Le casse-tête des arbitrages

Pendant ce temps, les dépenses passent de 7 433,9 à 7 583,9 milliards de FCFA, soit une augmentation de 150 milliards de FCFA. « Le déficit budgétaire s’établirait ainsi à 1 735,2 milliards de FCFA, représentant 7,6 % du PIB, contre 5,4 % initialement. Le ministre a expliqué ce creusement du déficit par la volonté du gouvernement de contenir les effets du choc énergétique sur les ménages, de préserver les dépenses sociales et d’assurer les charges incompressibles, notamment salariales », lit-on dans le rapport de la Commission des finances et du contrôle budgétaire.
Malgré la situation économique difficile, le gouvernement a tenu à préserver certaines dépenses sociales essentielles. La subvention à l’énergie a ainsi été portée de 250 milliards dans la LFI à 790,3 milliards de FCFA dans le PLFR, soit 3,5 % du PIB et 10,4 % des dépenses totales. C’est l’un des postes budgétaires les plus importants.
Les secteurs à vocation sociale, comme la santé et l’éducation, ont également été bien pourvus dans la LFR. Il est en effet noté une hausse de 28,8 milliards de FCFA des crédits de la santé, qui atteindraient 246,1 milliards de FCFA. On note également un doublement des bourses de sécurité familiale, de 35 à 70 milliards de FCFA.
Pour l’enseignement, le rapport fait état d’une enveloppe de 1 437 milliards de FCFA ; pour la défense, de 678 milliards de FCFA, en progression de 65 milliards de FCFA…. « D’après le ministre, les dépenses sociales représenteraient au total 2 276 milliards de FCFA, soit 30 % des dépenses », mentionne le document.
L’équation des investissements
En dehors de l’encadrement des fonds spéciaux, c’est l’un des points de crispation les plus importants entre l’Exécutif et la majorité. Le rapport de la Commission des finances est largement revenu sur les différentes explications du ministre : « Le ministre a rappelé que dans la conception de la LFI 2026, il était retenu de programmer un certain nombre de projets qui seraient financés à partir des ressources devant provenir du PRES. Toutefois, le principe de base était que ces projets ne seraient lancés que si les ressources attendues du PRES étaient obtenues », rapporte le document.
L’objectif était, selon lui, d’éviter de lancer ces projets sans s’assurer de la performance des recettes budgétaires du PRES et d’exposer ainsi le budget à des accumulations d’arriérés sans couverture budgétaire. « C’est à la suite de l’évaluation du PRES, dont les résultats ont été jugés perfectibles pour les années à venir, que certains projets d’investissement ont été gelés, conformément aux prévisions initiales, dans l’attente de l’exploration d’autres modalités de mise en œuvre », soutient le rapport.
Il s’y ajoute, d’après le ministre des Finances, que le niveau de développement de certains projets liés au PRES, comme le Grand Transfert d’Eau, n’était pas achevé : « Leur dotation budgétaire équivaudrait à immobiliser des ressources au moment où le budget doit faire face à d’autres urgences prioritaires, notamment la protection du pouvoir d’achat des Sénégalais face à la hausse mondiale du prix de l’énergie. »
Le ministre a précisé que le gel de ces projets ne signifiait pas leur abandon définitif. Tous ces programmes feraient l’objet d’une reconduction dans la LFI 2027. Hors PRES, les ajustements à la baisse des dépenses d’investissement ont été opérés au cas par cas, a rappelé le ministre. Les services ont ciblé en premier lieu les projets n’ayant pas encore débuté leur exécution, avec des abattements de 50 à 80 % des crédits disponibles.
Quant aux projets financés sur ressources extérieures, le ministre a précisé que la baisse a été effectuée sur la base de critères, notamment la suspension par les partenaires des décaissements sur certains financements : « À titre illustratif, il a souligné que les réductions de crédits provenant de ressources extérieures, d’un montant de 143 milliards de FCFA, sont liées à la suspension des opérations financées par les banques d’import-export (Eximbank). Le ministre a relevé que, même en l’absence de suspension, ces projets n’auraient pas donné lieu à des décaissements pour les motifs précédemment évoqués.
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SERVICE DE LA DETTE Plus de 5 800 milliards La dette publique demeure le principal facteur de risque pour les finances publiques, selon le rapport de la Commission des finances sur le projet de loi de finances rectificative. Pour 2026, les besoins de trésorerie sont évalués à 6 774 milliards de FCFA, tandis que le service de la dette atteindrait 5 801 milliards, dépassant les 5 517 milliards de recettes du budget général. Les charges d’intérêts sont estimées à 1 285 milliards de FCFA, soit 26 % des recettes fiscales. En termes nets, l’encours de la dette devrait progresser de 2 258 milliards de FCFA, accentuant les tensions sur les finances publiques. Pour couvrir ses besoins, le gouvernement prévoit de mobiliser 5 626 milliards de FCFA à travers les emprunts-programmes et les ressources des marchés financiers et des partenaires, auxquels s’ajouteront 975 milliards d’emprunts-projets et 173 milliards d’emprunts rétrocédés. REJET PLFR Le syndrome des dépenses hors circuit budgétaire Le ministre des Finances et du Budget a estimé qu’une révision des prévisions s’imposait face à l’explosion des dépenses et à la baisse des recettes. C’était nécessaire pour rapprocher les autorisations budgétaires des capacités réelles de mobilisation des ressources et d’éviter la constitution de nouveaux arriérés. À l’appui de cette démarche, le ministre a rappelé les précédents budgétaires de 2024 et de 2025 : « En 2024, les résultats de l’audit de la gestion des finances publiques avaient mis en évidence l’existence d’une dette contractée hors circuit budgétaire, ayant servi notamment à financer certaines dépenses. Ces révélations avaient conduit le gouvernement à procéder aux ajustements budgétaires nécessaires pour tenir compte de la situation effectivement constatée », a prévenu Cheikh Diba. En 2025, poursuit-il dans le rapport, deux projets de lois de finances rectificatives avaient été soumis à l’Assemblée nationale et adoptés en raison de performances de recettes inférieures aux prévisions initiales. Selon le ministre, ces révisions successives relevaient d’une même exigence de transparence et de réalisme budgétaire, consistant à adapter les prévisions aux résultats effectivement observés. ACCUSATIONS DE DISCUSSIONS OCCULTES Les mises au point de Diba Diba a également tenu, dans le rapport, à rétablir la vérité sur un certain nombre d’accusations portant sur les échanges avec certains députés en amont des rencontres en commission. Dès avant le début des travaux, selon lui, des échanges informels avaient été engagés avec plusieurs parlementaires, conformément à une pratique habituelle, dans un climat qu’il a qualifié de convivial et constructif. Le ministre a ajouté qu’au cours de ces échanges, un ancien président de la Commission des finances s’était proposé de faciliter le dialogue afin de dépasser certaines difficultés : « Il a insisté sur le fait que les discussions avaient essentiellement porté sur des préoccupations précises, auxquelles le gouvernement était en mesure d’apporter des réponses documentées. Il s’est ainsi engagé à communiquer les informations demandées dans le format souhaité, tout en rejetant toute interprétation selon laquelle ces échanges auraient relevé d’une démarche occulte ou d’un traitement privilégié de certains députés », s’est défendu l’argentier de l’État. |
Mor AMAR






