Après 25 ans, la CNDH renoue officiellement avec le Palais

Un geste institutionnel qui n'avait plus été posé depuis vingt-cinq ans. Le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a reçu, vendredi au Palais de la République, la présidente de la Commission nationale des droits de l'homme (CNDH), Pr Amsatou Sow Sidibé, venue lui remettre officiellement les rapports annuels 2023, 2024 et 2025 de l'institution. Pour la Commission, cette audience marque le retour d'un dialogue direct avec la plus haute autorité de l'État.
Au-delà du symbole, la rencontre a permis à la CNDH de présenter son appréciation de la situation des droits humains au Sénégal. Les rapports mettent en avant les progrès réalisés en matière de gouvernance, d'accès à la justice et de consolidation du cadre institutionnel. Ils soulignent toutefois la persistance de défis relatifs aux conditions de détention, à la protection des droits des enfants, des femmes et des personnes handicapées, ainsi qu'au renforcement des libertés publiques.
Profitant de cette audience, la présidente de la Commission a salué plusieurs réformes engagées ces derniers mois en faveur de l'institution. Elle a notamment cité l'adoption de la nouvelle loi portant création de la CNDH, sa désignation à l'issue d'un appel public à candidatures, le règlement des arriérés de cotisations internationales et les mesures destinées à permettre à la Commission de recouvrer le statut « A », conformément aux Principes de Paris qui encadrent les institutions nationales des droits de l'homme.
La rencontre a également été l'occasion de dresser le bilan des actions engagées depuis la mise en place de la nouvelle équipe dirigeante. La CNDH met notamment en avant le renforcement du traitement des plaintes, les missions de suivi des lieux de privation de liberté, les formations destinées aux forces de défense et de sécurité ainsi que le développement de partenariats avec plusieurs institutions nationales et internationales.
Si elle salue les réformes engagées, la Commission estime que plusieurs défis restent à relever pour exercer pleinement son mandat. Elle plaide notamment pour un renforcement de ses ressources budgétaires, l'ouverture d'antennes régionales afin de rapprocher ses services des populations, la mise à disposition d'un siège adapté et un accompagnement du processus de réaccréditation au statut « A », considéré comme le standard international des institutions nationales de défense des droits humains.
La CNDH a également sollicité le haut patronage du chef de l'État pour la deuxième édition du Prix national des droits de l'homme, prévue en décembre 2026 et consacrée aux droits des personnes handicapées. L'institution souhaite que cette distinction soit pérennisée afin d'encourager durablement les initiatives en faveur des droits humains au Sénégal.
Au-delà de la remise des rapports, cette audience traduit la volonté affichée de replacer la Commission nationale des droits de l'homme au cœur du dialogue institutionnel. Reste désormais à savoir dans quelle mesure les recommandations formulées dans ces rapports seront prises en compte dans les politiques publiques, alors que la protection des droits humains demeure l'un des principaux indicateurs de la qualité de la gouvernance démocratique.






