Diomaye Faye assume son soutien à Macky Sall et précise ses lignes de fracture avec Sonko

Réforme du système multilatéral, candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU, situation financière du Sénégal, rapports avec l’Assemblée nationale, rupture avec Ousmane Sonko, calendrier électoral et tensions sécuritaires dans la sous-région : tels sont les dossiers évoqués hier par Bassirou Diomaye Faye face aux journalistes de RFI et France 24, en marge de la session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.
Interrogé d’abord sur son choix de soutenir la candidature de Macky Sall alors que celle-ci est présentée par les journalistes comme disposant de faibles chances, Bassirou Diomaye Faye récuse cette lecture. Le président sénégalais affirme que la candidature de son prédécesseur conserve « toutes ses chances » de succès. Son argument repose principalement sur le rôle déterminant des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Selon lui, les candidatures ne peuvent être considérées comme acquises ou définitivement écartées tant que le vote des membres permanents n’est pas connu.
Au-delà du calcul diplomatique, Diomaye Faye développe une justification fondée sur le profil du candidat. Il présente Macky Sall comme un responsable africain susceptible de porter deux combats : une meilleure représentation du continent au sein de l’ONU et une réforme de l’architecture financière internationale. Il relie notamment cette seconde dimension à l’expérience du Sénégal face aux questions de dette. Le président sénégalais inscrit le soutien à Macky Sall dans une logique de représentation des intérêts africains. Il estime que la défense de la place de l’Afrique doit être portée par un Africain.
Sur l’avenir des Nations unies, le chef de l’État reconnaît les critiques adressées à l’organisation mais refuse d’en tirer la conclusion de son inutilité. Son raisonnement consiste plutôt à revenir à la vocation initiale de l’ONU : empêcher le retour d’un chaos comparable à celui qui a suivi les deux guerres mondiales. La faiblesse actuelle de l’organisation justifierait donc, selon lui, non pas son abandon, mais sa réforme.
ONU : le plaidoyer pour un multilatéralisme rénové
La question africaine occupe une place particulière dans cette réflexion. Diomaye Faye réaffirme la revendication d’un siège permanent pour l’Afrique au Conseil de sécurité et souligne le poids démographique futur du continent. Il estime qu’une Afrique appelée à compter 2,5 milliards d’habitants en 2050 ne peut rester exclue des principales instances de décision internationales.
Le discours présidentiel articule donc deux revendications. Il s’agit d’une part, de la réforme du fonctionnement du système multilatéral et d’autre part, de la correction de la sous-représentation africaine.
L’autre grande séquence de l’entretien concerne la situation financière du Sénégal. Interrogé sur les négociations avec le FMI et sur le risque que les mesures associées au programme financier pèsent sur les populations les plus vulnérables, Bassirou Diomaye Faye défend une ligne qu’il présente comme incompatible avec une politique d’austérité généralisée. Il cite notamment l’augmentation de l’enveloppe consacrée aux bourses de sécurité familiale : de 35 milliards à 70 milliards de francs CFA en 2026, avec une nouvelle augmentation annoncée à 140 milliards en 2027.
Il évoque également l’élargissement du registre national des bénéficiaires à plus d’un million. Le chef de l’État utilise également les recrutements dans l’enseignement et la santé ainsi que les investissements publics pour contester l’idée selon laquelle le Sénégal serait engagé dans une politique d’austérité uniforme.
La logique présidentielle est donc double : restaurer les équilibres financiers tout en affirmant vouloir protéger les catégories vulnérables. Le discours cherche ainsi à dissocier le recours au FMI d’une réduction mécanique de la protection sociale.
Assemblée nationale : le risque de confrontation institutionnelle reste posé
Interrogé sur le risque de voir la loi de finances contestée ou censurée par une Assemblée dominée par son ancien parti, PASTEF, Bassirou Diomaye Faye renvoie d’abord à son serment présidentiel. Il affirme que sa seule obligation est celle qu’il a contractée devant le peuple sénégalais et Dieu lors de son investiture.
Le président insiste ensuite sur l’autonomie institutionnelle : l’Exécutif y compris le gouvernement, l’Assemblée nationale et les autres institutions disposent chacun de leurs responsabilités. Il estime néanmoins que les représentants nationaux devraient accompagner les efforts engagés au nom de l’intérêt du peuple sénégalais.
Cette déclaration laisse apparaître une tension entre deux principes : la séparation des responsabilités institutionnelles et l’attente présidentielle d’un accompagnement parlementaire de la politique gouvernementale.
Interrogé sur le lien éventuel entre la rupture avec Ousmane Sonko et la volonté de poursuivre la coopération avec le FMI, Diomaye Faye écarte explicitement cette explication. Il évoque plutôt des « divergences persistantes » et rappelle que la nomination d’Ousmane Sonko comme Premier ministre relevait de ses prérogatives constitutionnelles. Lorsque la rupture de confiance s’est installée, il affirme avoir choisi un autre Premier ministre.
La réponse du président présente ainsi la rupture moins comme le résultat d’un désaccord unique sur la politique financière que comme l’aboutissement d’une dégradation plus générale de la relation politique.
Élections locales : Diomaye Faye récuse « l’obsession électorale »
Sur l’éventualité d’une dissolution de l’Assemblée nationale, le président adopte une position qui laisse l’option ouverte sans annoncer de décision. Il rappelle qu’à partir du 2 décembre, il dispose de cette prérogative constitutionnelle. Mais il précise qu’à la date de l’entretien, aucune décision n’est arrêtée concernant une dissolution ou une date d’élections. « Pourquoi exclure une prérogative dont le président est investi par la Constitution ? », s’interroge-t-il. Il renvoie cependant son éventuelle utilisation à une appréciation du contexte et de la nécessité. Le message présidentiel est donc celui d’une option constitutionnellement disponible mais politiquement non tranchée.
Interrogé sur la possibilité d’un report des élections locales annoncées pour le 17 janvier, le président Bassirou Diomaye Faye s’appuie sur les décisions de la Cour suprême mentionnées dans l’entretien. Il affirme que ces décisions ne l’obligent pas, à ce stade, à fixer une date précise.
Il refuse surtout de présenter l’échéance électorale comme la priorité immédiate de son action. Selon lui, l’urgence porte davantage sur les négociations financières, l’accord avec le FMI et la restauration de la confiance des partenaires et des investisseurs.
Cette position traduit une hiérarchisation assumée des priorités présidentielles : les questions financières et institutionnelles avant la compétition électorale. Une autre lecture reviendrait à affirmer que le calendrier électoral risque de devenir une variable d’ajustement au gré des intérêts politiques du moment.
JOJ Dakar 2026 : le pari de l’organisation et de l’image du Sénégal
Sur la migration irrégulière, Diomaye Faye rejette l’idée selon laquelle le Sénégal serait devenu un sous-traitant de politiques migratoires européennes. Il distingue l’accueil éventuel de migrants refoulés – que le Sénégal dit avoir refusé dans certains cas – de la prise en charge des migrants interceptés ou ramenés sur le territoire sénégalais après des traversées dangereuses.
Le raisonnement présidentiel repose sur deux impératifs. Le premier consiste à empêcher les départs dangereux et le deuxième vise à protéger les personnes concernées contre les passeurs et les trafiquants d’êtres humains.
À quelques semaines des Jeux olympiques de la jeunesse, le président affirme que les infrastructures nécessaires sont prêtes et que le travail se poursuit sur les questions de sécurité.
Au-delà de l’événement sportif, Diomaye Faye lui attribue une dimension d’image et de rayonnement international. Il veut montrer une jeunesse africaine qui ne se résume pas à la migration et capable d’accueillir le monde. Le rendez-vous sportif apparaît ainsi comme un instrument de projection internationale du Sénégal et comme une occasion de mettre en avant une autre représentation de sa jeunesse.
CEDEAO-AES : le choix du dialogue plutôt que de la confrontation
Sur la situation sécuritaire au Mali et dans les pays de l’Alliance des États du Sahel, le président reconnaît explicitement l’existence d’une menace pour le Sénégal. Son argument est simple : le terrorisme ne connaît pas les frontières et les conflits asymétriques rendent impossible toute garantie absolue de sécurité.
Le Sénégal affirme avoir renforcé la coopération sécuritaire, notamment à travers l’échange de renseignements et, à certaines périodes, des patrouilles communes. Cette vigilance est présentée comme particulièrement importante dans le contexte des Jeux olympiques de la jeunesse.
Abordant la question de la crise de la CEDEAO avec le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Bassirou Diomaye Faye adopte une approche fondée sur la coexistence. Il reconnaît aux trois États le droit souverain de quitter l’organisation tout en défendant la nécessité de préserver la libre circulation des personnes et des biens ainsi que les échanges commerciaux.
Le président annonce également la poursuite du dialogue et mentionne la nomination d’un négociateur spécial, Lansana Kouyaté. Le Sénégal entend ainsi jouer un rôle de médiation sans rompre le contact avec les États de l’AES.
Diomaye cherche à tenir plusieurs fils
Au terme de cet entretien, plusieurs lignes directrices se dégagent du discours du président Bassirou Diomaye Faye.
Sur le plan international, le président défend un multilatéralisme réformé, une meilleure représentation de l’Afrique et le soutien à la candidature de Macky Sall. Sur le plan financier, il assume les discussions avec le FMI tout en mettant en avant les mécanismes de protection sociale. Sur le plan institutionnel, il rappelle les prérogatives constitutionnelles du président tout en laissant ouverte la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée nationale. Sur le plan politique, il présente sa rupture avec Ousmane Sonko comme la conséquence de divergences et d’une rupture de confiance plutôt que comme le seul produit du dossier FMI. Enfin, dans la sous-région, son discours privilégie le dialogue avec les pays de l’AES et la recherche d’une coexistence avec la CEDEAO.
L’entretien dessine ainsi une présidence qui entend combiner ouverture diplomatique, discipline financière, affirmation des prérogatives institutionnelles et maintien du dialogue régional. Mais plusieurs dossiers restent ouverts : l’issue de la candidature de Macky Sall à l’ONU, les rapports entre l’exécutif et la majorité parlementaire, le calendrier électoral et l’avenir des relations entre Dakar, la CEDEAO et les pays de l’AES.
Khaly SARR






