L’École : mon choix, ma passion !

« Itinéraire et mémoires d’un pédagogue engagé
Cette œuvre est attachante et mérite d’être lue dans sa double dimension : Le récit autobiographique dont l’auteur est l’acteur principal, Et les mémoires dont il est le témoin direct ou indirect. »
Préface de Mamadou NDOYE
L’Ecole : mon choix, ma passion ! ouvrage d’environ 246 pages, enrichi par des photos, a été édité en 2026 par L’Harmattan-Sénégal.
L’auteur, Amadou Moustapha SENE ou « Pape Sène » pour le cercle des amis, a voulu partager le fruit d’une vie entièrement consacrée à l’enseignement, c’est -à-dire, à la formation et à l’éducation de la jeunesse de son pays, le Sénégal.
Qui se poserait la question des destinataires de cet écrit trouverait, dans le compte rendu de la présentation-dédicace du jeudi 21 mai 2026, une réponse claire : en effet, la Salle Amady Aly Dieng aura refusé du monde et même du beau monde, attiré à vue d’œil par la double composante de l’ouvrage. Celle-ci est parfaitement résumée par son illustre préfacier, l’ancien ministre Mamadou Ndoye, en ces termes :
Itinéraire et mémoires d’un pédagogue engagé.
Nous en retiendrons 3 mots-clés : itinéraire-mémoires-pédagogue engagé.
- Qui est Amadou Moustapha SENE, l’auteur ?
Dans ce livre qui est un long regard critique sur sa propre vie, Amadou Moustapha Sène apparaît, pour le lecteur, d’abord comme un homme profondément attaché à ses racines, plus précisément, aux deux souches, paternelle et maternelle de sa famille d’origine. En effet, dès les premières pages, c’est la figure du père, Adama SENE Sathioro (1913-1971), qui s’impose et avec force. L’auteur le présente comme celui par qui et pour qui il est devenu ce qu’il est : un enseignant. L’affection filiale, mêlée de reconnaissance et d’admiration ne tarit à aucun moment :
« À mon père, mon maître, ma référence absolue, pour le style de vie qu’il m’a transmis. »
Quant à la mère, sa présence, quoique moins affichée, n’en est pas moins profonde et permanente :
«À ma mère, pour son soutien et ses prières. »
Amadou Moustapha a vécu sa première enfance au cœur de la famille maternelle, et a été nourri par les leçons de vie de son arrière-grand-père maternel. Ce dernier, Chef de canton durant la période coloniale, est un modèle inspirant de résistance, rempli du sens de l’honneur et de l’amour des siens. Amadou Moustapha Sène sortira forci de ce « giron maternel », prêt à affronter tous les écueils de la vie. Il est certain que le modèle familial qu’il vivra lui-même avec celle qu’il appelle « Son infirmière Bien-aimée » est fortement inspirée de ces deux branches. Même si les aléas de la vie ont parfois malmené la quiétude familiale, Amadou Moustapha Sène a choisi d’être un époux, un père de famille et un grand-père irréprochable.
Il apparaît que ce sont autant les membres de ces deux familles-souches que leurs zones de résidence - Adéane, Ziguinchor, Diourbel, Mbacké, Kaolack, Fatick, puis, Dakar et ses Sicap - qui l’ont marqué. Chacun de ces « lieux de mémoire » contribuera à renforcer la formation et l’engagement social d’Amadou Moustapha Sène. D’autant plus que sa trajectoire de vie a croisé les grandes arcanes de la vie politique du Sénégal. Les noms des premiers dirigeants de notre pays, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, ceux de grands Chefs religieux mourides et tijānes, ont été pour l’auteur de riches sources d’inspiration. Il n’est pas étonnant que cette biographie fourmille de noms de personnalités de tous les domaines de la vie sénégalaise, qu’Amadou Moustapha a rencontrées, qui ont été bienveillantes pour lui. L’une des qualités indiscutables de notre auteur, c’est cette constance dans l’expression de sa gratitude à l’égard de tous ceux et celles qui lui ont, à telle étape ou telle autre de sa vie, tendu une main bienveillante.
Le filtre de notre lecture a retenu trois passages qui aident à mieux cerner Amadou Moustapaha Sène et son ouvrage :
« Il restera de toi ce que tu as semé » Simone Weil.
« Le « fagot de la mémoire » inclut aussi l’histoire de l’école sénégalaise »
« On peut toutefois en retenir une leçon : tout enfant est éducable, comme tout enseignant ou directeur est perfectible, pourvu qu’il trouve la motivation et les conditions adaptées à sa réussite. »
- Un pédagogue engagé, avez-vous dit ? Au service de qui et pour quelles causes ?
« Le « fagot de la mémoire » inclut aussi l’histoire de l’école sénégalaise »
Les leçons de la vie de l’INSTITUTEUR que fut Amadou Moustapha Sène mettent en valeur deux comportement majeurs : l’engagement et la ferveur.
Ce sont ces deux ingrédients qui ont réussi à consolider la vocation que le jeune lycées a embrassée en 1971. Ce sont eux qui lui ont donné envie de réussir, de relever les défis, de croire en lui-même pour pouvoir s’élever au plus haut grade dans le système éducatif : l’Inspectorat à l’Ecole élémentaire.
L’esprit d’ouverture et de tolérance, en cas de conflits, a été un atout pour le novice qu’il était en Casamance, son premier poste. Les étapes marquantesde ce début de carrière sont résumées dans les sous-titres suivants :
Nous sommes en février 1971. Les résultats du CEAP (Certificat Élémentaire d’Aptitude Pédagogique) viennent d’être publiés à l’échelle nationale. Atoumane Ndiaye, natif de Gossas, ancien élève de mon père, gestionnaire à l’inspection départementale de Sédhiou vint jusqu’à mon village m’annoncer mon admissibilité aux épreuves pratiques et orales du CEAP.
Dès l’entame de cet « itinéraire d’instituteur », l’ombre de la personnalité du père et les valeurs fondamentales que ce dernier a respectées tout au long de sa propre carrière d’enseignant et d’administrateur ont servi de flambeau à Amadou Moustapha : l’importance de cette relation filiale justifie la longue citation ci-dessous :
« De la craie au commandement,
En juillet 1961, mon père a été nommé commandant de cercle de Mbacké.
Dans l’exercice de ses fonctions de commandant de cercle, mon père cultivait une éthique qui confinait à la transcendance. Pour lui, la Résidence n’était pas un palais mais un sanctuaire de la République, un lieu où l’intérêt général devait régner sans partage. Cette conviction donna lieu à une scène qui reste gravée dans ma mémoire comme la leçon de dignité la plus absolue.
Un jour, des griots se présentèrent à la Résidence, prêts à entonner les chants de louanges dus à son rang et à sa lignée. Dans notre culture, le chant du griot est un miroir tendu à la noblesse, un hommage que peu d’hommes auraient décliné. Pourtant, mon père resta de marbre. Il leur interdit formellement de chanter en ces lieux. A ses yeux, la majesté de l’Etat ne pouvait s’accommoder de flatterie personnelle ; l’homme de fonction devait s’effacer derrière la mission. Le moment atteignit son paroxysme lorsque ma grand-mère intervint pour tenter de fléchir sa position. Dans le respect scrupuleux des traditions sénégalaises, la parole d’une mère est un ordre auquel on ne se dérobe pas. Pourtant ce jour-là, l’homme d’Etat l’emporta sur le fils. Malgré l’insistance de celle qui lui avait donné la vie, il resta inflexible.
« Ici, c’est la demeure de l’Etat pas celle la vanité ». Par ce geste, il nous apprenait que la véritable grandeur ne réside pas dans le bruit des éloges mais dans le respect des principes. Cette inflexibilité, loin d’être une dureté, était la marque d’une âme qui avait placé l’honneur du Sénégal au-dessus des privilèges du sang et de la coutume.
Une autre anecdote encore très significative.
Chaque matin, la vie à la Résidence s’ouvrait sur une cérémonie immuable : le salut à la garde républicaine. C’était un moment de solennité où le drapeau et l’uniforme rendaient hommage à travers la figure de mon père, à l’autorité de l’Etat sénégalais. Pour l’enfant que j’étais, ce spectacle avait quelque chose de fascinant, voire d’enivrant.
Un matin, alors que je contemplais cette parade avec une jubilation mal dissimulée, mon père me surprit. Je lisais dans ce cérémonial une forme de gloire familiale, une fierté qui flattait mon jeune égo. La réaction de mon père fut immédiate et cinglante. Ce jour-là, il décida de supprimer purement et simplement cette séquence du protocole matinal. Il me releva vivement les bretelles avec cette voix qui ne souffrait aucune réplique. Ses mots je les porte encore en moi.
« Ne t’intéresse pas aux honneurs qui ne t’appartiennent pas, ce que tu vois là, c’est l’Etat qu’on salue, pas un homme » et il continue « apprend à ne jubiler que pour tes propres mérites si minimes soient-ils, et ne te pare jamais des plumes de ton père ». Il voulait que je comprenne que le prestige d’un homme ne dispense pas de l’effort personnel. »
« Il restera de toi ce que tu as semé » Simone Weil.
Lors de la présentation-dédicace, les moments les plus émouvants pour l’auteur furent certainement ceux des témoignages d’anciens élèves, devenus aujourd’hui des sommités dans leurs professions respectives, comme :
- Dr. Seydou Bocoum
« Ce jour-là, le niveau de déception ressenti par Notre Maître, Monsieur Sène, m’a permis d’apprécier autrement ses sacrifices. Il nous faisait venir à l’école tous les jeudis et samedis et la moitié des vacances de Noël et Pâques, pour des exercices et des cours de renforcement, sans aucune contrepartie financière. Ses gestes n’avaient d’égal que son amour du métier, sa pleine mesure du sacerdoce que représentent sa profession et la grandeur de sa générosité.
- Aujourd’hui, je suis Docteur en économie, Vice-président et Directeur scientifique du Laboratoire de Recherche Économique et Monétaire de l’Université Cheikh Anta Diop. Ce parcours, je le dois à mon travail, bien sûr, mais avant tout à vous, à ce maître d’école qui a cru en moi alors que tant d’autres auraient abandonné. Je tiens à vous remercier du fond du cœur pour avoir changé le cours de ma vie. Votre impact va bien au-delà de l’enseignement : vous avez semé une graine qui a germé et donné des fruits. Vous avez prouvé qu’un enseignant peut façonner des destins et que le savoir est la clé de toutes les réussites. Que Dieu vous bénisse et vous accorde longue vie, en espérant avoir un jour l’occasion de vous exprimer de vive voix toute ma reconnaissance. Avec respect
et gratitude »
C’est le lieu d’évoquer un autre élément important dans cette vie de « pédagogue engagé » : ses rapports avec les élèves dans la classe : savoir déceler, derrière un comportement anormal, la présence d’un obstacle à l’apprentissage ; apporter un soutien psychologique ou matériel à un apprenant en détresse… Cela revient à éviter « que l’on assassine Mozart » !
Les cas rappelés ci-dessous montrent comment le « pédagogue engagé » a pu « sauver » des élèves en détresse.
- Un Incident Pédagogique, « Il ne sait pas lire ».
- Le Cas Seydou Bocoum, élève au CM2
- « Pas de rose sans épines ». Une expression que j’avais héritée de mon père et que j’avais inscrite sur le fronton de ma classe, en vue de convier les élèves au travail rigoureux, seul capable d’assurer des résultats probants.
- La note éliminatoire
Le CAS Ousmane, élève CM2
La note zéro en dictée était éliminatoire pour le concours d’entrée en Sixième et ce, quels que soient les bons résultats enregistrés dans les autres disciplines, notamment en opérations et en problème. Une sentence bien lourde, il faut le reconnaître.
Des mots croisés ou des bandes dessinées
Le cas de Jeanne x :
Sa mère m’avait déjà prévenu : « Je connais ma fille, et bien mieux que toi ». Et de poursuivre son propos : « Il y a des moments où il ne faut pas trop insister. Laisse-la faire, elle va revenir ».
Le dernier témoignage d’élève sauvé revient à :Hamedine Sy, Économiste, ancien Conseiller à la Primature du Sénégal :
« QU’ALLAH SWT vous rétribue grandement pour tous les sacrifices consentis pour la réussite de vos élèves, pour l’amour de votre métier et pour votre professionnalisme. Merci infiniment, Maître ».
Et le préfacier de L’Ecole : mon choix, ma passion ! d’en conclure : « « On peut toutefois en retenir une leçon : tout enfant est éducable, comme tout enseignant ou directeur est perfectible, pourvu qu’il trouve la motivation et les conditions adaptées à sa réussite. »
Au fil des ans, et en gravissant les échelons dans le métier, Amadou Moustapha Sène a affronté les difficultés que connaissent tous les enseignants : subir des inspections, avec l’inspecteur au regard sévère et dubitatif :
- Il fallait donc penser, et dès à présent, à la pratique et à l’oral. Une partie subjective qui était loin d’être une promenade de santé, surtout qu’il fallait franchir le barrage du redoutable et redouté inspecteur Fréderic Badiane, avec qui l’ajournement était la règle et l’admission l’exception. Les enseignants le surnommaient de ce fait, avec ironie, « Le Cerbère », illustrant ainsi son degré de sévérité. J’ai subi lesdites épreuves pratiques et l’oral du CAP un vendredi du début du mois de juin
- L’examen oral s’était passé dans de très bonnes conditions, selon le même tempo que la phase pratique. Je fis partie des trois admis définitifs de la liste des trente candidats de l’Inspecteur Frédéric Badiane. En conclusion, il confia ces mots à mon Directeur « J’étais à la recherche de l’oiseau rare. Je l’ai trouvé en votre candidat ».
Il a pu ensuite brandir, avec une joie mêlée de tristesse,
« Mon premier diplôme professionnel : Certificat Élémentaire d’Aptitude Pédagogique.
Je dédie mon premier diplôme à mon père. »
La réussite de cette trajectoire du « pédagogue engagé » n’a pu être aussi brillante et assurée que grâce à la prise de conscience d’Amadou Moustapha. Dès les premiers mois de sa carrière, il a éprouvé le besoin de progresser, de se former - ou plutôt, dans le contexte qui était le sien - de s’autoformer par des lectures. Son père aura grandement contribué à la mise sur pied de sa bibliothèque personnelle – compagnon éternel de l’enseignant dans son parcours de vie :
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- Je me suis aussitôt mis au travail. Il fallait meubler mon temps par la lecture. C’est ainsi que j’ai profité des vacances de Noël pour amener un carton de livres de littérature, j’ai acheté des revues comme : Historia et autres. Je me suis aussi procuré des ouvrages : Les misérables d’Hugo, L’Étranger d’Albert Camus, Le rouge et le noir de Stendal. Et j’en passe… Je venais de découvrir Jean-Claude Servan-Schreiber, avec son livre Le défi américain, l’un des best-sellers de l’année 1968 en France.
- Mon père ne cessait de dire qu’un enseignant doit, sans relâche, se cultiver. Il me transmit alors sa riche bibliothèque et me suggéra en même temps de m’abonner au quotidien national (Dakar matin de l’époque). Son journal favori était le quotidien français Le monde. Il souhaitait vivement nous voir suivre ses pas dans la quête du savoir et de l’information.
Notre conviction personnelle est l’amour de ce métier est la condition sine qua non de la réussite : que celui ou celle qui ne l’aime pas s’en éloigne à grands pas…Telle est la leçon que nous tirons des Mémoires de l’Inspecteur Sène. A chaque étape de sa vie, il a relevé un défi et accru son capital de valeurs :
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- Les valeurs sociales héritées de sa lignée : «Dans la généalogie de mon existence, mon grand-père Amadou Kane occupe la place centrale du patriarche. Ancien combattant de la grande guerre, il est revenu des fronts d’Europe, auréolé d’une gloire qui, loin de l’enorgueillir, avait trempé son caractère dans un acier indestructible. C’est avec cette force de caractère qu’il a pris sous son aile mon père Adama Sène et son frère utérin Moussa Sèye, orphelins de père pour leur inculquer une éducation où la rigueur militaire se mariait à la noblesse austère des traditions du Fouta. Mais pour comprendre la source de cette discipline, il faut lire cette lettre, trésor immatériel de notre famille, qu’il adressa à sa sœur, Socé Aissata Kane un matin de fête. Alors que Fatick s’apprêtait à fêter la Tabaski dans la ferveur et la communion, Amadou Kane écrivait depuis l’abîme « nous sommes à Verdun et nous tenons bon ».
- J’ai vécu dans le Baol avec un père exigeant mais juste
- Ma décision d'affectation en main, je suis allé m’en ouvrir à des camarades de classe qui m’ont tous encouragé : « Vas-y » me dirent-ils unanimement ; « après tu feras de la politique à l’image de Ahmet Saloum Boye (député de Kaolack) et Alioune Sène (député de Sokone ». En fait, bon nombre d’enseignants de cette époque avaient opté pour cette trajectoire, véritable raccourci pour se faire une notoriété sociale. Une seule voix dissidente, avait pensé autrement. C’est celle de Lamine Diouf, qui m’invitait à poursuivre mes études et à aller au terme du second cycle que nous venions à peine de commencer.
- Ma réponse fut sans appel : « Mon père nous a nourris et entretenus grâce à l’exercice de ce métier. J’en ferai de même pour ma propre famille ».
- Mes moments de découragement : Papa, je veux retourner au lycée !
Ma première année à Koussi s’était révélée pleine d’enseignements. Une brousse ne saurait ressembler au domicile de papa. Aussi, ai-je vécu des moments de découragement, d’inquiétude et de solitude intense. J’éprouvais beaucoup de difficultés à m’adapter à mon nouvel environnement. La bonne alimentation me faisait terriblement défaut Les défis rencontrés dans ma carrière d’enseignant
Durant ma carrière, je dois avouer que ces défis ont été nombreux et divers. J’ai toujours essayé, par les techniques et méthodes acquises, au cours de ma carrière, d’y apporter des réponses et des solutions idoines. Cela n’a pas toujours été facile, ni aisé, mais j’avoue que cela a constitué un chalenge majeur pour tout enseignant. Je cite comme premier pour moi
Esprit réformateur, Amadou Moustapha Sène a su traverser, les yeux ouverts, les étapes successives de l’Histoire de l’Ecole sénégalaise.
Mon entrée à L’École normale supérieure pour
devenir Inspecteur
- Après huit années consécutives de classe de CM2, compte non tenu des tâches d’encadrement interne qui m’étaient confiées, j’aspirais à un changement de statut. Je décidais alors de préparer le Concours de recrutement des élèves inspecteurs adjoints (CREIA). Les paroles de Yadi et la discussion que nous avons eue ensemble résonnèrent dans mes oreilles comme une sorte de propos prémonitoires. Tout cela m’encouragea davantage dans ma volonté de faire le concours de l’inspectorat. Je me suis présenté au concours. Je réussis alors ce concours particulièrement sélectif du CREIA, au titre de la session de mai 1980, en vue de l’année académique 1980/1981.
De l’affirmation de ma personnalité professionnelle
- L’objectif premier qu’à l’époque je m’étais assigné en ma nouvelle qualité de membre des corps de contrôle du Sénégal, le plus préoccupant devrais-je plutôt dire, était de me doter d’une incontestable autorité pédagogique et stratégique afin de mieux asseoir mon nouveau
profil professionnel.
J’avais également procédé à une relecture et à un réajustement du programme pour mieux le mettre en adéquation avec les exigences de l’heure, du milieu et du niveau des élèves. J’avais instauré un rythme de travail assidu et ardu. J’étais en classe à sept heures du matin et ne la quittais jamais avant dix-neuf heures. Je m’étais astreint à consentir des efforts de la plus haute intensité. J’avais pu mettre en branle la pédagogie de la réussite pour sortir du fatalisme sociologique et psychologique largement partagé à l’époque. En effet, la réussite c’est l’accès à l’autonomie, à la capacité d’assumer son destin, à promouvoir librement ses idées, sa pensée tout en sachant cependant qu’on ne peut réussir sans la solidarité et la relation à autrui. La solidarité n’est pas une valeur, mais d’abord un fait. Les pédagogies collaboratives sont porteuses d’avenir. C’est sous ce rapport que j’ai développé le travail de groupe, la mutualisation des efforts, l’entraide entre pairs. J’avais également adopté, mis en œuvre et affiné le concept de partenariat qui, chez mes élèves, a éveillé puis renforcé le sens de la responsabilité, le degré de motivation autant que le niveau de compréhension.
- Quelles leçons les acteurs du système éducatif sénégalais que nous sommes, peuvent-ils tirer de ces « mémoires » ?
Au-delà des épisodes croustillants qui rendent la lecture de ce volume agréable et utile, Amadou Moustapha Sène propose ses « Mémoires ». Ce mot, au masculin pluriel, désigne - «la relation écrite que quelqu’un fait des événements qui se sont passés durant sa vie, et dans lesquels il a joué un rôle ou dont il a été témoin » Ou encore :
- « un écrit où sont exposés les faits et les idées qu’on veut porter à la connaissance de quelqu’un. »
Cette nouvelle dimension nous fait passer de la sphère privée à la sphère publique : l’intention de l’auteur est bien claire, et ce, dès le titre qu’il a choisi : L’Ecole : mon choix, ma passion !
Plus tard, il saura tirer un grand profit des voyages, particulièrement de ceux qui lui feront découvrir des régions évoquées par les grands auteurs, : la France, la Suisse, l’Allemagne, enfin les USA :
Ben m’a fait goûter certaines merveilles de la vie. Je citerai : les balades à cheval, le kayak sur une lagune, les pérégrinations à l’étranger, en France sur la Côte d’Azur, en Hollande, à Amsterdam, en Italie, à Florence et Venise. Ben ne cessait de m’encourager à voyager pour compléter mon expérience personnelle. Il alla même jusqu’à m’imposer des économies pour me payer des vacances.
- Mon tour à Saint-Paul-de-Vence chez Freinet (les Alpes maritimes)
- Une belle leçon de chant, la neuvième Symphonie de Beethoven
- Autre cadre formateur : les discussions entre collègues et amis, comme :
Mme Sophie Niang, normalienne, plus expérimentée que moi et qui avait déjà fait ses preuves ailleurs. Une autre grande dame, Aminata Drame, épouse d’Arona Sy, était mon vis-à-vis. C’est le lieu de dire que cette dame a beaucoup contribué à parfaire ma formation dans les Cours moyens. C’est avec une bonne dose de finesse et de délicatesse qu’elle m’apprit à monter un dispositif pédagogique. Son généreux encadrement se prolongea jusqu’au moment où je devais préparer l’examen pratique du certificat d’aptitude professionnelle (CAP), plus tard, en 1975. À l’école Baobab 2, c’était aussi la rencontre de femmes et d’hommes merveilleux et exceptionnels, qui ont littéralement façonné ma vie professionnelle et sociale.
« L’instituteur bouche-trou » n’a pas hésité à passer des examens professionnels conduisant à «l’inspectorat de l’Enseignement élémentaire » puis au statut d’écrivain.
Le rapport aux supérieurs hiérarchiques fut un autre écueil : des « Pères fouettards », Amadou Moustapha en a connu au primaire, mais aussi dans sa carrière d’enseignant devant être évalué : Inspecteur intransigeants, voire intolérants ; les collègues et les syndicalistes vindicatifs :
-
- La leçon modèle :
- Ma première expérience de maître au CM2
Heureusement, d’autres rencontres redonnaient le goût du combat :
- Me revient également à l’esprit, le nom d’un vieil instituteur qui avait fortement marqué son temps et sa génération. Mbaye Gaye, puisque tel était son nom, ancien directeur du CFPP de Kaolack, avait été nommé Directeur de l’École sénégalaise de Banjul. À ce vénérable enseignant, j’ai eu l’idée d’adresser une lettre que lui a transmise mon frère Ibrahima Sène, en fonction au Haut-commissariat du Sénégal à Banjul. Par cette correspondance, je lui demandais conseils et recommandations. Allant au-delà de mes espérances, cette éminente personnalité m’invita à passer quelques jours de vacances avec elle.
- Le modèle de l’Ecole Normale William Ponty : les meilleurs élèves deviennent les enseignants de demain ; CF. le succès d’amadou à ses examens professionnels successifs ;
- J’ai toujours voulu mener mon cursus professionnel et mon existence sociale selon le style de mon père. C’était mon maître ; un modèle pétri des enseignements d’Emile Auguste Chartier dit Alain, philosophe, professeur, essayiste, journaliste, surtout pédagogue. Pédagogue auteur de plusieurs ouvrages dont un, fondamental, les Propos sur l’éducation. Un recueil de pensées, d’idées, de démarches et comportements relatifs à l’éducation, tous fondés sur sa propre expérience de professeur. Adepte de la méthode sévère et du volontarisme (vouloir, c’est pouvoir), il préconisait une organisation pédagogique centrée sur l’apprenant. Vision selon laquelle l’enfant doit être le principal artisan de son apprentissage. Une conception vigoureuse qu’il schématisait en ces termes : « Quand je passe devant une classe, si les élèves parlent et le maître se tait, c’est que tout va bien. » Le rôle du maître devrait dès lors apparaître comme celui d’un expert en même temps que d’un guide chargé d’orienter ou de réorienter ses élèves. Cette vision d’Alain m’a servi de viatique tout au long de ma carrière d’instituteur et, plus tard, d’inspecteur. J’étais et demeure encore convaincu que l’apprenant doit toujours être au cœur de l’activité pédagogique ; qu’il doit être artisan de son propre apprentissage sous la guidance éclairée de son maître.
En guise de conclusion : nos vœux pour une « exceptionnelle réception de L’ECOLE : MON CHOIX, MA PASSION ! »
Il nous est arrivé maintes fois de lire des tapuscrits avant leur édition, de préfacer des textes produits par des acteurs de diverses professions. Notre rencontre avec Amadou Moustapha, que nous avions par le passé croisé, sans entretenir de « relations professionnelles » aussi poussées que celles auxquelles a conduit le projet d’édition de L’Ecole : mon choix, ma passion ! a plutôt quelque chose d’assez exceptionnel... Ce qu’il en est ressorti est que, par la baguette magique de Brigitte Gnamy Ba, Proviseur du Lycée Galandou Diouf, l’Ephémère s’est mué en Eternité…Nous l’en remercions tous les deux.Désormais, l’amoureuse des Belles-lettres que nous sommes, l’enseignante pointilleuse pour la qualité de la langue et la rigueur dans l’entreprise d’édition a trouvé en l’Inspecteur Amadou Moustapha Sène une oreille très attentive, une main complice qui n’hésite pas à faire ce que recommandait ardemment Nicolas Boileau :
« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » !
Pr Andrée-Marie Diagne-Bonané
Dakar, août 2026






