Publié le 3 Mar 2020 - 01:32
CORONAVIRUS

Trois principaux défis à relever pour l’Afrique

 

Le Coronavirus a touché les cinq continents : Asie, Amérique, Europe, Amérique et Afrique. On est à la limite de la pandémie. Cependant, il faut noter que les pays frappés par le Coronavirus présentent des situations différentes. En dehors de la Chine, la Corée du Sud, l’Italie, l’Iran, les Etats Unis et la France sont les plus touchés. Selon le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, la France a franchi une nouvelle étape. Elle est au stade 2, seuil de l’installation du stade 3 en d’autres termes de l’épidémie. Du fait de la propagation rapide du Coronavirus, l’OMS annonce un risque très élevé de la maladie.

Concernant l’Afrique, les scientifiques ont divisé les pays en deux groupes selon des risques potentiels calculés sur la base de la densité des échanges commerciaux entre ces derniers pays avec la Chine. Le premier groupe est constitué de l’Algérie, l’Egypte, et de l’Afrique du Sud. Et le second, du Nigéria et de l’Ethiopie.

Selon l’OMS, la Région Afrique fait face en moyenne 100 évènements de santé publique (PHE) chaque année entre 2011-2014, 46 pays sur 47 ont notifié au moins 1 PHE, 17 pays sur 47 ont notifié au moins 10 PHEs. Concernant la maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest: près de 29,000 cas et de 12,000 victimes dont 1000 personnel de sante dont 513 décès.

Jadis, l’Afrique était la « vedette » championne, ayant contractée de plus de cas de VIH SIDA que le reste du monde (elle reste toujours cette vedette selon les statistiques).  Relativement à la maladie à virus Ebola, elle était également la championne qui a eu à enregistrer plus de victimes de la maladie.

Pour la première fois, s’agissant de maladie notamment du Coronavirus, l’Afrique n’est pas la « vedette » championne de la maladie. On a coutume d’avoir le statut de la « vedette », championne de la maladie en particulier de la maladie infectieuse. Cette fois, la Chine est la « vedette » championne (c’est un constat évident).  L’Italie, la France, la Corée du Sud, les Etats Unis d’Amérique et l’Iran sont devant l’Afrique. C’est inédit.

Ce qui est abracadabrant, c’est le fait que l’Afrique ne soit pas la « vedette », championne du Coronavirus et que cette situation constatable par tous, fait d’elle un sujet de préoccupation de Phillip Douste Blazy, ancien ministre de la Santé.

Invité du BFM TV ce 28 février 2020, il s’étonne que l’on n’est pas encore enregistré plus de cas en Afrique. Et pour cause, la présence massive de la Chine en Afrique à travers les échanges commerciaux et les investissements dans le secteur de l’économie et des infrastructures (stades, routes etc.)

Les propos de Phillip Douste Blazy ancien ministre de la Santé ont la marque d’insinuer qu’il y aurait des cas non identifiés en d’autres termes non détectés en Afrique du fait des capacités limitées de détection du Coronavirus des pays africains.  Ce qui laisse entendre qu’on est dans une phase de calme avant le tsunami. Prions ! Que Dieu nous en garde !

A l’instar des autres pays, le Sénégal se prépare avec deux objectifs majeurs : limiter l’introduction du Coronavirus et limiter la propagation du Coronavirus au sein de la population (au cas où malgré tout ce qui est entrepris, le Coronavirus entre au Sénégal). On a deux scénarii :

Scénario 1 : les pays ne sont pas touchés par le Coronavirus, les gouvernements de ces pays y compris le Sénégal prennent des mesures pour limiter son importation (introduction) telles que : la surveillance des points d’entrée conformément au RSI, l’achat d’équipement de protection, la formation et l’organisation hospitalière en perspective de prise en charge d’éventuels cas de Coronavirus.  Etc.

Scénario2 : les pays sont touchés par le Coronavirus malgré tous les efforts de surveillances accomplis, les gouvernements dans cette situation, prennent des mesures adaptées pour limiter la propagation du Coronavirus au sein de la population telles que le confinement, l’interdiction de gros rassemblements, l’annulation d’évènements à risque de propagation du virus et fermeture des écoles. Etc.

Dans les deux situations, les gouvernements sensibilisent dans une stratégie d’anticipation, les populations (tradipraticiens, imams et prêtes, grand public etc.) sur les modes de transmission du virus, les mesures de prévention, la conduite à tenir selon la situation (quand on est malade ou suspect) et impliquent les communautés de base pour stopper la chaine de transmission du virus.

En résumé, les pays africains (y compris le Sénégal) doivent relever trois principaux défis pour limiter l’introduction du Coronavirus et pour limiter la propagation du Coronavirus au sein de leur population : (i) financement de la lutte (accroissement des capacités de test, disponibilité de masques chirurgicaux, de ressources humaines et la prise en charge des malades. L’Europe, l’Amérique et l’Asie frappés par le Coronavirus, pensent d’abord à eux, avant de penser aux autres) ;(ii) coordination de la communication (harmonisation des messages, adéquation des messages à la situation sanitaire du pays, accessibilité démocratique à l’information et l’implication des communautés de base); (iii) prévention et gestion des rumeurs (prévention, tracking, identification des rumeurs et réponses appropriées).

A l’heure actuelle, le Sénégal développe une communication désaxée par rapport à la situation sanitaire du pays. On gagnerait à revoir nos objectifs de communication et en fixer d’autres et impliquer les médias privés dans la diffusion des messages de prévention qui seront élaborés.

Au finish, face à la complexité du Coronavirus, le Sénégal se doit se mobiliser avec une dose de civisme à élever de plusieurs degrés autour du Ministre de la Santé et de l’Action sociale pour limiter l’introduction du Coronavirus dont la présence pourrait compromettre notre avenir économique et sociale.

Par Baba Gallé DIALLO

Ancien rapporteur de la Commission Média et Communication pendant l’épidémie d’Ebola au Sénégal

Email : babadediana@gmail.com 

 

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