Publié le 4 Sep 2026 - 18:07
RESTRUCTURATION DE LA DETTE

Pastef réclame la vérité et prévient sur la facture

 

Après l’accord technique conclu avec le FMI pour un nouveau programme économique et financier de 36 mois, Pastef demande des explications sur les conditions de la restructuration annoncée de la dette. Dans une déclaration rendue publique jeudi 3 septembre, le parti au pouvoir réclame la détermination des responsabilités sur la gestion passée des finances publiques et des garanties sur les conséquences de l’opération pour les ménages, les entreprises et l’investissement.

 

La dette change de terrain. Après les controverses sur les chiffres des finances publiques, le Sénégal se prépare désormais à discuter de son traitement. C’est dans ce contexte que Pastef a pris position, jeudi 3 septembre, à travers une déclaration consacrée à la restructuration et à la dette. À l’issue d’une mission, le FMI et le gouvernement ont annoncé un accord technique en vue d’un nouveau programme économique et financier de 36 mois, au titre de la Facilité élargie de crédit. Le montant annoncé est d’environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 243 milliards de francs CFA.

L’accord doit encore franchir les étapes d’approbation prévues. Dans le même temps, les autorités ont annoncé leur intention de solliciter un traitement de la dette afin d’en rétablir la viabilité. Pour Pastef, cette modification des conditions initiales de remboursement entre dans une logique de restructuration. Le parti veut désormais que le débat soit posé en termes simples : comment le Sénégal en est-il arrivé là ? Qui porte la responsabilité de cette situation ? Et qui paiera le prix de la solution retenue ?

Pour PASTEF, les dernières données disponibles donnent la mesure de l’enjeu. Le bulletin statistique publié en juillet 2026 évalue l’encours du secteur public à 25 583 milliards de francs CFA à fin 2024. La dette de l’administration centrale est estimée à 23 667 milliards, dont 16 894 milliards de dette extérieure. Les documents budgétaires cités par le parti font également apparaître, pour 2026, un besoin brut de financement de plus de 6 075 milliards de francs CFA.

Ces chiffres ramènent mécaniquement la question de la dette dite « cachée » au premier plan. Pastef rappelle que, lorsqu’il était aux responsabilités, il avait assumé la nécessité de faire la lumière sur les comptes publics et sur des engagements qui, selon lui, n’étaient pas correctement retracés. Le parti estime que les données publiques révisées et la nécessité de discuter aujourd’hui du traitement de la dette rendent cette question incontournable. Mais au-delà des montants, Pastef réclame que soient établies les conditions dans lesquelles les emprunts ont été contractés, les autorités impliquées, les procédures suivies et les raisons pour lesquelles certains engagements de l’État n’auraient pas été correctement portés à la connaissance du public.

Le parti souhaite que l’Assemblée nationale s’empare pleinement de la question. Il appelle les députés à utiliser leurs prérogatives de contrôle et d’information : interpellations du gouvernement, auditions, travaux des commissions compétentes et missions d’information. D’autres mécanismes parlementaires pourraient également être mobilisés lorsque les conditions juridiques sont réunies. Pour Pastef, cette exigence de transparence ne relève pas seulement d’une bataille politique. Les responsabilités doivent être établies, individuellement et institutionnellement, et les éventuelles fautes de gestion, irrégularités ou infractions doivent être examinées par les instances compétentes. Mais la déclaration ne regarde pas uniquement vers le passé. Pastef s’intéresse surtout aux modalités de l’opération qui se prépare.

Le parti reconnaît qu’une restructuration peut permettre au Sénégal de retrouver de l’oxygène en repoussant certaines échéances, en réduisant le coût de la dette ou, dans certains cas, en diminuant sa valeur économique. Il met toutefois en garde contre l’idée qu’un réaménagement suffirait, à lui seul, à régler le problème de l’endettement. D’où les questions adressées au gouvernement : quelles dettes seront concernées ? Quels créanciers seront sollicités ? Quel allègement réel est recherché ? Quelles contreparties seront exigées ? Et surtout, quel sera l’impact sur les banques, les entreprises, l’investissement public et les ménages ? Cette dernière interrogation constitue l’un des points les plus sensibles de la déclaration.

« Les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois »

Pastef pose clairement sa ligne : « Les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois. » Le parti redoute que les populations supportent, à travers les taxes, la baisse des subventions, la réduction des investissements ou la compression des dépenses sociales, le coût du traitement d’une dette dont une partie n’aurait pas été correctement retracée. Pour autant, Pastef ne conteste pas la nécessité du redressement des finances publiques. Il estime que l’effort doit d’abord commencer par l’État : réduction des dépenses improductives, rationalisation de son fonctionnement, amélioration de la qualité de la dépense publique, mobilisation plus équitable des recettes et sélection plus rigoureuse des investissements.

Dans sa déclaration, Pastef lie enfin la question de la dette à celle du modèle économique. Pour le parti, aucun réaménagement ne pourra durablement régler le problème si le Sénégal ne renforce pas sa capacité à produire et à exporter. Il préconise ainsi le développement de l’industrie et de l’agriculture, le soutien aux PME, la création d’emplois et une meilleure transformation de la croissance en recettes publiques.

Pastef estime que la meilleure stratégie de désendettement à long terme consiste à faire croître durablement l’économie plus vite que la dette. Le parti rattache cette orientation au Plan de redressement économique et social piloté par Ousmane Sonko, qu’il affirme avoir commencé à porter ses fruits. Au terme de sa déclaration, Pastef résume sa position autour de trois exigences : la vérité sur la dette, la responsabilité de ceux qui auraient conduit le pays à cette situation et la protection des Sénégalais dans le cadre de la restructuration annoncée. Le débat entre ainsi dans une nouvelle phase. La question n’est plus seulement de savoir combien le Sénégal doit, mais comment cette dette sera traitée, quelles responsabilités seront établies et quelle part de la facture sera supportée par les citoyens.

Mamadou DIOP

Section: 
LE CNP AU PALAIS DE LA RÉPUBLIQUE : Le patronat met ses priorités sur la table
Le CIS salue l’aboutissement des négociations avec le FMI
DETTES CACHÉES : La face visible de l'iceberg
SÉNÉGAL – FMI : Un accord, mille questions
Entrepreneuriat féminin
NON-SATISFACTION DE LEURS REVENDICATIONS “LÉGITIMES” : Le Sames va paralyser le système les 8 et 9 septembre prochain
Le gel des importations d’oignons levé
LANCEMENT DE JIGIYASO : Une plateforme pour mieux accompagner les enfants à besoins spécifiques
MOODY’S CAA2 : Le coût économique de la dégradation
RAPPORT UMOA 2025 - AVEC UN RÉSULTAT NET DE 1 252,1 MILLIARDS : Le secteur bancaire est resté rentable
JOJ DAKAR 2026 : Les travaux du terrain du Terminus 54 à l’arrêt
MANSOUR SOW, DG DE CACO, INGÉNIEUR EN GÉNIE CIVIL “Depuis deux ans, nous n’exécutons aucun marché de la CDC, qui fournissait, avec l’AGEROUTE, 91 % de notre chiffre d’affaires”
COP17 EN MONGOLIE : Les engagements du ministre Dr Aliou G. Diouf
SÉNÉGAL 2050 - ÉTAT – SECTEUR PRIVÉ : Une alliance scellée autour de 1 195 Milliards FCFA d'investissements
ÉVOLUTION DES PRIX DU COMMERCE EXTÉRIEUR EN JUIN 2026 Entre augmentation des produits importés et stabilité de ceux exportés
SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE : Agriterra veut changer d’échelle avec les coopératives agricoles
DOCTRINE DE PILOTAGE DE “SENEGAL 2050” : Le Ministère de la Fonction Publique veut s’aligner
COOPÉRATION TRANSFRONTALIÈRE EN MATIÈRE D'EAU : Le plaidoyer du ministre Cheikh T. Dieye
Indicateurs économiques de L’ANSD
CARBURANTS : Le Sénégal relève les prix du super et du gasoil