Près d’un camion sur deux roule en surcharge

Malgré un maillage de contrôle unique dans la région, près d'un véhicule lourd sur deux circule en infraction. Le ministère des Infrastructures tire la sonnette d'alarme face aux dégradations routières.
Le constat est sans appel et les chiffres interpellent. Au Sénégal, le secteur du transport routier de marchandises fait face à un défi majeur de discipline qui pèse lourdement sur les infrastructures du pays. Les dernières statistiques du contrôle des véhicules lourds pour le mois d'avril 2026 révèlent que près d'un camion sur deux circulait en surcharge. Une situation estimée « préoccupante et insoutenable » pour les finances publiques par le secrétaire général du ministère des Infrastructures, Abdoulaye Guèye.
S'exprimant à l'ouverture d'un atelier national de partage sur la mise en œuvre du Règlement n° 14 de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le représentant du ministre a d'emblée posé le diagnostic : « Les rapports statistiques mensuels présentent un niveau de surcharge important », a-t-il déclaré. Entrant dans le détail des données du mois d'avril, Abdoulaye Guèye a révélé l'ampleur du phénomène : « Une situation préoccupante et insoutenable pour nos finances publiques. Sur 148 885 camions contrôlés, 47,71 % sont en surcharge malgré la tolérance actuelle de 20 % appliquée lors du pesage. »
Cette indiscipline routière est la cause directe de la détérioration précoce des routes. Les études de la Commission de l'UEMOA rappellent en effet que ces excès réduisent la durée de vie des chaussées et imposent des budgets d'entretien colossaux.
Le Sénégal applique pourtant le Règlement n° 14 depuis le 9 février 2012 et a déployé des moyens massifs. Avec 24 postes de pesage fixes fonctionnels et cinq brigades mobiles, le pays affiche le contrôle le plus dense de l'espace UEMOA. Mais si ces investissements ont limité l'agressivité des véhicules, le comportement global ne suit pas la trajectoire espérée. Le secrétaire général a ainsi rappelé le cap fixé à l'origine du projet, qui prévoyait de descendre sous les 10 % de surcharge en cinq ans : « Quatorze ans plus tard, il est aisé de constater que l'atteinte de cet objectif demeure encore incertaine », a-t-il relevé.
Adopté en 2005 à Bamako, le Règlement n° 14 fixe la charge maximale par essieu à 11,5 tonnes pour préserver les routes, sécuriser les usagers et garantir une concurrence loyale. Pourtant, la dernière réunion des experts de novembre 2024 a montré qu'aucun État membre ne l'applique encore de manière intégrale. Bien que le Sénégal soit en avance, il tolère toujours un dépassement de 20 % (contre 15 % prévus par les accords de Lomé) et son barème de sanctions doit encore s'aligner sur les textes communautaires. Le ministère assure néanmoins que les futures réformes sauront concilier fermeté et écoute des transporteurs face à leurs réalités économiques.
Face à ce constat alarmant, Afrique Pesage Sénégal, à l'initiative de cet atelier de sensibilisation pour accélérer la mise en œuvre du Règlement n° 14 de l'UEMOA visant à éradiquer la surcharge routière, a adopté le même discours que le représentant de la tutelle. Alors que la mesure peine à s'imposer depuis son adoption en 2005, les infrastructures nationales continuent de subir de plein fouet l'indiscipline des transporteurs. « Nous avons aujourd'hui enregistré 46 % de taux de surcharge », a révélé Serigne Faye, administrateur général d'Afrique Pesage Sénégal, Gambie et Guinée, rappelant que l'objectif initial était de descendre sous la barre des 10 %.
Ce phénomène représente un gouffre financier colossal pour l'État, mais met également en péril les usagers du réseau. « Il y va de la vie des êtres humains, donc il est important que cette surcharge-là soit évitée », a martelé le responsable. Refusant l'option d'une répression aveugle, la direction mise sur la concertation avec les acteurs du secteur pour co-construire une feuille de route consensuelle pour la période 2026-2027. Pour Serigne Faye, l'enjeu est avant tout pédagogique : « Si les acteurs comprennent l'enjeu, je pense qu'ils pourront rectifier et savoir que la cause principale de la dégradation de la route, c'est la surcharge. »
Mamadou Diop






