Publié le 18 Nov 2020 - 02:55
AMY SAKHO, COORDONNATRICE COMITE DE PLAIDOYER SUR L’AVORTEMENT MEDICALISE EN CAS DE VIOL OU D’INCESTE

‘’Le Protocole de Maputo est une solution légale pour les victimes’’

 

Seize ans après, le Sénégal tarde à harmoniser le Protocole de Maputo avec sa législation qui interdit l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste. Dans cet entretien accordé à ‘’EnQuête’’, ‘’Seneweb’’ et ‘’Thiey Dakar’’, la coordonnatrice du Comité de plaidoyer, Amy Sakho, a invité les récalcitrants à se mettre à la place des victimes.

 

Le plaidoyer sur l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste est toujours mené par une personne ressource. Parlez-nous un peu de la structure.

La task-force est composée de 22 organisations. C’est un comité pluridisciplinaire avec des médecins, sages-femmes, journalistes, avocats, des jeunes et beaucoup d’autres organisations de promotion des droits humains. C’est à la suite d’une étude du ministère de la Santé sur les mortalités maternelles, qu’on a mis en place ce comité qui porte le plaidoyer pour demander à l’Etat du Sénégal de respecter ses engagements pris, notamment l’article 14 du Protocole de Maputo qui autorise l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste.

Mais ce Protocole de Maputo ratifié en 2004, tarde à être harmonisé avec la loi nationale. Qu’est-ce qui justifie ce blocage ?

Oui, le Sénégal n’a pas pris une loi d’harmonisation. Après, c’est l’Etat qui est chargé de prendre cette décision, qui peut donner les raisons du blocage. A notre niveau, on peut dire que l’Etat est dans l’obligation de le faire. Car, comme le stipule la Constitution en son article 98 : ‘’Tous les protocoles et conventions ont une valeur supérieure sur la loi nationale.’’ Ce qui fait que l’Etat devait changer sa législation qui interdit l’avortement par l’article 14 du protocole qui l’autorise en cas de viol ou d’inceste.

On a essayé, depuis lors, de porter le plaidoyer, de dialoguer avec toutes les parties prenantes.

Y a-t-il un impact sur le plan politique ?

Il y a une influence, parce que le président de la République a eu à se prononcer sur la question. Il disait qu’il n’y voyait pas d’inconvénient. Mais il nous a proposé de continuer le plaidoyer avec toutes les parties prenantes. Au niveau de l’Assemblée nationale, tout le monde a vu l’engagement de certains députés dont Moustapha Diakhaté, qui fut président du groupe parlementaire Benno Bokk Yaakaar. Il avait fait preuve d’un engagement notoire à soutenir ce plaidoyer. Il y en a d’autres. Aussi bien avec la 12e qu’avec la 13e législature. L’avancée majeure, c’est la prise en compte de nos propositions par le Comité de révision des dispositions discriminatoires mis en place par le garde des Sceaux. C’est un impact réel que nous pouvons citer.

Avez-vous noté une autre perception chez les populations, si l’on sait que l’argumentaire religieux a toujours été au-devant ?  

Il y a eu un changement dans la perception. Le sondage IPDH, membre aussi du Comité de plaidoyer, dit que 42 % de la population est pour l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste. C’est quelque chose dont on peut se glorifier. Car ce qu’on est en train de dire est entendu par le public. On voudrait quand même qu’il y ait une appropriation, car on ne veut pas d’une loi impopulaire. C’est avant tout pour le bien des femmes et des filles victimes de viol ou d’inceste et souvent incarcérées pour avortement ou infanticide. Et qu’on ne pense plus qu’on porte ce plaidoyer pour pervertir les populations ou qu’on déroule un agenda caché.

Il faut donc continuer sur cette lancée pour atteindre l’objectif final.

A-t-on remarqué un changement par rapport au traitement de l’information par les médias ?

Depuis le début du plaidoyer, les médias ont toujours été à l’écoute. La presse nous a aidés à poser le débat. Maintenant, certains ne sont pas d’accord. D’autres vont jusqu’à biaiser l’information. Avec l’association des journalistes, c’est plus facile de donner la bonne information.

Si cette loi venait à être votée, peut-on s’attendre à des retombées positives ? Si oui, lesquelles ?

Il y aura des avancées surtout pour celles qui sont victimes de viol ou d’inceste. C’est cette cible qui nous intéresse, car elles n’ont aucune solution légale. La donne va changer et elles n’auraient plus besoin de recourir à ça. Dans beaucoup de pays comme l’Afrique du Sud qui l’a adopté en 1996, c’est ce schéma qui se produit.

L’infanticide est présenté comme l’un des principaux motifs d’incarcération des femmes. Pouvez-vous revenir sur la situation ?

La dernière étude a montré que l’infanticide constitue la deuxième cause d’incarcération des femmes. Dix-neuf pour cent dont 3 % pour l’avortement. Si cette loi venait à être harmonisée, certaines personnes auraient une solution légale qui leur permettrait de se soustraire du délit d’infanticide ou d’avortement.

A ce niveau du plaidoyer, c’est quoi le message phare ?

Le message phare est destiné aux victimes. Comme un collègue membre du comité aime le rappeler : on a deux clans – les soutiens des violeurs et des personnes qui font des incestes d’un côté ; de l’autre, ceux qui sont pour la protection des victimes. On a choisi d’être avec le second camp. Je demanderai à tout le monde de se mettre à la place d’une fille victime de viol ou d’inceste. Ils verront qu’on doit porter le plaidoyer pour éviter d’avoir des femmes en prison pour infanticide ou avortement.   

VIVIANE DIATTA

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