de cette stratégie figure un modèle auquel le gouvernement accorde une place centrale : les coopératives productives solidaires. Pour Dr Aliou Dione, l'entrepreneuriat individuel demeure confronté à une forte fragilité. La réponse, selon lui, consiste à encourager l'auto-emploi collectif en regroupant les porteurs d'activités au sein de coopératives capables de mutualiser les ressources, les compétences et les financements.
Le ministre affirme que plus de 1 000 coopératives productives solidaires ont déjà été créées en l'espace de deux ans. Si l'accompagnement technique est déjà assuré, l'État poursuit désormais la recherche de financements afin d'accélérer leur développement. Cette orientation s'inscrit dans une approche plus globale visant à faire de l'économie sociale et solidaire un véritable secteur productif plutôt qu'un simple mécanisme d'assistance. Autre particularité mise en avant : le rapprochement entre la microfinance et l'économie sociale et solidaire. Pour le ministre, ces deux politiques publiques ne peuvent plus évoluer séparément.
La microfinance doit désormais soutenir directement les projets portés par les acteurs de l'économie sociale. Cette articulation repose notamment sur une stratégie de financement ciblée, un Pacte pour l'inclusion financière et une démarche de co-construction associant État, institutions de microfinance et partenaires techniques et financiers. L'objectif affiché est de favoriser des financements à fort impact économique, social et environnemental. Dans la même logique, le ministère développe les boutiques solidaires, destinées à faciliter la commercialisation des produits fabriqués par les organisations de l'économie sociale et solidaire, tout en encourageant la consommation locale à travers le concept de « Consommer ESS ».
Réduire l'informalité et conquérir de nouveaux marchés
Au-delà de la création d'activités, les autorités voient également dans les coopératives un moyen de structurer progressivement une partie de l'économie populaire. Selon Dr Aliou Dione, la formalisation des organisations facilite leur gouvernance, améliore leur gestion et leur ouvre l'accès à des opportunités jusque-là difficiles à saisir. Le ministère indique ainsi avoir créé une unité chargée d'accompagner les organisations dans leurs démarches administratives et juridiques. L'ambition est également de leur permettre d'accéder davantage aux marchés publics. Selon les estimations avancées par le ministre, près de 150 milliards de francs CFA de marchés pourraient représenter une source importante d'activités pour les acteurs de l'économie sociale et solidaire. Le gouvernement entend également renforcer la compétitivité de ces produits grâce au label Nefi, appelé à certifier leur conformité aux normes de qualité, d'hygiène et de métrologie afin de faciliter leur accès aux marchés nationaux et africains, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Dakar veut peser dans les politiques africaines
Pour Malick Diop, président du Fora'Ess, l'ambition dépasse largement le cadre national. Créé à Dakar en 2023 dans le prolongement du Forum mondial de l'économie sociale et solidaire, le Fora'Ess vise à doter le continent d'un espace de réflexion propre sur ce modèle économique. « Nous faisons de l'économie sociale depuis longtemps dans nos pratiques. Il nous appartient désormais de construire nos propres politiques et notre propre narration », a-t-il expliqué, estimant que l'Afrique doit davantage produire ses références en la matière.
Le forum réunira des représentants gouvernementaux, des collectivités territoriales, des organisations internationales, des chercheurs, des universités ainsi que des partenaires techniques et financiers. Une quinzaine de ministres sont attendus, aux côtés notamment de représentants de l'Union africaine, de l'Organisation internationale du travail, de l'Union européenne, de fondations et d'organisations internationales.
Les travaux s'articuleront autour de 23 ateliers thématiques, de préforums consacrés aux jeunes et aux femmes ainsi que de plusieurs sessions plénières. L'une des principales retombées attendues est la création d'un Observatoire panafricain de l'économie sociale et solidaire, destiné à renforcer la production de connaissances et à accompagner les États africains dans l'élaboration de leurs politiques publiques.
À travers ce forum, le Sénégal espère aussi contribuer à combler l'un des principaux défis du secteur : son financement. Aliou Dione estime que les coopératives et les entreprises sociales demeurent encore insuffisamment prises en compte par les mécanismes internationaux de financement du développement. Les autorités comptent ainsi mettre à profit les échanges de Dakar pour renforcer les partenariats et promouvoir une meilleure orientation des ressources vers les projets de l'économie sociale et solidaire.
Au-delà des annonces, le Fora'Ess sera donc un test pour les ambitions sénégalaises. En faisant de l'économie sociale et solidaire un axe majeur de sa politique économique, le pays cherche désormais à convaincre qu'il existe, à partir des expériences africaines, une autre manière de penser le développement, fondée sur la coopération, l'inclusion et la valorisation des territoires.
FATOU BA






