Publié le 2 Jul 2026 - 21:13
VIH/SIDA

Le Sénégal vote contre la Déclaration adoptée par l’Assemblée des Nations Unies

 

Le Sénégal s'est distingué lors de la réunion de haut niveau des Nations unies sur le VIH/sida (Juin 2026) en votant contre la Déclaration politique adoptée par une large majorité des États membres.

 

Selon le Sénégal, certaines formulations de la nouvelle Déclaration politique sur le VIH/sida sont « incompatibles avec ses valeurs sociétales et son cadre juridique », notamment celles relatives aux droits sexuels et reproductifs ainsi qu'aux populations dites « clés ».

Ce vote marque une rupture avec le consensus habituellement recherché sur les questions de santé publique mondiale. Même si la Déclaration n'a pas de force juridiquement contraignante, elle constitue un cadre de référence pour les politiques internationales de lutte contre le VIH et oriente les priorités des partenaires techniques et financiers.

Les conséquences pour le Sénégal devraient donc être avant tout diplomatiques et politiques. Le pays pourrait voir son image évoluer auprès de certains partenaires internationaux engagés dans une approche fondée sur les droits humains. En revanche, aucun impact automatique n'est attendu sur les financements de la lutte contre le VIH, ceux-ci étant généralement conditionnés à des critères programmatiques et non au vote sur une déclaration politique. Cette position pourrait toutefois alimenter les débats sur l'équilibre entre le respect des engagements internationaux et la préservation des choix souverains en matière de politiques sociales et de santé.

Cette précision faite, la Déclaration politique sur le VIH/sida dresse un constat contrasté. Si les vingt-cinq dernières années ont permis des avancées majeures dans la lutte contre l'épidémie, le monde n'est pas sur la trajectoire qui permettrait d'éliminer le sida comme menace de santé publique d'ici à 2030. 

Les États reconnaissent en effet que les objectifs fixés pour 2025 n'ont pas été atteints en raison du ralentissement des financements, des inégalités persistantes, des conflits, des crises mondiales, de la stigmatisation et des violations des droits humains. Le document dont nous avons obtenu copie souligne que le VIH demeure une urgence sanitaire mondiale.

En 2025, 1,2 million de nouvelles infections ont été enregistrées et 570 000 personnes sont décédées de causes liées au sida, tandis que 8,8 millions de personnes vivant avec le VIH n'ont toujours pas accès à un traitement. L'Afrique subsaharienne reste la région la plus touchée, concentrant 64 % des personnes vivant avec le VIH dans le monde, malgré une baisse de 59 % des nouvelles infections depuis 2010.

La Déclaration identifie les principaux obstacles à l'élimination du sida comme l'insuffisance des financements internationaux, le recul des programmes de prévention, les diagnostics tardifs, les co-infections - notamment avec la tuberculose - les inégalités entre les sexes, les discriminations, la criminalisation de certaines populations, le rétrécissement de l'espace civique ainsi que la vulnérabilité accrue des femmes, des jeunes, des enfants et des populations les plus exposées, particulièrement dans les contextes de crise humanitaire.

Droits humains et communautés au cœur de la lutte

Face à ces défis, les États réaffirment leur engagement à mettre fin au sida d'ici à 2030 en s'appuyant sur une approche fondée sur les droits humains, la couverture sanitaire universelle, les données scientifiques et la participation des communautés. Ils s'engagent notamment à réduire de 90 % le nombre annuel de nouvelles infections et de décès liés au sida par rapport aux niveaux de 2010, à mobiliser 21,9 milliards de dollars par an pour financer la riposte dans les pays à revenu faible et intermédiaire, à atteindre les objectifs dits « 95-95-95 » – selon lesquels 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 95 % d'entre elles bénéficient d'un traitement et 95 % des personnes traitées obtiennent une suppression de la charge virale – ainsi qu'à permettre à 20 millions de personnes de bénéficier de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) d'ici à 2030.

La Déclaration met également l'accent sur le renforcement des systèmes de santé, l'intégration des services liés au VIH dans les soins de santé primaires, le développement des capacités nationales de production de médicaments et de technologies de santé, ainsi que sur l'accélération de la recherche en vue de mettre au point un vaccin et un traitement curatif. Elle encourage aussi le recours responsable à l'intelligence artificielle et aux technologies numériques au service de la prévention, du dépistage et de la prise en charge.

Une place centrale est accordée aux droits humains. Les États s'engagent à lutter contre la stigmatisation, la discrimination, les violences fondées sur le genre et les cadres juridiques restrictifs qui limitent l'accès aux services de prévention et de soins. Ils visent à atteindre les objectifs « 10-10-10 », consistant à ramener à moins de 10 % la proportion de personnes confrontées à la stigmatisation, aux inégalités de genre ou à des législations discriminatoires.

Enfin, la Déclaration reconnaît le rôle essentiel des communautés et de la société civile dans la gouvernance de la riposte au VIH. Elle prévoit un renforcement de leur participation aux politiques publiques et un financement durable de leurs actions. Les États s'engagent à rendre compte chaque année des progrès réalisés auprès de l'ONUSIDA et conviennent d'organiser une nouvelle réunion de haut niveau des Nations Unies en 2031 afin d'évaluer la mise en œuvre des engagements pris et les progrès accomplis vers l'élimination du sida comme menace de santé publique.

PAR FELIX NZALE

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