Publié le 1 Aug 2026 - 14:59
MAME CHEIKH ISSA DIENNE

Le serviteur de Khadim Rassoul

 

Cheikh Issa Dienne est l’une des figures majeures du mouridisme. Dans cette édition, EnQuête présente celui qu'on appelle « Borom Ndiéné AK Lagane ».

 

Cheikh Issa ibn Ibrahim ibn Mapathé ibn Muhammad Ali Dienne est présenté comme le serviteur vertueux, le conseiller sincère, le disciple lettré de Khadim Rassoul. Il est né en l'an 1282 H. (soit l'an 1865 du calendrier grégorien) à « Thiely Dienne », un village de « Taggar » situé dans la région de « Thies », terre de savants, de vertueux et de princes.

Il commença l'apprentissage du Noble Coran auprès de son père, qui était un grand enseignant et un savant renommé. C'était la tradition dans les foyers religieux : la première chose par laquelle l'enfant commence est la mémorisation du Livre de Dieu, ainsi que la maîtrise de sa calligraphie, de sa récitation et de ses règles (Tajwid).

Ensuite, il s'orienta vers la quête du savoir et la mémorisation de ses principes et de ses textes fondamentaux, traitant de la foi (caqîda), de la jurisprudence (Fiqh) et du soufisme (Tassawouf), car, « le savoir est la protection contre les ténèbres de l'ignorance et de l'égarement ». Comme le dit le Cheikh Ahmadou Bamba dans son ouvrage « Maghâliq Al-Nîrân… » (Les verrous de l'Enfer…)

Après un certain temps, son père le confia à l'un des maîtres ayant une maîtrise parfaite du saint Coran : le Cheikh Oumar Oumy à « Khandirane », un village rattaché à « Niakhène » dans le département de « Tivaouane ». C'est sous ses auspices que le Cheikh Issa Dienne paracheva la mémorisation du Coran avec une maîtrise parfaite de sa forme, de sa récitation, de sa calligraphie et de son exégèse.

Par la suite, il fréquenta une élite de savants de sa région pour s'abreuver à leur source. Le disciple n'atteint la Présence Divine que par l'acquisition de la science de l'unicité divine (Tawhid). Le Cheikh Ahmadou Bamba dit dans « Tazawudou Shubbân » (Le viatique des jeunes). « Parmi les savants de sa région vers lesquels il voyagea figure : le Cheikh Massamba Diop Sam, l'un des disciples du Cheikh Ahmadou Bamba et l'un de ses grands compagnons. Il se rendait auprès de lui dans son village de « Darou Sam » pour puiser dans son immense savoir. »

Il s'inspira de sa noble conduite jusqu'à devenir lui-même un océan de connaissances sans pareil. On rapporte, selon des sources fiables, qu'il avait reçu des ouvertures spirituelles dans l'exégèse du Noble Coran, plongeant dans ses profondeurs et ses subtilités. On raconte également qu'il enseignait le Coran à « Ndiareme » et enseignait certains manuels de droit, comme le précis du Cheikh Khalil, célèbre dans l'école malikite. Il est évident, pour tout observateur, que la profondeur de ses textes n'est accessible qu'aux sagaces dotés d'une intelligence vive et d'une intuition perçante.

En effet, Cheikh Issa Dienne s'est adonné à la science avec une ferveur inlassable, fréquentant les savants et se consacrant à la recherche, à la lecture et à l'étude. Il était passionné par l'acquisition de livres, y consacrant des sommes importantes et les faisant venir des pays arabes. À son rappel à Dieu, une grande quantité de livres qu'il avait commandés de l'étranger est arrivée.

L'histoire a consigné dans ses pages les plus glorieuses qu'il offrit un jour au Cheikh Ahmadou Bamba le dictionnaire « Lisan al-Arab » (La langue des Arabes) d'Ibn Manzour l'Africain (rappelé à Dieu en 711 H.), dans sa première édition publiée par l'imprimerie Al-Amiriya en l'an 1302 H. Il avait écrit sur la couverture de chaque volume : « Le Maître de son époque et Juge des hommes et des djinns ».

Lorsque les gens apprirent son immense intérêt pour la collecte de livres, ils venaient de partout pour les consulter ou lui en emprunter certains. Il les leur prêtait avec générosité et bienveillance, suivant l'adage d'Ibn al-Jawzi : « Il ne sied pas au possesseur d'un livre d'être avare en le prêtant à ceux qui en sont dignes. » Ibn Jama'a a également dit : « Il est recommandé de prêter des livres à celui qui n'en subira aucun dommage, et dont le prêt ne causera aucun tort au propriétaire. Certains ont détesté le prêt, mais le premier avis est préférable, car il s'agit d'une aide à la science. »

Parmi les ouvrages qui se trouvaient dans la bibliothèque du Cheikh Issa Dienne figure le livre « Da'irat al-Ma'arif » (L'Encyclopédie) de l'écrivain libanais Boutros al-Boustani (mort en 1883 G). C'est un dictionnaire général pour chaque art et domaine, comme l'a dit son auteur. Il se composait de onze volumes, et les gens venaient les lui emprunter.

Il existe une correspondance à ce sujet entre certains Cheikhs et savants qui en témoigne, notamment le Cheikh Muhammad Al-Bachir Mbacké, auteur de l'ouvrage « Minan al-Baqi al-Qadim » (Les bienfaits de l'Éternel). Celui-ci était passionné par la collecte de livres et leur étude. Il lui écrivit un jour pour lui emprunter ce livre. Voici son contenu : « De ma part au Cheikh honoré et bien-aimé, Issa bin Ibrahim, salut et paix bénis. Je vous informe que j'ai envoyé mon oncle maternel, Muhammad Diop, pour qu'il me rapporte, comme promis, l'ouvrage complet « Da'irat al-Ma'arif » (L'Encyclopédie), afin que je puisse l'étudier entièrement. Que la paix soit sur vous, ainsi que la miséricorde d'ALLAH et Ses bénédictions. Qu'Il vous récompense par le meilleur dans les deux demeures. »

Son engagement et son allégeance au Cheikh Ahmadou Bamba

Les saints, les connaisseurs et les maîtres soufis se sont engagés à soigner les cœurs et à les purifier des fléaux et des défauts. Parmi eux figure celui qui est unique dans son temps, il s'agit de Cheikh Ahmadou Bamba, qui apparut à une époque où les innovations (bidca) et les doutes s'étaient propagés, et où les gens se laissaient aller à leurs passions.

Le Cheikh Ahmadou Bamba s’employa à revivifier la religion de l'Islam, d'en écarter les altérations des extrémistes, les impostures des falsificateurs et les interprétations des ignorants. Il raviva les fondements du soufisme et les repères de la connaissance qui s'étaient estompés. Il fonda des villages pour l'éducation des disciples et leur purification spirituelle. Les gens affluèrent vers lui de tous horizons, accourant de chaque vallée profonde.

Parmi eux, le Cheikh Issa Dienne, dont l'âme aspirait aux plus hauts degrés et aux stations les plus élevées, qui se tourna vers ce maître des éducateurs. Il se rendit auprès du Cheikh Ahmadou Bamba durant son séjour à Touba. On rapporte qu'il le trouva dans sa demeure de « Dar Al-Quddous ».

Cheikh Sidy Nar Dienne mentionne dans son ouvrage sur le Cheikh Muhammad Al-Amine Bara Dienne que son père, le Cheikh Issa Dienne, lui raconta qu'il lisait le Noble Coran, et lorsqu'il arriva au verset : « Que de cités avons-nous fait périr, alors qu'elles étaient injustes ! Elles sont réduites à des ruines... » il fut pris d'un léger assoupissement et vit le Prophète (PSL) lui apparaître, puis il vit une lumière venant du côté de « Touba ».

Lorsqu'il s'éveilla, il demanda la permission à son père, puis se mit en route vers le Cheikh Ahmadou Bamba à Touba. Il lui prêta allégeance, se conformant à ses prescriptions et s'abstenant de ses interdits. On rapporte qu’il était doté d'une haute ambition, sincère dans son amour pour son Cheikh. Cet amour se manifestait par son assiduité à son service, matin et soir, sans lassitude ni fatigue, avec une dévotion totale. Il était entouré de ses proches vertueux et de ses nobles compagnons, s'occupant de leurs affaires et de leurs besoins avec générosité.

« On raconte que le Cheikh Ahmadou Bamba lui confia un terrain à cultiver, et après qu'il eut fini de le préparer le jour même, le Cheikh lui permit de retourner auprès des siens, satisfait de lui. Il s'en retourna joyeux à « Ndienné Ratt », s'occupant des affaires de son père et restant au service de son Cheikh, lui envoyant des dons sans compter. Il alternait entre les visites régulières et l'éducation des disciples par la science utile et le travail vertueux et agréé. Le Cheikh Ahmadou Bamba ne permit à son disciple Issa Dienne de retourner si vite auprès des siens que parce qu'il percevait en lui la rectitude, la force de détermination, la sincérité de l'amour et le dévouement dans le service, ainsi que l'effacement de la volonté propre et la rapidité d'exécution sans aucune contestation, même intérieure », renseigne le livre « Le gnostique Cheikh Issa Dienne. Aperçu sur sa vie et son œuvre ».

Le digne héritier de ses parentss

Le père de Cheikh Issa Dienne, le Cheikh Ibrahim Dienne, était connu sous le nom de Mame Barane Dienne. C'était un grand savant, doté d'une haute ambition et d'une volonté de fer. On raconte qu'après avoir eu une compagne vertueuse et plusieurs enfants, il aspira à accroître ses connaissances. Il voyagea alors vers le village de Thioune Niane auprès du vertueux serviteur, le Cheikh Ahmed Rassine Niane, l'un des précurseurs de la confrérie Tidjane et l'une de ses figures éminentes et nobles.

Il resta à ses côtés pendant un certain temps, étudiant auprès de lui plusieurs ouvrages. Lorsqu'il décida de retourner auprès des siens, son maître lui annonça la bonne nouvelle de la naissance d'un garçon qui aurait un destin glorieux, et lui recommanda de le nommer Issa, ce qui fut fait.

Le Cheikh Ibrahim Dienne se consacra entièrement au service du Noble Coran et à son enseignement, éduquant les enfants des musulmans et leur faisant mémoriser le Livre de leur Seigneur, qu'on n'a pu et ne pourra jamais corrompre le texte. Il incitait à sa récitation et à son étude, citant les paroles du Prophète (PSL) : « Le meilleur d'entre vous est celui qui apprend le Coran et l'enseigne ».

Il possédait un centre d'enseignement où affluaient des étudiants de toutes parts. Ses fils et lui restèrent dévoués à cette mission jusqu'à ce qu'il rende l'âme à Ndienné Ratt, terre qui lui avait été donnée par le chef de village nommé Dethialaw Sall, et où se trouve son mausolée, aujourd'hui lieu de pèlerinage.

Dans « Le gnostique Cheikh Issa Dienne. Aperçu sur sa vie et son œuvre », sa mère, en l'occurrence Sokhna Mariama Diop, est plus connue sous le nom de « Sokhna Aram Ndiaye Diop ». C'était une femme vertueuse, dévouée à son époux, faisant preuve d'une obéissance exemplaire et cherchant constamment son agrément dans ses moindres faits et gestes. Elle incarnait ce noble combat (Jihad).

Lorsque le Cheikh Ahmadou Bamba revint de son exil et fut placé en résidence surveillée à « Thieyène Djolof » de 1325 H., soit l'an 1907, jusqu'en 1330 H., correspondant à l'an 1911, il fit appeler Sokhna Mariama Diop, la pieuse mère du Cheikh Issa Dienne. Trois jours après son arrivée, elle retourna vers son Seigneur, satisfaite et agréée. Le Cheikh pria sur elle et elle fut inhumée aux côtés de Sokhna Fatou Isseu Diop, la mère du Cheikh Ibrahima Faty Mbacké.

La mosquée de Touba

Cheikh Issa Dienne fut parmi ceux qui se distinguèrent par leurs efforts dans l'édification et la construction de la mosquée de Touba. Sa détermination ne faiblit jamais. Après le retour du Cheikh à son Seigneur, il apporta son soutien à son fils aîné et successeur, le Cheikh Mouhammad al-Moustapha Mbacké. Il le soutint dans tous ses projets sans lassitude, œuvrant à l'union des cœurs et à la réconciliation.

Parmi les œuvres du Cheikh Mouhammad al-Moustapha, après avoir reçu les rênes du califat, figure la réalisation du vœu du Cheikh al-Khadim. En effet, il rassembla les disciples en l'an 1344 H. et les informa qu'il souhaitait bâtir une grande mosquée sur la terre de Touba. Lorsqu'il rejoignit son Seigneur, ses disciples et à leur tête son successeur (le calife suivant) s'unirent et préparèrent tout le matériel nécessaire.

La construction commença le vendredi 17 du mois de Dhul al-Qicdah de l'an 1350 H., correspondant au 25 mars 1932. Elle fut achevée sous le khalifat de Cheikh Mouhammad al-Fadel Mbacké.

Les disciples y ont dépensé des sommes considérables et déployé des efforts indescriptibles.

Sa relation avec les grands disciples mourides

La foi est constituée de branches, dont la pureté de l'âme, la sérénité du for intérieur et l'amour mutuel en Allah, l'entraide dans la piété et la crainte de Dieu. Ce sont là des mœurs vertueuses et des bienséances soufies que le Cheikh al-Khadim a gravées dans l'âme de ses disciples, les éduquant à les suivre. Il a extirpé de leurs cœurs toute rancœur ou animosité, et chacun aimait pour son frère ce qu'il aimait pour lui-même.

Des liens de fraternité sincère et des liens d'amour solides unissaient le Cheikh Issa Dienne et la famille du Cheikh al-Khadim, ainsi qu'avec les grands disciples Mourides. À titre d'exemple, le premier calife, le Cheikh Mouhammad al-Moustapha Mbacké, lui rendit visite une fois à « Ndienne Lagane ». Le Cheikh Issa Dienne se fit un honneur de le servir lui-même par respect et considération.

De même, le deuxième calife, Cheikh Mouhammad al-Fadel Mbacké, qui l'estimait grandement et le consultait dans ses affaires. Ils se sont rendus mutuellement visite à maintes reprises. Il existe entre eux de nombreuses correspondances encore conservées par la famille.

Il y avait également entre lui et les grands Mourides une affection et une fraternité totales, comme avec le Cheikh Ibrahim Fall, le modèle des aspirants et l'exemple des dévots. Le Cheikh Issa Dienne lui vouait une considération prononcée et un grand respect, et faisait son éloge en ces termes : « Le Mouride ne sera accompli que s'il est comme le Cheikh Ibrahim Fall. »

Il envoyait souvent au Cheikh Ibrahima Fall des cadeaux précieux et des biens par amour et respect. De même, le Cheikh Ibrahima Fall faisait souvent son éloge, disant sa volonté sincère et sa haute détermination.

Fondateur de nombreux villages

Parmi les villages qu'il a fondés, on peut citer : Darou Dienne : Situé à « Ndande » dans la région de Louga ; Darou Dienne Khabane à Mbour ; Darou Dienne à Guinguinéo dans la région de Kaolack. Il l'a bâti en 1913 et il est aujourd'hui sous la supervision de son fils, l'éminent Cheikh Abdoul Salam Dienne.

Il y a aussi Ndienné Lagane, situé à « Gossas » dans la région de Fatick. C'est une vaste terre aux horizons étendus, bâtie en 1924. Elle comprend plusieurs villages et écoles, dont : Bagdad, Darou Salam, Darou Rahmane, Naissabour, Darou al-Mazid (Khaye Mbayar), Missira, Darou al-Mannan, Daray Sidi, Lansar, Mouhajiroun, Darou Sourang, Darou Diagne, Thiélé Ka et Touba Ndiénné (déguère).

Après une vie remplie, il a été rappelé à Dieu le 19 octobre 1948. Le Calife Cheikh Mouhammad al-Fadel Mbacké envoya alors son frère, le Cheikh Mouhammad al-Bachir Mbacké, pour superviser le transfert de sa dépouille vers la ville sainte de Touba. Il fut inhumé par le Cheikh Hamza Diakhaté dans l'ancien cimetière « Husnul Mahab », où son mausolée est aujourd'hui visité.

CHEIKH THIAM

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