Publié le 30 Jan 2026 - 13:25
MAGAL DE POROKHANE  

Le chercheur Abdou Khadre Ba raconte la face cachée de Sokhna Diarra

 

Dans son livre intitulé "Jaaraama Maam Jaara", le chercheur Abdou Khadre Ba livre des informations inédites sur la vie et l'œuvre de Sokhna Diarra, la sainte mère de Serigne Touba Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul.

 

Aujourd'hui, jeudi 29 janvier, est célébré à Porokhane le Magal de Sokhna Diarra, la sainte mère du fondateur du mouridisme, Serigne Touba Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul. Dans son livre intitulé "Jaaraama Maam Jaara", le chercheur mouride révèle beaucoup de choses jusqu'alors inconnues du grand public.

D'après Abdou Khadre Ba, Sokhna Diarra, issue d’une lignée prestigieuse, descend de Mouhamed Bousso, lui-même fils de Hammad et petit-fils d’Aliou Bousso. Son ascendance chérifienne remonte à l’Imam Hassan, fils d’Ali et petit-fils du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui). Cette noble filiation lui a transmis une piété d’une pureté exceptionnelle, lui valant le surnom de Jâratul-Lâhi (« Voisine de Dieu »).

Élevée sous la direction éclairée de sa mère, Sokhna Asta Wallo, elle a bénéficié d’une éducation approfondie dans les sciences religieuses, notamment en jurisprudence islamique, théologie et éthique spirituelle. À une époque où la connaissance du soufisme restait limitée dans la sous-région, elle en maîtrisait parfaitement les enseignements, écrit-il.

Selon l’auteur, Sokhna Diarra a hérité de ses aïeux, tant du côté paternel que maternel, une riche tradition d’érudition coranique et de ferveur religieuse. Sous l’autorité de sa mère, elle a mémorisé et retranscrit entièrement des muṣḥaf (manuscrits du Saint Coran) très tôt. Bien que sa vie ait été brève (seulement 33 ans), elle a laissé un héritage impressionnant, ayant calligraphié plusieurs exemplaires du Coran avec une maîtrise remarquable de cet art.

Fidèle à la tradition familiale, elle a consacré son existence à la transmission du savoir religieux, à l’enseignement du Coran et à la diffusion des principes soufis. Elle excellait en théologie, jurisprudence et spiritualité, consolidant ainsi son rôle de guide et d’inspiratrice dans son milieu, renseigne Abdou Khadre Ba.

Dans la perspective islamique, les devoirs et obligations religieuses s’adressent aussi bien aux hommes qu’aux femmes, qui reçoivent les mêmes promesses et avertissements divins. Toutefois, selon la sagesse divine, l’homme occupe une position de responsabilité au sein de la famille. Ainsi, la femme mariée est sous la responsabilité de son époux, tandis que la célibataire dépend de ses parents. En dehors de cette organisation familiale, il n’y a aucune distinction entre les sexes devant Dieu.

Profondément consciente de ses devoirs envers son Créateur, Sokhna Diarra s’est efforcée, bien avant, d’adopter une conduite conforme aux enseignements du Coran. Elle aspirait, dit-on, à vivre en totale harmonie avec la volonté divine, s’imprégnant d’une spiritualité authentique qui faisait d’elle un modèle d’engagement et de piété.

Pourquoi le surnom “Jaaratul-Lâh” ?

Son véritable nom est Maryam Bousso, elle est l’homonyme de la sainte Mariama, mère de Seydina Insâ. Son zèle dans l’adoration de Dieu, son détachement des préoccupations mondaines et son abandon total à la volonté divine l’ont élevée à un rang spirituel exceptionnel. C’est ainsi qu’elle fut honorée du titre “Jaaratul-Lâh”, signifiant la Voisine de Dieu.

Ce titre, chargé d’une grande signification spirituelle, d'après l'auteur, est profondément respecté par les fidèles, ce qui explique pourquoi elle est souvent désignée sous ce titre. Au fil des années, ce statut de “Jaaratul-Lâh” lui conféra des dons extraordinaires, dont celui d’apparaître dans la chambre obscure de Dial Diop. Alors que Serigne Touba y était emprisonné, elle lui apporta exhortation, encouragement et réconfort. C’est à cause des souffrances qu’il endura dans cette chambre qu’il déclara : "Si je me souviens de ce lieu de repos nocturne. Et de l’émir blanc qui m’y fit entrer. Mon âme s’élance au jihad avec des armes. Mais le Prophète me détourne de cette décision.”

Mais son intervention ne s’arrêta pas là. Lorsque Serigne Touba fut exilé et placé dans une grotte au Gabon, elle intercéda encore en sa faveur. Cet épisode a été rapporté par Serigne Abdoul Ahad Mbacké, troisième khalife général des Mourides.

De nombreux saints et prophètes se manifestèrent pour lui porter secours, le premier à apparaître fut Seydina Abdoul Khadr al-Jeylani. Cependant, Serigne Touba leur adressa ces paroles empreintes de soumission et de confiance absolue : "Notre Seigneur est plus miséricordieux envers moi, Il me connaît mieux et me voit." C’est alors que, plongé dans l’obscurité la plus totale, une main lumineuse se tendit vers lui, l’extirpant du trouble et lui disant : "Va servir ton Seigneur…”

En levant les yeux, Serigne Touba reconnut cette présence bienveillante et familière : c’était sa sainte mère, Sokhna Maryam Bousso.

Pourquoi  Porokhane ?

Selon M. Ba, le nom originel de ce village est Fourqân, qui signifie le Coran. La principale raison qui a conduit Sokhna Diarra à s’installer à Porokhane réside dans son obéissance totale à son époux et guide spirituel, Mame Mor Anta Saly Mbacké.

Mame Mor avait rejoint Almamy Maba Diakhou Bâ dans le Saloum, où ce dernier menait un jihad contre les ceddo. Après avoir remporté plusieurs batailles et soumis ses adversaires, certains guerriers ceddo, cherchant à se venger, se retournèrent contre les chefs religieux de la région.

Pour les protéger, Almamy Maba Diakhou Bâ décida de réunir tous les cheikhs du pays et de les installer auprès de lui dans le Saloum. Son objectif était double : les mettre à l’abri des attaques et bénéficier de leur soutien dans l’édification d’un État musulman qu’il comptait mettre en place.

Ainsi, lors de son périple à travers le pays pour rassembler les savants et chefs religieux, Maba Diakhou Bâ arriva au Baol, où il invita les chefs religieux de la région, dont Mame Mor Anta Saly. Ce dernier répondit à l’appel et partit avec toute sa famille. Parmi eux se trouvait la sainte Jâratu-l Lâh Maryam Bousso.

À leur arrivée dans le Saloum, Mame Mor Anta Saly, qui dirigeait une grande école coranique et de sciences islamiques, demanda à Almamy Maba Diakhou Bâ de lui accorder un espace plus calme et propice à l’enseignement. Il souhaitait poursuivre son œuvre d’éducation religieuse tout en restant disponible pour conseiller l’Almamy et émettre des fatwas lorsque celui-ci en aurait besoin.

En réponse à cette requête, Maba Diakhou Bâ fit construire un village situé à 7 km de Nioro du Rip, son fief. Il y installa Mame Mor Anta Saly avec sa famille et ses disciples. C’est donc ainsi que Sokhna Diarra résida à Porokhane, un lieu qui devint plus tard un haut lieu spirituel.

Manifestations surnaturelles et discrétion de Sokhna Diarra

Dans le livre, M. Ba raconte que Mame Diarra Bousso était une femme respectée, connue pour sa discrétion et sa capacité à garder des secrets. Cette qualité fut l’une des raisons pour lesquelles Dieu l’a choisie pour engendrer le sauveur de l’humanité et serviteur du Prophète.

Avant la naissance de Serigne Touba, Sokhna Diarra observait des phénomènes étranges : des lumières surnaturelles illuminaient sa chambre, des signes mystérieux se manifestaient autour d’elle. Ces visions renforçaient sa foi et son espoir en Dieu. Pourtant, malgré l’étonnement et la grandeur de ces manifestations, elle conservait un profond silence, ne révélant ces secrets à personne.

Pourtant, Mame Diarra Bousso fit preuve d’une extrême prudence en dissimulant les signes miraculeux et la singularité de son fils dès son plus jeune âge. Consciente de sa destinée, elle veilla sur lui avec une grande sagesse et une discrétion absolue.

Comment Cheikhoul Khadim a retrouvé la tombe de sa sainte mère, Jâratu-l Lâh ?

Lorsque Maba Diakhou Ba fit construire le village de Porokhane et l’offrit à Mame Mor Anta Saly, ce dernier s’y installa avec toute sa famille et y résida quelque temps. C’est dans ce lieu que Mame Diarra Bousso rendit l’âme et fut inhumée dans le cimetière du village.

Cependant, après la disparition de Maba Diakhou Ba, de nombreux habitants quittèrent le Saloum pour regagner leur région d’origine. Parmi eux, Mame Mor Anta Saly Mbacké, qui se rendit au Cayor en compagnie du Damel Lat Dior. Quant à Cheikh Ahmadou Bamba, il resta au Saloum auprès de son oncle Serigne Mboussobé, avec sa famille maternelle. Il y poursuivit ses études sous la direction de son oncle Samba Toucouleur Ka, qui l’initia aux diverses disciplines de la théologie islamique.

Lorsque Mame Mor et sa famille quittèrent Porokhane, le village était devenu désert. Avec le temps, la localisation précise de la tombe de Sokhna Diarra Bousso fut oubliée. Toutefois, son fils, Cheikhoul Khadim, soucieux de préserver la mémoire de sa mère, attacha une grande importance à ce lieu durant son séjour au Saloum. Par précaution, il prit soin de marquer l’emplacement avec des repères.

Un jour, rapporte Abdou Khadre Ba, Serigne Touba missionna son cousin et disciple, Serigne Massamba Kanni Bousso, fils de Serigne Mboussobé, afin qu’il retrouve la tombe de Sokhna Diarra Bousso. Il lui donna des indications précises, basées sur ses souvenirs et les signes qu’il avait laissés sur place. Il lui dit : "Va à Porokhane et retrouve la tombe de ta tante, Sokhna Diarra. À ton arrivée, tu verras un arbre de “Kheul”, que les habitants du Saloum appellent arbre de “Mbépp”. Une fois devant, tourne-toi vers l’est, avance de sept pas, et là, en regardant le sol, tu trouveras un bâton. Ce bâton, c’est moi qui l’ai enterré pour marquer l’emplacement exact de la tombe de Sokhna Diarra. Si tu la retrouves, la tombe ne sera plus jamais perdue, si Dieu le veut (In shâ’ Allah)."

Lorsque Serigne Massamba Kanni arriva à Porokhane, indique Abdou Khadre Ba, il suivit scrupuleusement les instructions du Cheikh et retrouva sans difficulté la tombe de Mame Diarra. À la suite de cette découverte, selon l’auteur, Serigne Touba ordonna à plusieurs de ses disciples établis au Saloum de veiller sur le site et d’aménager un mausolée pour sa mère. Parmi eux, on comptait Serigne Mousso Paté Dramé, Serigne Maba Awa Ndiaye, Serigne Babacar Diabou Ndiaye, Serigne Aliou Seck Wanaar et bien d’autres.

C’est ainsi, rapporte l’auteur, que Cheikh Ahmadou Bamba fit redécouvrir la tombe de sa sainte mère, Sokhna Diarra Bousso, jusqu’à ce qu’il envoie plus tard son fils, Serigne Bassirou, afin de redonner vie au village de Porokhane.

Magal de Porokhane : un hommage à la femme, modèle de spiritualité et d’éducation

Chaque année, au mois de Rajab du calendrier musulman, la communauté mouride célèbre la mémoire de Mame Diarra Bousso, mère vertueuse de Cheikh Ahmadou Bamba, dans la ville sainte de Porokhane. Ce lieu, devenu un haut lieu spirituel du Mouridisme, met en lumière la place essentielle de la femme dans l’éducation et la transmission des valeurs islamiques.

Des milliers de fidèles affluent vers Porokhane pour honorer la piété, l’humilité et le dévouement de Mame Diarra Bousso. Modèle de femme vertueuse en Islam, elle a consacré sa vie à l’adoration et à la formation spirituelle, incarnant ainsi les principes fondamentaux du Mouridisme.

L’attachement des pèlerins à cette figure emblématique se manifeste par leur détermination à rejoindre Porokhane, empruntant divers moyens de transport : voitures, minibus, camionnettes, camions. Certains viennent même de l’étranger pour participer à cet événement spirituel majeur. Les longues caravanes de fidèles témoignent de l’importance accordée à cet événement et à l’héritage de Mame Diarra Bousso.

Ainsi, selon Abdou Khadre Ba, le Magal de Porokhane est bien plus qu’une simple commémoration : il célèbre le rôle fondamental de la femme dans la transmission des valeurs spirituelles et éducatives. « Il met en avant la contribution essentielle des femmes à la construction d’une société fondée sur la foi, le savoir et l’exemplarité morale, en s’inspirant de la vie et du modèle de Sokhna Diarra Bousso », souligne-t-il.

CHEIKH THIAM

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