‘’Tirer des leçons de cette rencontre, elles vont servir pour l'avenir’’

Abdoulaye Bar Diouf estime que la déroute des Lions est due à la qualité de l’adversaire, qui a toutes les facultés de mettre en difficulté n’importe quelle équipe dans ce Mondial. Selon l’assistant de footballeur résident à Brescia en Italie, les hommes de Pape Thiaw ont eu le mérite de marquer deux buts contre les Drillos.
L'équipe a souffert en première période, notamment en début de partie et vers la pause. À votre avis, pourquoi le Sénégal peine-t-il à débuter ses matchs ?
Je ne dis pas que l'équipe a du mal à débuter ses matchs. Devant la France, elle a fait une première période équilibrée, un match qu'elle pouvait gagner. Lors de la finale de la CAN devant le Maroc, l'équipe avait fait une première période sans prendre de but et c'était un match équilibré. Devant la Norvège, c'était entre guillemets logique de voir l'aspect actuel de notre équipe et la montée en puissance de la Norvège. La Norvège, une équipe qui a gagné 8 matchs lors des qualifications pour le Mondial 2026, a obtenu 24 points sur 24 possibles, marqué 37 buts, ne prenant qu'un seul but. C’était deux matchs dans une poule difficile pour le Sénégal.
Mettre deux buts à la Norvège montre que ce n'est pas une mauvaise équipe. Le Sénégal est dans une poule difficile où il y a la Norvège et la France, la meilleure équipe sur le terrain et même sur le papier par sa constance depuis 2016. C’est une équipe qui, chaque fois qu'il y a un entraîneur capable de maîtriser ses hommes, reste toujours dangereuse et peut aller jusqu'au bout. Elle a gagné en 2018 la Coupe du Monde et est arrivée en finale en 2022. En 2016, chez eux, en Coupe d'Europe, ils sont arrivés en finale. Avec un Didier Deschamps toujours là, le Sénégal est resté une bonne équipe qui a résisté devant des équipes plus fortes. Ces derniers résultats ne sont pas bons, mais cela n’empêche pas le Sénégal de rester une bonne équipe avec tout ce que nous avons sur le banc, ainsi que ceux qui sont hors du groupe. Plus tard, certains vont partir et d'autres vont revenir.
Kalidou Koulibaly a été complètement dépassé en offrant le but à l'adversaire. Ceux qui avaient plaidé pour sa mise sur le banc n'ont-ils pas raison, finalement ?
Partout dans le monde, les gens parlent sous l'émotion après les matchs de football. Si Pape Thiaw mettait Kalidou Koulibaly sur le banc et que le Sénégal prenait des buts, les gens allaient dire qu'un défenseur comme Kalidou Koulibaly ne peut pas être laissé sur le banc. Et Kalidou, avec les années qu'il a passées en équipe nationale du Sénégal, a toujours fait un sans-faute. Un défenseur et un gardien de but, c’est comme un attaquant qui rate un penalty ou une occasion. Kalidou a fait une erreur, mais ce n'est pas la première fois qu'on voit un grand défenseur passer à côté de son match. En fin de carrière, Barési a connu ça. Même Cannavaro, avec l'Italie, qui a été Ballon d'Or en 2006, est passé à côté lors du Mondial 2010. Cela fait partie du football. Kalidou restera un grand défenseur. La belle chose, c'est de l'accompagner et de le remercier pour tout ce qu'il a fait pour notre équipe nationale. Il restera une icône des défenseurs en Afrique, des défenseurs centraux en Italie. Une erreur sur un match arrive à tous les footballeurs. Souvent, si l'équipe gagne, il y a peu de paroles, mais l'erreur d'un défenseur ou d'un gardien, même si l'équipe gagne, est toujours critiquée.
Malgré les errements de la défense, le coach n'a pas tout de suite apporté des changements dans ce secteur au retour des vestiaires. Pape n’a-t-il pas manqué le tournant du match à ce moment-là ?
Le fait d'avoir une attaque devant soi, comme celle de la Norvège, ne permet pas de faire des changements hâtifs dans un match. Il faut avoir la patience de jouer, même si la situation est difficile. C'est au cours du match que le coach doit étudier une équipe qui est déjà performante et qui a la possibilité d'imposer quelque chose chaque fois qu'elle descend sur le terrain. La Norvège est une grande équipe. Ce n'est pas une équipe contre laquelle un entraîneur doit vite effectuer des changements. Après, il a pu changer et cela n'a rien changé. Ils ont marqué pendant que la Norvège cherchait à tenir son résultat de deux buts d’écart. Les changements ne se font pas comme on veut. Pape a cherché à faire face à une grande équipe, avec les réalités des grandes équipes européennes. Les changements ne se font pas selon l'opinion publique. Il a cherché à jouer un match devant la Norvège. La Norvège nous a mis trois buts. Lui aussi, il a mis deux buts. Cherchons à tirer des leçons de cette rencontre, et elles vont nous servir pour l'avenir. Cela va également servir à Pape Thiaw pour l'avenir, car bientôt arrivent les éliminatoires de la CAN, qui restent un objectif pour nous. Bien que certains vont partir, nous devons rajouter d'autres joueurs. Ceux qui sont déjà là, qui connaissent les réalités de la compétition avec Pape, doivent encore nous donner un résultat satisfaisant en Afrique.
L'entraîneur est-il sous l'emprise de ses cadres ?
Ce n'est pas facile d'accompagner les cadres qui sont des joueurs de haut niveau, qui ont déjà prouvé dans une équipe et qui s'approchent de la retraite. Ce n'est pas facile de les avoir et de les utiliser tout en intégrant d'autres jeunes. Dans ces grands tournois, on ne peut pas prendre de risques. On ne peut pas essayer ce qu'on n'a jamais travaillé. Aujourd'hui, le fait d'utiliser les cadres est logique. C'est une leçon. Certains cadres ont déjà annoncé leur départ après la Coupe du Monde. La redistribution des cartes se fera entre les joueurs qui étaient sur le banc, ceux qui étaient en préparation, et ceux qui sont en Europe et qui prouvent leur valeur. Mais avec les cadres dans une équipe nationale, ce n'est pas facile ou c'est trop risqué de les mettre de côté pour essayer quelque chose qu'on n'a jamais utilisé. Durant les qualifications, lors de la dernière CAN, il est logique de leur donner la responsabilité. On a vu tout ce qui s'est passé. Aujourd'hui, nous sommes dans une équipe où les cadres vont chercher à céder progressivement la place à la nouvelle génération.
Au milieu de terrain, on a vu l'équipe du Sénégal perdre beaucoup de balles en première période. Est-ce que le trio Gana Gueye - Pape Gueye - Lamine Camara vous semble compatible ?
Quand on parle d'incompatibilité d’un trio au milieu de terrain, je ne le vois pas. C’est juste qu'ils ont eu en face deux attaquants qui étaient bien servis. Une équipe qui nous a pressés dans notre zone a déplacé le jeu vers nous. Il n’y a pas d'incompatibilité entre ces trois joueurs. C'était un match où il fallait se battre. C'est pourquoi il a mis ces trois milieux de terrain. Nous devons accepter que la Norvège est une grande équipe. Sauf accident de parcours, cette équipe norvégienne se fera voir dans ce tournoi. Elle mettra en difficulté toutes les équipes. C'est pourquoi certains pensent que notre milieu est incompatible.
Nous avions un adversaire qui avait toutes les qualités. Le Sénégal a fait face à une grande équipe. La défaite est là, mais le Sénégal a pu marquer deux buts, ce qui n’est pas arrivé à la Norvège depuis un certain temps en Europe. C’est une défaite qui donne la possibilité à notre équipe d'être encore prête et d'avoir toute la possibilité de trouver les combinaisons qui nous donneront des résultats satisfaisants.
Le jeu des Lions a manqué de rythme dans le camp de l'adversaire. Finalement, ne faudrait-il pas donner plus de chances aux jeunes, notamment ceux qui amènent de la percussion et de la profondeur ?
J'ai toujours dit que nous avions un adversaire en face de nous. Certains parlent de jeunesse. Les jeunes pouvaient avoir de l'espace, mais il y a aussi le manque d'expérience. Cette équipe norvégienne est déjà prête. Le fait de parler de jeunes qui donnent plus de percussion, pour moi, ces histoires de génération ne comptent pas. Nous avions en face de nous une équipe forte. L'Italie avait des jeunes et avait cherché à presser la Norvège. L’Italie avait marqué en premier lors de la manche retour à domicile, avec des jeunes de 21 ans. Mais à la fin, c'est la Norvège qui a écrasé l'Italie devant son public à San Siro. Ce n'est pas une affaire de jeunesse, mais de jouer intelligemment. Avec ses attaquants, Haaland, Sorloth, Odegaard et Nusa, ils ont la possibilité de marquer plus de trois buts.
Comment appréciez-vous les changements de Pape Thiaw en faisant entrer un arrière gauche et un ailier, puis en plaçant Sarr en pointe et Jackson derrière lui ?
Un changement pour défendre et en même temps fixer la défense norvégienne était risqué, mais cela a payé, car il a réussi à marquer deux buts. Il a réussi à faire douter la Norvège. C'était un bon changement qu'il a fait. Au début, on ne savait pas ce qu'il voulait faire, mais le fait de marquer deux buts à la Norvège montre que ces changements ont eu un impact positif. La Norvège avait la possibilité d'être forte en attaque, en défense et au milieu. Avec les deux attaquants Jackson et Ismaïla Sarr devant, c'était une manière de bloquer les deux centraux norvégiens. Le fait d'amener Ismaël Jakobs était la meilleure manière de défendre, car Malick (El Hadj Malick Diouf) est offensif, mais sur le plan défensif, Ismaël Jakobs est meilleur. Sa manière d'occuper le terrain est plus propre que celle de Malick Diouf.
Que dire du match d'Ismaïla Sarr ?
Ismaïla Sarr a bien joué, il a réalisé un doublé devant la Norvège, même s'il a parfois mal débuté ou raté une occasion. Le fait de marquer deux buts est un bon match dans l'ensemble pour lui, c'est une satisfaction après tout ce qui s'est passé contre la France. Il a pu marquer deux buts, et aujourd'hui, on peut dire que c'est le meilleur joueur sénégalais de la rencontre entre le Sénégal et la Norvège.
Le Sénégal n'a plus son destin en main. Il reste un dernier match contre l'Irak. Comment faudrait-il l'aborder ?
Avec deux défaites, c'est déjà compliqué. Devant l'Irak, le Sénégal doit marquer plus de trois buts et ne pas encaisser deux buts. Déjà, le Sénégal a pris six buts et a marqué trois buts, ce qui fait moins trois buts. Il doit essayer de battre l'Irak sans prendre de buts et attendre. Le Sénégal n'a plus son destin en main. Le Sénégal ne doit faire que jouer, gagner et écouter. L’essentiel est que le Sénégal réalise un bon résultat devant l'Irak pour calmer les esprits et se projeter vers l’avenir, si l'équipe n'accède pas au second tour.
LOUIS GEORGES DIATTA






