Publié le 24 Aug 2026 - 18:37
LETTRE OUVERTE À M. SERIGNE MBOUP, MAIRE DE KAOLACK*

Actes de compromission avec l’ambassadeur d’Israël

 

Monsieur le maire et cher compatriote,

J’ai lu dans la presse les éloges et les remerciements que vous a témoignés l’ambassadeur d’Israël au Sénégal après la visite qu’il avait effectuée dans votre ville. Je vous le dis tout net : ce n’est pas à votre honneur ! De même que la femme de César ne doit pas être soupçonnée de même le maire de la ville de El hadj Ibrahima Niasse, de Ibrahima Seydou Ndao et de Valdiodio Ndiaye ne doit pas se compromettre avec le représentant d’un pays dont la création est fondée sur une catastrophe, la Nakba, et qui survit par l’injustice et la violation des droits de l’homme.

 Vous êtes le maire d’une des plus grandes villes du Sénégal, vous êtes un élu du peuple et rien dans votre mandat ne vous oblige à « accueillir et à accompagner » M. Yuval Waks qui, vous l’avez constaté, se sert de vous pour se venger de l’affront subi à l’UCAD dont les étudiants l’avaient hué et chassé. Il visite des mosquées au Sénégal mais l’armée israélienne rase des lieux de culte chrétiens et musulmans à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban et c’est à la sortie d’une mosquée où il venait de faire la prière de l’aube que Cheikh Yacine, vieillard hémiplégique qui ne se déplace qu’en fauteuil roulant, a été écrasé par ses missiles en même temps que ses accompagnateurs. L’ambassadeur israélien offre des moutons et des vivres à des Sénégalais mais son pays refuse l’entrée de nourritures et de médicaments dans Gaza où les populations meurent dans l’indifférence générale.

Monsieur le maire, vous ne pouvez pas faire moins que les 102 diplomates français et britanniques qui viennent, dans une tribune publiée le 22 aout, de s’élever contre les actes criminels de l’état d’Israël et exigent que leurs pays prennent des sanctions concrètes pour les condamner.

Vous n’avez aucun intérêt à figurer dans la bande mal famée des amis du gouvernement israélien dont les membres les plus éminents sont MM. Viktor Orban, Jao Bolsonario, Javier Milei, Donald Trump… Aujourd’hui, monsieur le maire, les amis du gouvernement israélien se comptent sur les doigts d’une main, ils cultivent le racisme, la xénophobie, l’usage démesuré de la force, ils sont dans la continuité des tribuns qui prêchaient l’élimination du peuple juif.  

Notre pays a longtemps souffert de la domination coloniale et ses élus, son peuple ne peuvent pas se compromettre avec les dirigeants ou les représentants d’un état qui bafoue toutes les lois internationales, ne respecte aucun de ses engagements et dont le Premier Ministre est soupçonné de génocide et de crimes contre l’Humanité par la plus haute juridiction internationale. En moins de deux ans l’armée israélienne a écrasé sous ses bombes plus de 70000 Gazaouis, des civils pour la plupart, dont une majorité de femmes et d’enfants, et comme si cela ne suffisait pas, un ministre israélien estime qu’il faut poursuivre le massacre au rythme de 20 morts par jour, alors que le territoire vit sous un cessez le feu !

Monsieur le maire, Israël est le seul pays au monde qui, sans déclaration de guerre et sans que sa sécurité soit en danger, se permet de pilonner simultanément cinq de ses voisins. Il ne vous a pas échappé que la Cisjordanie, dont l’annexion est imminente, est livrée à la terreur de ses colons, sans soulever la colère de la communauté internationale, que des familles entières de Palestiniens sont encerclées par des colons depuis plusieurs jours, privées de nourriture, d’eau et d’électricité, avec la complicité de l’armée israélienne. Il n’est pas exclu que les « cadeaux » offerts par Yuval Waks proviennent des exploitations de ces colons illégaux et qu’ils soient donc entachés du sang palestinien.

Ce n’est là qu’une liste, non exhaustive, des exactions que commet l’état d’Israël depuis sa création et j’espère que cet échantillon vous suffira, à vous et à vos collègues, pour notre honneur, par respect pour nos convictions religieuses et en solidarité avec les Sénégalais originaires des zones de conflit, pour faire en sorte que nous cessions d’être le tapis sur lequel l’ambassadeur d’Israël essuie ses pieds…

Monsieur le maire, les gouvernants peuvent, pour des raisons diplomatiques, observer des réserves et se contenter de timides mises en garde, mais des élus comme vous sont tenus de parler au nom de leurs mandants et les Sénégalais ne veulent plus de la présence d’Israël dans leur pays. Le plus urgent pour vous et pour vos collègues ce n’est pas d’offrir des collations à l’ambassadeur d’Israël au Sénégal, c’est de jumeler vos villes et vos villages avec Naplouse, Nabatiyeh ou Qusra qui sont en danger de destruction !

Je vous prie d’agréer monsieur le maire mes salutations distinguées.

Yéro Metah, citoyen sénégalais.

*PS: cette lettre est subsidiairement destinée à tous ceux qui au Sénégal détiennent un mandat électif et sont soucieux de respecter la volonté de leurs électeurs.

Section: 
Le “Projet” à l’épreuve de la session extraordinaire du Parlement
NOUVEAU CODE DU TRAVAIL : Penser l’emploi au-delà du salariat
LES INONDATIONS À DAKAR : Le Plan Jaxaay, révélateur d’incohérences politiques
DE L’IDÉAL SOUVERAINISTE AU MIRAGE POPULISTE : Sonko et l’impossible héritage
Mimi Touré, la faiseuse de destins
LE MUSÉE AFRICAIN DU FUTUR : Un patrimoine vivant au service de la création et des publics
Le mépris du peuple est aussi est un symptôme de l’aliénation systémique
L’AJUSTEMENT PROGRESSIF : La seule vraie solution économique au contexte sénégalais
DE LA DÉMISSION DE LA PENSÉE : Quand l’intellectuel se fait courtisan
RÉGULER POUR TRANSFORMER : Les sept priorités d’une ARTP au service du Sénégal numérique
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, M. BASSIROU DIOMAYE FAYE, ET AU DG DE L'APIX, M. BAKARY SÉGA BATHILY 600 hectares de Toubab-Dialaw : vous n’avez pas le droit de sacrifier un peuple
Chroniques pour un Sénégal souverain et juste N° 01 · Août 2026 De la croissance aux citoyens : Pour une transformation territoriale de la performance économique du Sénégal
Le Parti socialiste n’est pas à vendre
AGETIP : Qu’en est-il en termes de procédure ?
DISCOURS DU PR PAPA FARY SEYE : QUAND LA PAROLE ÉDUCATIVE DEVIENT UNE PENSÉE DE LA RÉPUBLIQUE Un discours pour penser l’excellence, l’école et la République
Comment mettre le savoir au service du pouvoir au Sénégal ?
LES FONDS SPÉCIAUX AU SÉNÉGAL : Une catégorie fantôme dans la République ?
MOBILISER LA DIASPORA SCIENTIFIQUE : De l’opportunité à la stratégie pour le Sénégal et l’Afrique
RECOMPOSITION POLITIQUE POST-ALTERNANCE : Le débat initié par le ministre Abdou Fall sur les mutations en cours du système partisan sénégalais, mérite désormais d'être regardé comme un véritable exercicPréparer une succession ou réinventer une espérance ?
LE GRAND MAGAL DE TOUBA : Un puissant levier de souveraineté économique pour le Sénégal