Publié le 3 May 2024 - 12:25
ENTRETIEN AVEC… KALIDOU KASSÉ

‘’La 15e Biennale sera le symbole d’un changement d’orientation…’’

 

Artiste-peintre de renommée internationale, Kalidou Kassé est membre du comité d’orientation de la 15e Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art), qui se tiendra cette année du 7 novembre au 7 décembre. Il est, par ailleurs, commissaire de l’exposition sur les collectionneurs d’art sénégalais, dans le cadre de cet événement.

 

Dans cet entretien, notre invité met en évidence plusieurs aspects essentiels inhérents à l’organisation de ce grand rendez-vous des arts. Le premier qui se tiendra sous l’égide des nouvelles autorités politiques, avec à leur tête le président Bassirou Diomaye Faye.

 

La 15e Biennale de l’art africain contemporain se tiendra sous l’égide des nouvelles autorités politiques sénégalaises. Quel symbole attachez-vous à cela ?

La Biennale, sous l’autorité des nouvelles autorités, pourrait symboliser un changement de direction et une nouvelle orientation artistique axée sur les valeurs et les priorités politiques actuelles. Parce que, effectivement, nous avons un nouveau régime qui va nous faire part de ses orientations afin qu’on puisse voir ensemble comment les mettre en œuvre pour le grand bien du Sénégal. Voir, sous ce rapport, comment apporter des changements et/ou des améliorations dans le sens d’une créativité plus soutenue.

À quoi pourrait-on s’attendre comme innovations majeures à cette Biennale ?

L’innovation majeure, c’est cette exposition ‘’In’’ dédiée aux collectionneurs d’arts sénégalais et intitulée ‘’Sama Collection’’. Ce sera une façon de rendre hommage à ces collectionneurs qui, depuis les années 60, se sont vraiment investis dans ce secteur, qui ont accompagné les artistes dans leur travail et qui, comme qui dirait, ont tissé des relations quasi fusionnelles avec les artistes sur le plan de la créativité. Parce qu’ils ont en conscience cette créativité qui les lie et cette émotion qu’ils ont en partage.

Ainsi, les collectionneurs gagneraient à être mieux connus et davantage mis en valeur pour montrer qu’au Sénégal, il y a des personnes qui se sont investies dans la collection d’œuvres de haute facture. Non seulement du Sénégal, mais à travers le monde. Cette initiative a suscité tellement d’intérêt que nous avons reçu énormément d’encouragements et de félicitations.

L’expo va mettre en lumière les collectionneurs vivants ainsi que les collectionneurs disparus qui ont façonné notre art et notre façon de vivre, comme les Iba Ndiaye, Pape Ibra Tall, Bocar Diong et tant d’autres qui ont tracé la voie pour nous. Cette exposition va démontrer la vitalité de la créativité africaine et contemporaine sénégalaise. Ce sera également un moment d’affirmation de l’originalité des œuvres. Elle permettra de renforcer les synergies entre collectionneurs, artistes, critiques d’art et mécènes. Des personnalités ont appelé de partout pour nous dire qu’elles seront là pour cette exposition qui sera suivie d’une conférence animée par les professeurs Alpha Sy et Ibrahima Wane.

Que pensez-vous de l’idée de changer le statut de la Biennale en allant vers son autonomisation ? C’est d’ailleurs une idée qui a été agitée depuis longtemps…

Je pense que tout cela devrait être l’objet de discussions entre les différents acteurs. La Biennale est un événement de l’État du Sénégal, mais tout le monde devrait apporter sa contribution afin qu’on puisse réfléchir à la meilleure orientation artistique, plastique ou créative pour arriver à une Biennale de très haute facture et gagner encore des points (NDLR : la Biennale du Sénégal est classée troisième mondiale).

D’aucuns exigent l’audit de la Biennale. Pensez-vous qu’il y ait des raisons de le faire ?

Absolument ! Ne serait-ce que pour répondre aux préoccupations légitimes de transparence et de responsabilité en matière de gestion des fonds publics et d’organisation d’événements. Je pense qu’un audit pourrait clarifier ses aspects et renforcer la confiance et l’intégrité de la Biennale. C’est un exercice classique et normal que toute structure qui gère des deniers de l’État puisse être auditée et contrôlée pour voir comment les dépenses ont été faites.

Cet événement sera organisé sous le thème de l’«Eveil». En quoi l’art peut-il éveiller les consciences ?

L’art a la capacité de mettre en lumière des questions sociales ou politiques importantes. Il est aussi de nature à amener les populations à remettre en cause leurs propres perspectives et croyances. En mettant en évidence des idées et des expériences diverses, l’art peut également aider à mieux comprendre le monde qui nous entoure.

De plus, nous avons aujourd’hui des signaux qui ne peuvent être décodés que par des artistes. Et en cela, développer un sens plus profond d’empathie et de compréhension envers autrui. Parce que nous sommes dans un village planétaire et l’art à ce rôle majeur de faire prendre conscience par rapport à notre environnement. Cet éveil des consciences vise la paix et alerte sur les chocs climatiques, l’immigration clandestine, le droit à l’éducation des enfants, sans oublier l’autosuffisance alimentaire et la diplomatie culturelle qui me semble extrêmement importante pour le ciment des peuples. C’est à travers la culture que les peuples peuvent se comprendre sans pour autant parler la même langue. L’art invite à voir le monde autrement. Tout cela est d’autant plus essentiel que le thème de l’«Eveil» semble bien choisi dans un contexte pluriel assez difficile.

On parle aujourd’hui de ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture. Comment apprécie-vous ce schéma ?

À mon avis, l’inclusion de la culture dans la jeunesse et le sport peut être perçue positivement, surtout quand on sait l’importance de la culture dans le développement intégral des individus.  La culture, c’est le sport, mais aussi l’économie. Quand on parle d’art contemporain, c’est qu’il intègre toutes les disciplines avec, en l’occurrence, les jeunes qui sont en plein dans la créativité on qu’on voit sous plusieurs facettes. Ils sont dans les nouvelles technologies ; ils sont créateurs de contenus et de tout ce qui est innovation dans ce monde. Bref, cela pourrait favoriser une approche holistique du bien-être et de l’épanouissement. En intégrant activités culturelles et sportives, cela permettrait d’élargir notre assiette pour partager sur tous les plans la créativité.

Cependant, certains pourraient craindre que la culture soit reléguée au second plan par rapport au sport et que ses objectifs de ne soient pas pris en compte. Mais tout dépendra de la manière dont ce ministère sera structuré et des ressources qui lui seront allouées pour soutenir efficacement la promotion et la préservation de la culture. Je suis convaincu que le sport ne peut pas aller sans la culture et inversement. Il faudrait donc harmoniser tout cela pour plus de possibilités innovantes.

Les artistes sénégalais s’engagent très peu dans les luttes politiques. Pourquoi ?

Il va de soi que je ne peux pas répondre à la place de tous les artistes, puisqu’ils ont des convictions différentes, mais cela peut être dû au fait que certains préfèrent se concentrer sur des formes d’expression artistique qui transcendent la politique au sens où l’on comprend généralement ce terme et qui visent à toucher un public plus large, d’autres peuvent choisir de s’engager politiquement de manière directe ou indirecte à travers leur travail artistique. C’est-à-dire alerter sur des questions aussi fondamentales qu’essentielles qui interpellent nos sociétés.

Vous êtes un des artistes-peintres les plus en vue au Sénégal, mais vous êtes aussi reconnu mondialement. Quelle est aujourd’hui l’actualité de Kalidou Kassé ?

J’ai initié une exposition en France, précisément à Castelsarrasin, près de Toulouse, qui dure deux mois et qui a fini donc en fin juin. C’est une grande exposition en duo avec mon ami Gérard Casse qui est sculpteur. J’ai pu, à l’occasion, réaliser une grande fresque murale de 30 m2 pour alerter sur le choc climatique. Mais aussi rappeler que l’art est transversal. J’ai donné une conférence sur l’actualité des arts plastiques au Sénégal de 1960 à nos jours.

À cette expo, il y avait beaucoup de monde et de toutes les catégories. Des personnes avec qui j’ai eu des échanges sur le thème du changement climatique.

Cela dit, c’est pour moi l’occasion de réitérer l’engagement des artistes sénégalais par rapport à cette Biennale de Dakar. Ensemble, on doit pouvoir arriver à réaliser quelque chose de grandiose. La ministre de tutelle (Khady Diène Gaye, NDLR) et le secrétaire d’État Bacary Sarr nous ont reçus très tôt pour des explications au sujet de la Biennale et de son organisation, dans le but d’une manifestation réussie. Puisqu’il ne fallait pas faire une Biennale au rabais, il fallait donc repousser l’échéance de six mois. Les nouvelles autorités ont bien compris l’importance de cet événement mondial.

par Félix NZALE

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