Une trentaine de journalistes à l’école de l’urgence environnementale

Pour renforcer la qualité de l’information sur les enjeux environnementaux, l’organisation Citoyens actifs pour la justice sociale (Cajust) réunit, depuis hier et durant 48 heures, une trentaine de journalistes de Saint-Louis et de Kayar autour d’un atelier consacré à la gouvernance climatique, à la transition énergétique et au traitement médiatique de ces questions.
Capitale historique du Sénégal et principal pôle de la pêche artisanale, Saint-Louis paie aujourd’hui un lourd tribut aux bouleversements climatiques. Face à cette réalité, Citoyens actifs pour la justice sociale (Cajust) a initié un atelier participatif de deux jours destiné à une trentaine de journalistes de Saint-Louis et de Kayar, afin de renforcer leurs capacités sur les mécanismes de traitement médiatique des questions climatiques et énergétiques, pour en faire des relais efficaces auprès des populations. « Nous sommes venus former les journalistes sur les mécanismes de traitement médiatique des questions liées au changement climatique, à la transition énergétique et aux énergies renouvelables », explique Boubacar Seydi, chargé de projet à Cajust.
Selon lui, cette initiative s’inscrit dans la continuité des actions menées par l’organisation pour accompagner les communautés et renforcer leur pouvoir d’influence dans la promotion de la justice sociale et de la bonne gouvernance des ressources naturelles. Pour Cajust, les médias occupent une place stratégique dans la lutte contre les dérèglements climatiques. « Le changement climatique est une crise que nous vivons au quotidien, mais elle reste insuffisamment vulgarisée. Les journalistes sont les premiers vecteurs de diffusion de l’information. Une transition juste passe nécessairement par une information inclusive et accessible aux citoyens », souligne M. Seydi.
Le choix de Saint-Louis n’est pas fortuit. Cette ville, tout comme Fatick et Thiès, figure parmi les zones d’intervention prioritaires de l’organisation. « Saint-Louis abrite le projet d’exploitation d’hydrocarbures GTA. Les changements climatiques sont souvent exacerbés par l’exploitation des hydrocarbures. Il est donc indispensable d’en parler afin de sensibiliser les autorités et les populations aux mesures à prendre », insiste le responsable de Cajust.
Pour une information inclusive et accessible aux citoyens
Présent à cette rencontre, Kader Diop, conseiller technique du directeur général de l’Agence nationale pour les énergies renouvelables (ANER) et formateur, estime que Saint-Louis constitue l’un des territoires les plus vulnérables du pays. « Le changement climatique affecte profondément les écosystèmes et les populations. Ici, le recul du trait de côte, la salinisation des sols, les déplacements de populations et la vulnérabilité des pêcheurs illustrent parfaitement cette réalité », constate-t-il. Selon lui, la transition énergétique engagée par l’État du Sénégal représente une réponse incontournable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et respecter les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris.
Mais cette ambition ne peut réussir sans une forte implication des médias. « Les journalistes ont un rôle déterminant dans la sensibilisation des citoyens, des entreprises et des autres acteurs socio-économiques. Ils doivent expliquer les gestes à adopter et les changements à opérer pour inverser cette tendance », affirme-t-il.
Pour les professionnels des médias, cette formation répond à un besoin réel. Correspondant du quotidien L’Observateur à Saint-Louis, Amadou Samoura rappelle que les conséquences du changement climatique sont désormais visibles dans le quotidien des habitants. « La montée des eaux provoque des conséquences sociales dramatiques. Les activités économiques ralentissent, les prises des pêcheurs diminuent et des familles sont contraintes de se déplacer », témoigne-t-il.
À ses yeux, les journalistes doivent disposer des connaissances techniques nécessaires pour mieux expliquer aux populations les causes, les conséquences et les solutions face à cette crise environnementale. « Cet atelier nous permettra de mieux traiter ces questions et de contribuer à une meilleure sensibilisation des citoyens », conclut-il.
IBRAHIMA BOCAR SÈNE — SAINT-LOUIS






