Publié le 5 Jul 2026 - 21:54
DÉCOUVERTE DU QUARTIER HISTORIQUE DE NDANGANE

Une menace sanitaire à Kaolack

 

Le quartier Nangane s'identifie à Kaolack par les tas d'ordures qui jonchent ses allées. Le niveau d'insalubrité a atteint un tel point que si la ville de Mbossé traîne la mauvaise réputation d'être la cité la plus sale en raison d'un système d'assainissement très défectueux, Nangane en serait la capitale. Ce quartier historique, le premier à Kaolack, est si lié à la région que celle-ci est traditionnellement appelée "Kaolack Nangane".

 

À l'entrée sud de Kaolack, un quartier dont la seule prononciation rappelle son rattachement à la région de Kaolack. Nangane est l'un des deux premiers quartiers de la ville de Kaolack. En effet, confie Falang Sarr, l'un des sages de cette localité très célèbre dans la zone, "auparavant, bien avant l'époque coloniale, il n'y avait que deux quartiers : Leona et Nangane. Dans le premier quartier nommé vivait l'administration coloniale qui avait choisi cette partie du département pour y implanter la gouvernance, la police, la préfecture, entre autres services étatiques. À Nangane, par contre, vivaient les pêcheurs autochtones appelés dans le jargon traditionnel sénégalais, "Niominka", qui sont des pêcheurs", renseigne le sage du quartier.

Ces pêcheurs, d'ethnie sérère, avaient choisi ce coin paisible à cause de sa proximité avec le bras de mer. En effet, Nangane n’est séparé de la mer que par la route nationale qui donne sur la Gambie. Très nostalgique des temps anciens, le vieux Falang précise que le matin de bonne heure, toutes les âmes de cette cité calme à l'époque, traversée par la fraîcheur de l'eau ainsi que des forêts dans les alentours, se donnaient rendez-vous à la baie pour y exercer leurs activités de pêche et de transformation de produits de mer.

C'était la seule occupation selon lui qui rapportait de l'argent. Il nous apprend d'ailleurs que le nom "Nangane" signifie en langue sérère, baie. Il ajoute : "Dans toutes les localités sérères, il y a des quartiers dont le nom commence par Nangane, près de la mer ou des étendues d'eau."

Un quartier qui dépérit avec le temps

Longtemps considéré comme le principal quartier d'affaires de Kaolack, bien avant la colonisation, ce coin qui faisait la fierté des Kaolackois est tristement devenu un taudis dont la misère et le dépérissement menacent la santé de tous ses habitants.

De ce fait, autrefois convoité par les habitants des villages environnants, le quartier a perdu de son lustre. Nangane est devenu une sorte de ghetto kaolackois qui ne fait plus rêver. Notre visite hier matin a permis de nous imprégner de la vie de misère que mènent les habitants de ce taudis au vrai sens du terme.

Ici, les habitations sont faites de zinc et de bois, côtoyant des tas d'ordures sur toutes les artères. L'insalubrité est telle que le sol est camouflé par des tas d'immondices qui témoignent de la désolation qui plane dans ce coin de Kaolack.

Les eaux stagnantes noirâtres aux odeurs pestilentielles infectent l'atmosphère alors que le ciel commençait à ouvrir ses vannes. Un mélange de chaos aux côtés des enfants qui jouent pieds nus au foot, le ballon très souvent ramassé dans la saleté.

Des canalisations, des robinets inexistants

Ici, la vie se passe avec les ordures sans gêne, les eaux qui s'échappent des latrines. L'insalubrité a atteint un niveau si inquiétant que les autorités sanitaires et administratives devraient, pour beaucoup, s'y rendre pour sauver ces populations de cette catastrophe sanitaire.

Une jeune fille confie que "vivre avec la saleté pour les enfants est devenu naturel. Les enfants, à force de jouer dans la saleté, ont semble-t-il développé des sortes d'anticorps qui les protègent." Parole d'enfant peut-être, mais ce qui est sûr, sur l'une des ruelles très exiguës que nous empruntions, un jeune homme, la trentaine révolue, alerte sur la bombe sanitaire qui tue à petit feu les riverains, notamment les enfants.

Sagar Faye vient juste de revenir de la borne-fontaine avec des bidons de 10 litres qu'il porte sur les deux bras. Son allure squelettique ne lui donne pas l'air d'avoir la force qu'il faut pour les soulever. Interpellé sur la situation du quartier, il dépose brusquement les bouteilles d'eau, se rendant très disponible.

Malgré la sueur qui ruisselle sur son visage et son corps, il trouve de la force pour dire : "Vous êtes là pour savoir ? J'habite devant cette maison à côté. Il y a un réel risque sanitaire ici. Les enfants tombent malades pendant et même après l'hivernage. Vous avez vu, il n'a pas encore plu, cette année, il n'y a que de l'averse, mais cette eau boueuse que vous voyez est stagnée depuis l'année dernière et c'est partout la même chose dans ce quartier", dit-il.

Il souligne que même les adultes sont pris au piège des maladies causées par l'insalubrité qui dicte sa loi. À ses yeux, cette situation est inadmissible dans la ville de Mbossé.

En effet, le quartier est niché entre la chambre de commerce de Kaolack, le marché central de Kaolack et le point de contrôle des douanes à la sortie de Kaolack. Donc, il n'est pas excentré des habitations et des lieux de fréquentation des Kaolackois. C'est justement ce que confie le jeune Faye, qui regrette le fait que les autorités n'aient pas apporté l'aide qu'il fallait pour les tirer de cette situation aux allures de calamité.

Quant aux autorités municipales, il indique que sous le magistère de Mariama Sarr, ancienne mairesse de la ville de Kaolack, certains efforts avaient été consentis. Même en étant insuffisants, ils procuraient un soulagement de savoir que leur vie compte.

L'armée au chevet de Nangane

Actuellement, le seul soutien dont disposent les habitants du quartier est celui des forces armées qui, selon lui et d'autres, a permis d'anticiper, depuis 2 à 3 ans, les risques d'inondation. Faye explique tout de même que l'intervention de l'armée se limite aux périphéries dans la partie Est. Ce qui fait que les difficultés auxquelles sont confrontées les populations restent entières.

En effet, d'après lui, la zone la plus impactée n'est pas couverte par les opérations de dragage pour faciliter le ruissellement des eaux de pluie. C'est pourquoi les habitants de Nangane invitent les autorités à engager les travaux pour résoudre leurs problèmes, constitués également d'un manque d'eau et de drainage public. Dans ce quartier, il n'y a pas de robinet ; pour trouver de l'eau, il faut aller la chercher ailleurs moyennant de l'argent. En effet, Sagar Faye explique que le liquide précieux s'achète au niveau des bornes-fontaines, malgré les appels incessants lancés à l'endroit des autorités afin de raccorder ce quartier au branchement de la Sen Eau.

Pour ce qui est de la stagnation des eaux de pluie, les riverains estiment que certaines autorités leur avaient demandé de condamner les fosses septiques creusées à l'extérieur des habitations et d'en creuser d'autres à l'intérieur des maisons afin de permettre les travaux de canalisation. Depuis lors, absolument rien, selon eux.

La conséquence de cette situation est que les fosses septiques provisoirement forées, en attendant l'achèvement des chantiers, ne pouvant contenir les matières fécales, se déversent dans les maisons. Ce qui expose les personnes à des maladies. "Les maladies diarrhéiques et d'autres natures sont fréquentes chez les populations", renseigne-t-il.

En attendant qu'une solution soit trouvée, ce sont les populations elles-mêmes qui s'organisent pour creuser des tranchées pour l'évacuation des eaux de pluie et le rejet des fosses septiques.

Sur les lieux, des tas de gravats sont répandus sur les espaces inondables pour contenir les eaux de pluie. Les habitants de Nangane disent espérer qu'avant le début de l'hivernage (puisque Kaolack n'a enregistré que des averses), leurs doléances soient satisfaites.

Bachir KANE

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