Un président au-dessus de la mêlée

Un an après son accession au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye a imposé un style de gouvernance inédit au Sénégal. Loin des clivages partisans et des polémiques stériles, il a privilégié la rigueur institutionnelle, la réconciliation nationale et une diplomatie souveraine. Entre posture d'homme d'État et défis économiques, son premier mandat a redéfini les contours du pouvoir présidentiel.
Ce 3 avril 2025 marque la première année de Bassirou Diomaye Faye à la tête du Sénégal. Devenu le cinquième président de la République après une troisième alternance démocratique en un quart de siècle, il a su imposer son style, loin des tumultes politiques qui ont marqué ses prédécesseurs. Fidèle à ses engagements de campagne, il a privilégié une gouvernance marquée par la séparation nette entre l’État et son parti, Pastef, affichant une constance qui a forgé sa stature d’homme d’État.
Dès son investiture, le nouveau président, âgé de 44 ans, a énoncé les chantiers prioritaires de son quinquennat : la réconciliation nationale et la reconstruction des bases du vivre-ensemble ; la refondation des institutions ; l’allègement du coût de la vie ; les concertations nationales sectorielles pour l’évaluation et la relance des politiques publiques. Autant de défis colossaux qui ont guidé son action durant cette première année.
Un gouvernement stable, malgré un remaniement
Son premier gouvernement, composé de 25 ministres aux profils aussi bien internationaux que nationaux, a globalement maintenu le cap. Seul un remaniement a été opéré, conséquence des élections législatives du 17 novembre 2024, mais aucun ministre n’a démissionné ni été destitué pour faute grave.
Si des ajustements sont attendus, la solidité de l’équipe gouvernementale témoigne d’une certaine cohérence dans la gestion des affaires publiques. Il continue à maintenir ce cap, même si des sources bien informées annoncent que de nouveaux remaniements sont attendus dans les plus brefs délais. Ces ajustements, qui pourraient toucher certains ministères stratégiques et des postes clés au sein de l'Administration, viseraient à renforcer l’efficacité gouvernementale et à corriger certaines failles identifiées après un an de gestion.
Contrairement à ses prédécesseurs, l’ancien inspecteur des impôts et des domaines s’est détaché de l’appareil partisan depuis son accession au pouvoir. Là où les anciens chefs d’État mêlaient constamment fonctions étatiques et dynamiques partisanes, lui a choisi de se consacrer exclusivement à ses responsabilités présidentielles, évitant ainsi les polémiques stériles et les clivages inutiles.
Ce positionnement s’est traduit par des décisions fermes et parfois abruptes. La destitution de figures clés comme Pape Mada Ndour (chef de cabinet), Cheikh Oumar Diagne (ex-ministre conseiller, directeur des Moyens généraux de la présidence) ou encore Cheikh Dieng (ex-directeur général de l’Onas) illustre son souci de rigueur et son refus de l’amateurisme au sein de l’appareil d’État. Pour lui, la gouvernance repose sur la compétence et l’éthique, sans aucune place pour le copinage ou la complaisance.
Un symbole de la tradition républicaine
À travers cette ligne de conduite, le natif de Ndiaganiao incarne une gouvernance où les institutions priment sur les intérêts personnels et politiques. Son souci de la confidentialité et du respect des prérogatives de l’État contraste avec certaines pratiques du passé. Reste à voir comment cette posture se maintiendra face aux défis à venir, notamment sur le plan économique et social.
Affaire Samba Ndiaye, discours et relation avec Sonko
Face à cette rigueur, le président a aussi montré sa radicalité contre toute prise de position partisane dans l’affaire Samba Ndiaye. Lors de la survenue de cette polémique, il avait déclaré que "les choses ne doivent pas être vues sous cet angle". Selon lui, les appels à candidatures pour des postes se feront sans distinction partisane. Rappelant qu’il est le président de tous les Sénégalais, il a affirmé que les militants de son parti avaient le droit de ne pas être en accord avec certaines décisions.
"C’est de la démocratie. Il y a eu des divergences dans ce pays à cause de la politique. Il y a un changement de régime, on a eu un esprit de dépassement, en commençant par le président Ousmane Sonko, qui a décidé de pardonner à ceux qui lui ont fait du mal (…). Il y a des gens dans la coalition DiomayePrésident qui nous ont soutenus. Ils ont œuvré pour notre accession au pouvoir", a-t-il souligné.
Si certains y ont vu une prise de distance avec Sonko, d’autres ont estimé qu’il voulait marquer son empreinte sans froisser son tandem. Son discours reste mesuré et réfléchi. Bassirou Diomaye Faye adopte une posture pragmatique, intervenant principalement via son compte X pour commenter certains faits d’actualité.
Ses apparitions médiatiques sont rares et méticuleusement préparées pour éviter toute controverse, avec seulement deux grandes interviews aux médias locaux et quelques interventions sur des chaînes étrangères comme Al Jazeera, France 24 et France 2.
Quant à la dualité supposée entre lui et Sonko, elle est jugée factice par de nombreux militants. Bien que certains agitent la question des camps pro-Sonko et pro-Diomaye, le président reste imperturbable et fidèle à celui qui a contribué à son accession au pouvoir.
La politique diplomatique de Bassirou Diomaye Faye : entre continuité et rupture
L’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye a été un tournant dans la diplomatie sénégalaise. Dès son investiture, le cinquième président du Sénégal a affiché une posture de fermeté et de souveraineté, rompant avec certaines pratiques du passé tout en maintenant des alliances stratégiques essentielles. Son approche repose sur trois axes majeurs : la diplomatie de voisinage, la redéfinition des relations avec les puissances occidentales et l’élargissement des partenariats internationaux.
La diplomatie de voisinage a été l’une des priorités du président Faye. Conscient de l'importance de la stabilité régionale, il a multiplié les rencontres avec les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et des pays du G5 Sahel.
Toutefois, son approche a parfois divergé de celle de ses prédécesseurs, notamment sur la question des sanctions imposées au Mali, au Burkina Faso et au Niger, après les coups d’État successifs qui ont secoué ces pays.
Dès les premières semaines de son mandat, Bassirou Diomaye Faye a plaidé pour une posture plus conciliante à l’égard de ces États, estimant que l’isolement ne ferait qu’aggraver les tensions et compromettre la sécurité régionale. Il a ainsi pris ses distances avec la position rigide de la CEDEAO, tout en cherchant à jouer un rôle de médiateur entre l’organisation sous-régionale et l’Alliance des États du Sahel (AES).
Cette volonté de dialogue s’est traduite par plusieurs échanges avec les dirigeants de l’AES, dont le capitaine Ibrahim Traoré (Burkina Faso) et le président malien Assimi Goïta (Mali), dans l’optique de trouver une solution concertée aux défis sécuritaires et économiques communs.
Un discours de rupture avec l’influence française
L’une des évolutions les plus notables de la diplomatie sénégalaise sous Diomaye Faye est la redéfinition des relations avec la France. Si son prédécesseur, Macky Sall, entretenait des liens étroits avec Paris, Faye a adopté un ton plus souverainiste, en phase avec les aspirations d’une partie de la population sénégalaise désireuse de réduire la dépendance vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale.
Son discours sur la relation franco-sénégalaise a été sans complaisance. Il a insisté sur la nécessité pour le Sénégal de s’émanciper de toute forme de tutelle, notamment en ce qui concerne les accords économiques et militaires. Une démarche perçue comme une volonté de réajuster la balance des relations bilatérales.
Le Sénégal aborde une nouvelle année sous la direction de Bassirou Diomaye Faye qui doit consolider ses acquis et relever les défis économiques et sociaux qui persistent encore.
D’ici quelques mois, l’heure sera à l’évaluation plus approfondie des résultats concrets de ses engagements. Mais une chose est sûre : en un an, Bassirou Diomaye Faye a su marquer son empreinte et imposer une nouvelle manière de gouverner.
AMADOU CAMARA GUEYE