Publié le 5 Aug 2026 - 21:36
MOUSTAPHA NAHAM, ARTISTE

“Le Dialawaly Festival doit devenir le grand rendez-vous culturel du Waalo”

 

À travers la septième édition du Dialawaly Festival, son initiateur ambitionne de faire de Dagana une destination culturelle incontournable, tout en appelant les pouvoirs publics et le secteur privé à soutenir un événement qui contribue déjà au rayonnement économique, touristique et patrimonial de la ville.

 

Le Dialawaly Festival s'est imposé comme un rendez-vous culturel important à Dagana. Quelle est la vision qui a présidé à sa création et quelles sont aujourd'hui ses principales ambitions ?

L'ambition de ce festival est de promouvoir la destination Dagana et d'en faire un véritable hub culturel. Nous voulons que les Sénégalais, mais aussi les visiteurs venus d'ailleurs, pensent spontanément à Dagana lorsqu'ils entendent parler du Dialawaly Festival, comme c'est le cas pour le Festival international de jazz de Saint-Louis. Voilà l'objectif. Cette ambition est née de mon parcours d'artiste. En tant qu'artiste, j'ai eu l'occasion de participer à de nombreux spectacles et festivals. Au fil de ces expériences, j'ai rencontré des amis et des frères qui portaient des projets culturels ambitieux. Leur engagement m'a inspiré et m'a donné envie de créer quelque chose pour ma ville. Étant artiste, le meilleur moyen dont je disposais pour valoriser Dagana était de mettre en place un événement culturel. Je souhaitais également offrir aux jeunes artistes de la localité un cadre où ils pourraient se produire, ainsi qu'un moment de l'année où ils pourraient se retrouver pour célébrer et promouvoir leur culture.

Pourquoi avoir choisi de rendre hommage cette année à Ady Aïdara, considéré comme l'une des grandes mémoires du Waalo ?

Chaque édition du festival est organisée autour d'un thème. Cette année, nous avons choisi celui de la valorisation du patrimoine culturel, matériel et immatériel du Waalo. Nous avons ainsi retenu deux figures emblématiques de Dagana et du Waalo : Pape Seck Serigne Dagana, bien connu des mélomanes, et Ady Aïdara. Pape Seck a largement contribué au rayonnement de la musique sénégalaise, aussi bien au Sénégal qu'à l'international, à travers des formations telles que Star Band, Number One ou encore Africando. Il nous semblait important de rappeler aux jeunes générations qu'avant eux, un fils de Dagana avait marqué l'histoire de la musique sénégalaise.

Dans le même esprit, nous avons souhaité rendre hommage à Khady Aïdara, qui est toujours parmi nous. Il a participé aux travaux de restauration de La Joconde de Léonard de Vinci et a accompli un travail remarquable. À cela s'ajoute le musée qu'il a créé à Dagana, un lieu qui mérite d'être découvert. C'est une personnalité que le monde entier devrait connaître. Nous avons donc fait le choix de lui rendre hommage de son vivant, plutôt que d'attendre qu'il nous quitte.

Comment le festival contribue-t-il à la préservation et à la transmission du patrimoine historique, culturel et immatériel du Waalo auprès des jeunes générations ?

La préservation du patrimoine immatériel passe d'abord par la mise en valeur de personnalités qui incarnent la culture du Waalo, comme Pape Seck Serigne Dagana et Ady Aïdara. Mais le festival y contribue également à travers son carnaval. Cet événement rassemble toutes les communautés de Dagana, qui viennent chacune présenter et valoriser leur patrimoine culturel. Les Peuls, les Maures comme les Wolofs y participent pleinement. Ce carnaval traduit concrètement l'une des principales missions du festival : préserver et transmettre le patrimoine immatériel du Waalo.

Quels sont les temps forts de cette édition et quelles nouveautés le public peut-il découvrir ?

Les temps forts ne se limitent pas aux concerts. Lorsque l'on évoque un festival, on pense souvent uniquement aux spectacles musicaux. Pourtant, le carnaval de Dagana constitue l'un des moments les plus marquants de l'événement. Organisé dès le premier jour, juste après la cérémonie d'ouverture, il anime la ville pendant plusieurs heures. Ceux qui ne viennent pas au festival voient le festival venir à eux grâce au défilé dans les rues de Dagana. C'est incontestablement l'un des temps forts de cette édition.

Cette année, Amar Seck Dagana, fils de feu Pape Seck Serigne Dagana, viendra avec son orchestre rendre hommage à son père le samedi 8 août. Beaucoup voient en lui une véritable continuité artistique de son père. Le 9 août, le public retrouvera également Tex LBK, aujourd'hui figure reconnue de la scène musicale et l'un des précurseurs du festival. Il a souhaité revenir cette année afin de contribuer, à son tour, au rayonnement de cette initiative.

Le festival réunit-il des chercheurs, des artistes, des écrivains ou des gardiens de la tradition afin de créer un dialogue autour de l'identité du Waalo ?

Tout à fait. L'objectif est avant tout de valoriser l'identité du Waalo et de la faire connaître. Nous voulons susciter chez ceux qui ne connaissent pas cette région la même curiosité que celle qui pousse tant de personnes à découvrir la culture de la Casamance. Notre ambition est de donner envie de venir découvrir la richesse culturelle du Nord.

Au-delà de son aspect culturel, quel impact le Dialawaly Festival a-t-il sur le développement économique, touristique et social de Dagana et de ses environs ?

On ne retient souvent que l'aspect festif de l'événement. Pourtant, lorsqu'on est sur place pendant toute la durée du festival, on mesure son impact réel sur l'économie locale. Le festival contribue d'abord à promouvoir la destination Dagana. Ensuite, durant toute la semaine, les commerces, les marchés, les boutiques, les vendeurs ainsi que les transporteurs enregistrent une activité beaucoup plus importante. À la fin du festival, de nombreux habitants témoignent de ses retombées positives et souhaitent qu'il perdure. Cela montre bien qu'il contribue au développement économique de toute la localité.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans l'organisation d'un événement de cette envergure et comment parvenez-vous à les surmonter ?

Les difficultés existent, comme pour tous les festivals. Organiser sept éditions sans bénéficier d'une subvention de l'État, du ministère de la Culture ou de partenaires majeurs relève déjà d'une véritable prouesse. Aujourd'hui encore, nous lançons un appel aux autorités. Ce festival prend de l'ampleur. Il ne s'agit plus seulement du projet d'une personne, mais d'un patrimoine collectif. Nous appelons également les entreprises implantées dans la zone, comme Dolima, à nous accompagner. Avec leur soutien, le festival pourrait franchir un nouveau cap et répondre davantage aux attentes de la population de Dagana.

Quel rôle les collectivités territoriales, les partenaires institutionnels et le secteur privé jouent-ils dans la réussite du festival ?

Notre objectif est précisément de les avoir à nos côtés. Nous souhaitons bénéficier du soutien de la mairie de Dagana, notamment à travers une subvention. Nous aimerions également nouer des partenariats avec de grandes entreprises comme Dolima ou la Compagnie sucrière sénégalaise. Nous sommes encore dans une phase où nous leur tendons la main, convaincus que le projet grandit et mérite leur accompagnement.

Quelle place accordez-vous aux jeunes talents, aux femmes et aux initiatives locales dans la programmation du Dialawaly Festival ?

Le festival accorde une place importante aux artistes locaux. Il ne se contente pas de les programmer ; il les accompagne également dans le développement de leur carrière. L'exemple de Gilles Poulot est révélateur. Ce jeune artiste de Dagana est devenu, au fil des éditions, une véritable mascotte du festival, tant son parcours est lié à cette aventure. Nous travaillons également en partenariat avec le concours de hip-hop Waalo Up. Son lauréat est systématiquement programmé au festival. Les troupes théâtrales et les groupes culturels de la région bénéficient eux aussi de cet accompagnement, aussi bien pendant le festival que tout au long de l'année. Lorsqu'ils portent des projets nécessitant un appui, nous faisons le maximum pour les soutenir.

Quelle est votre vision de l'avenir du Dialawaly Festival et quel message souhaitez-vous adresser au public ainsi qu'aux acteurs culturels qui suivent cette initiative ?

Notre ambition est de faire du Dialawaly Festival un événement majeur, incontournable et à dimension internationale. Nous recevons déjà des sollicitations venant de l'étranger. Pour franchir une nouvelle étape, nous avons désormais besoin de partenaires solides qui nous permettront d'organiser un festival d'une tout autre envergure. J'en appelle donc à tous les partenaires potentiels afin qu'ils rejoignent cette aventure. Quant à la population, je voudrais simplement lui dire que ce festival lui appartient. Nous comptons sur sa mobilisation, comme elle l'a toujours fait depuis la création de cet événement.

Fatou Ba

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