Publié le 20 May 2026 - 17:25
SONKO À L’HÉMICYCLE VENDREDI

Le bras de fer avec Diomaye en toile de fond

 

Attendu vendredi à l’hémicycle pour sa cinquième séance de questions au gouvernement, Ousmane Sonko se présentera devant les députés dans un contexte où il apparaît de moins en moins comme le bras armé d’une politique présidentielle, et de plus en plus comme un encombrant rival institutionnel de Bassirou Diomaye Faye.

 

Les députés sont convoqués en plénière le vendredi 22 mai 2026 à 9 heures, pour une séance de questions d’actualité au gouvernement, selon la convocation officielle signée par le président de l’institution parlementaire, El Malick Ndiaye. Pour Ousmane Sonko, ce sera la cinquième séance du genre depuis son arrivée à la Primature en avril 2024. L’exercice, dans une démocratie normale, relèverait du contrôle parlementaire ordinaire. Au Sénégal, en mai 2026, il prend une autre dimension : celle d’un test de loyauté institutionnelle pour un Premier ministre qui, depuis des mois, donne le sentiment d’exercer un pouvoir parallèle à celui du chef de l’État.

Le malentendu sénégalais a un nom : le bicéphalisme revendiqué par Ousmane Sonko. Élu sur le slogan « Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko », le tandem promettait une fusion politique au service d’une rupture historique. Deux ans plus tard, la mécanique s’est inversée. Là où la Constitution confie au président de la République la définition de la politique de la nation et au Premier ministre sa mise en œuvre, c’est l’inverse qui semble parfois prévaloir.

Les apparitions publiques de Sonko, ses interventions dans des matières régaliennes — diplomatie, sécurité, justice — son ton, son omniprésence médiatique, son contrôle direct sur l’appareil Pastef : tout concourt à brouiller la lecture institutionnelle. Le Sénégalais qui, le matin, écoute le Premier ministre s’exprimer sur tel ou tel dossier stratégique, peut légitimement se demander à quoi sert encore le président. C’est précisément cette confusion que Bassirou Diomaye Faye a entrepris de dissiper.

Le 2 mai, le Président reprend la parole

La conférence de presse présidentielle du 2 mai 2026 a constitué, à cet égard, un tournant. Concernant ses relations avec le Premier ministre Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye a tenu à clarifier les choses. Il affirme que ce dernier reste en fonction parce qu’il bénéficie de sa confiance, tout en rappelant que cette confiance n’est pas irrévocable. Le président insiste sur la nature institutionnelle de leur relation : le chef du gouvernement est nommé et peut être remplacé à tout moment si les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Le message, sous le vernis protocolaire, est sans ambiguïté. Il signifie : c’est moi qui nomme, c’est moi qui révoque, c’est moi qui définis la ligne. Il signifie aussi, en creux, que le Premier ministre s’est récemment comporté comme s’il l’ignorait. Le limogeage du porte-parole de la présidence Ousseynou Ly, considéré comme proche d’Ousmane Sonko, et son remplacement par Abdoulaye Tine, coordinateur de la coalition Diomaye Président, ont été lus comme un signal précoce de la volonté du chef de l’État de préparer 2029. Le Palais ne se contente plus d’encaisser : il riposte.

La réplique de l’écurie Pastef a immédiatement confirmé la nature du conflit. La réunion de l’état-major du parti autour d’Ousmane Sonko à la Cité Keur Gorgui, à la veille de l’annonce officielle du premier congrès national de Pastef prévu le 6 juin 2026 à Dakar, ressemble moins à un séminaire de travail qu’à un conseil de guerre. Dans la foulée, la Haute Autorité de Régulation du Parti a lancé, le 14 mai, la procédure d’élection du président du parti, sans réserver d’exclusivité au président sortant. Officiellement, une ouverture démocratique. Politiquement, un signal envoyé au Palais : Sonko entend rester le patron de l’appareil, quoi qu’il advienne de sa Primature.

Le coût démocratique du parasitage

Le problème, dans ce face-à-face, n’est pas seulement institutionnel. Il est démocratique. Quand un Premier ministre concentre l’attention politique et instrumentalise la majorité parlementaire issue de son parti pour préparer ses propres échéances, c’est l’équilibre républicain qui se déforme.

Les conditions d’adoption de la dernière réforme du Code électoral en sont l’illustration la plus parlante. Lors de l’examen en seconde délibération de la proposition de loi n°11/2026 modifiant la loi n°2021-35 portant Code électoral, plusieurs voix se sont élevées pour contester la procédure suivie, accusant l’institution de violations du règlement intérieur et de modifications irrégulières du texte adopté en plénière. Sur une matière aussi sensible — celle qui fixe les règles du prochain scrutin — l’opacité dénoncée renvoie inévitablement à la stratégie politique du patron de Pastef, dont les ambitions présidentielles pour 2029 sont à peine voilées.

C’est ici que la responsabilité du Premier ministre se trouve engagée. Une majorité parlementaire qui modifie un Code électoral dans des conditions contestées ne le fait pas seule. Elle le fait sous l’impulsion d’un leadership politique. Et ce leadership, dans le Sénégal de 2026, ne se trouve pas au Palais : il se trouve à la Primature et à la tête de Pastef.

Quelques voix isolées dans une opposition encore convalescente

L’opposition parlementaire, dans son ensemble, demeure largement convalescente. Divisée, privée de ses figures historiques, incapable jusqu’ici de se doter d’un cadre unitaire de contestation, elle peine à offrir un contrepoids à la hauteur des enjeux. Mais quelques voix, encore isolées, ont commencé à porter une critique documentée. Le député non-inscrit Tafsir Thioye, par exemple, a fait de la rigueur procédurale sa marque de fabrique ; il a tenu une conférence de presse ce mardi 19 mai, dénonçant les conditions de promulgation de la loi électorale et affirmant avoir alerté le chef de l’État avant la signature du texte. Quelques autres élus, dans la majorité comme dans l’opposition, laissent percer çà et là des signaux d’inconfort.

Ces frémissements restent minoritaires. Ils n’en sont pas moins significatifs. Ils indiquent que la pédagogie de la rupture, celle qui consistait à délégitimer toute contestation au nom d’un mandat populaire massif, commence à perdre de son emprise. La majorité parlementaire conserve l’arithmétique, mais l’unanimité narrative se fissure. Et c’est dans cette zone de fragilité, plus que face à une opposition encore désarmée, que Sonko devra défendre vendredi le bilan d’un attelage exécutif dont la cohésion lui échappe.

Vendredi, une séance de vérité

Trois lignes de tension structureront le rendez-vous. D’abord, la question électorale : le Premier ministre devra s’expliquer sur les conditions d’adoption de la réforme du Code électoral, sur les arrière-pensées politiques qui l’ont accompagnée et sur le rôle exact joué par l’appareil Pastef dans le forcing parlementaire dénoncé par plusieurs élus.

Ensuite, la question économique et sociale. Le bilan macroéconomique du tandem reste pour l’essentiel à construire. Les promesses de rupture peinent à se traduire en résultats tangibles pour les ménages. Les arbitrages budgétaires — au premier rang desquels le maintien des fonds politiques, à rebours des engagements de campagne — donnent le sentiment d’une gouvernance prisonnière des contraintes qu’elle dénonçait hier. La question d’un audit approfondi de la dette, plusieurs fois soulevée à l’hémicycle, reste sans réponse précise.

Enfin, la question institutionnelle. Le Premier ministre doit-il définir la ligne ou la mettre en œuvre ? Doit-il commenter, en chef de parti, les décisions présidentielles ou les exécuter en chef de gouvernement ? Le Sénégal n’a pas les moyens politiques d’un bicéphalisme prolongé.  

L’urgence d’un retour à la normale

Le pays attend autre chose. Il attend que le Président préside, que le Premier ministre exécute, que l’Assemblée délibère et que l’opposition contrôle. Cette grammaire élémentaire de la République est aujourd’hui mise à mal par un Premier ministre qui, par son comportement politique, parasite, à bien des égards, l’autorité présidentielle.

Bassirou Diomaye Faye, depuis le 2 mai, a entamé le travail de réaffirmation. Encore faut-il qu’il aille jusqu’au bout. Et qu’Ousmane Sonko, vendredi à l’Assemblée, comprenne que les Sénégalais ne lui ont pas confié la République pour qu’il en confisque le sommet, mais pour qu’il en serve la fonction qui lui a été assignée.

AMADOU FALL

Section: 
CODE ÉLECTORAL Tafsir Thioye charge la majorité
18 MAIRESSES SUR 558 COMMUNES, 13% TÊTES LISTES LORS DES DERNIÈRES LÉGISLATIVES… Le Sénégal face au recul de la représentation féminine
LE DIALOGUE NATIONAL CHANGE DE VISAGE : Que cherche réellement Diomaye ?
Préparatifs du congrès Pastef
POLITIQUE, ÉLECTIONS MUNICIPALES : Pastef et Coalition Diomaye Président, la campagne avant l’heure
LINGUERE Tening Faye nommée première femme préfet du département de Linguère
MEETING “SARGAL” À MBOUR : Serigne Gueye Diop met en avant “l’ancrage populaire” de la coalition au pouvoir
Cadres Jambaars
PASTEF : La guerre des clans se poursuit
CONSEIL COMMUNAL DE LA JEUNESSE : L’APR se réjouit et annonce la reconquête
MATAM : Farba Ngom, en seigneur au Fouta
LINGUÈRE - MEETING DE LA COALITION DIOMAYE PRÉSIDENT Djiby Sara Ndiaye annonce sa candidature à la mairie
L’ACTE DE NAISSANCE DE « TAXAWU SENEGAAL » Khalifa Sall trace la voie d'un nouveau contrat social
CODE ÉLECTORAL – LE PARLEMENT CONFIRME LE TEXTE EN SECONDE LECTURE : La balle est dans le camp de Diomaye Faye
MEETING SARGAL DIOMAYE : Le Président mobilise et fait faux bond aux militants !
ELECTIONS LOCALES 2027 : Le FDR veut unifier l’opposition
FONDS POLITIQUES – ACCÈS À LINFORMATION : Le règne de l’opacité
ENTRE TENSIONS SOCIALES ET IMPÉRATIFS ÉCONOMIQUES : L’État ajuste ses priorités
CENTENAIRE DU PRESIDENT ABDOULAYE WADE : Une célébration en grande pompe les 4 et 5 juin
COALITION DIOMAYE PRÉSIDENT : La stratégie de déploiement