Le chercheur Abdou Khadre Mbacké Ba révèle les secrets de la nuit du destion

La communauté mouride va célébrer aujourd'hui dans la nuit le Laylatoul Qadr, appelé nuit du destin. Pour mieux connaître les enseignements et les bienfaits de cette nuit unique, le chercheur Abdou Khadre Mbacké Ba a publié "Laylat al-Qadr" (La Nuit du Destin : sens, mérites et enseignements).
Dans "Laylat al-Qadr" (La Nuit du Destin : sens, mérites et enseignements), le chercheur Abdou Khadre Mbacké Ba parle de cette nuit comme de celles qui traversent le temps et continuent d’éveiller les cœurs. « Depuis les débuts de l’islam, les croyants la recherchent avec humilité, conscients qu’elle est une porte ouverte vers la miséricorde divine. Dans le silence de cette nuit bénie, chacun y dépose ses espoirs, ses repentirs et ses invocations, avec la certitude qu’Allah regarde les cœurs sincères. Mais cette nuit n’est pas seulement un moment à attendre ; elle est un appel à se transformer. Elle rappelle au croyant que la vraie richesse se trouve dans la proximité avec son Seigneur, dans la sincérité des intentions et dans la constance dans le bien », écrit-il.
Dans l’héritage spirituel de Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul, la quête d’Allah s’accompagne toujours de savoir, de discipline et d’amour du Prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui). Le Cheikh, souligne Abdou Khadre Mbacké Ba, a enseigné à ses disciples que la voie vers Dieu passe par la purification du cœur, la patience dans l’effort et le service désintéressé. C’est dans cet esprit que les mourides ont appris à donner à leurs actes une profondeur spirituelle, transformant chaque moment d’adoration en chemin vers la lumière, dit-il.
L’auteur propose à travers son ouvrage une réflexion accessible et sincère autour de la signification et des mérites de Laylatul Qadr. Par ce travail, il s’efforce de rappeler au lecteur la place exceptionnelle de cette nuit. "À travers ces pages, on perçoit la volonté de transmettre un héritage spirituel, mais aussi de rendre hommage à celles et ceux qui ont contribué à faire vivre cette nuit dans la communauté, notamment Sokhna Maïmounatou Mbacké, dont l’engagement et la générosité ont marqué l’histoire de sa célébration. Ce livre ne prétend pas épuiser le mystère de Laylatul Qadr. Il se veut plutôt un rappel, une invitation à méditer et à redécouvrir la beauté de cette nuit bénie, afin que chacun puisse la rechercher avec plus de conscience et de sincérité », peut-on lire.
Signification et mérites de Laylatul Qadr
Le terme Laylat, informe le chercheur, provient du mot arabe "al-layl", qui signifie la nuit. Quant au mot "al-Qadr", il renvoie au « décret divin » ou à la « destinée ». Les savants musulmans expliquent que cette nuit est celle durant laquelle sont décrétés les événements de l’année à venir, tels que les subsistances, les décès et les différentes destinées.
Allah dit dans la sourate "Ad-Dukhân" : "Durant laquelle est décidé tout ordre sage" (Coran 44 :4). Ainsi, Laylat al-Qadr est une nuit d’une valeur exceptionnelle auprès d’Allah, caractérisée par la bénédiction, la miséricorde et la détermination des affaires divines. Sur les mérites, il a rappelé que Cheikh Ahmadou Bamba, dans la Qasida "Yâ Khayra Dayfi" (Ô toi l’éminent Hôte), dit : "Ô mois du Seigneur Généreux, c’est par toi que nous avons été gratifiés de la Nuit, de la Détermination (Laylatul Qadr), qui est une nuit de grâces et d’aisance…".
Ce qui rappelle que Laylatul Qadr est une faveur exceptionnelle qu’Allah a accordée à la communauté du Prophète Muhammad (PSL). En effet, cette grâce, selon lui, n’avait pas été donnée aux communautés précédentes.
Selon un récit rapporté par les savants, le Prophète (PSL) évoqua un homme parmi les enfants d’Israël qui avait combattu dans le sentier de Dieu durant mille mois. Les compagnons furent émerveillés par cet acte d’adoration prolongé. C’est alors qu’Allah révéla la sourate Al-Qadr : "Nous l’avons certes fait descendre pendant la Nuit du Destin. Et qui te fera connaître ce qu’est la Nuit du Destin ? La Nuit du Destin est meilleure que mille mois". Autrement dit, une seule nuit d’adoration durant Laylat al-Qadr est meilleure que mille mois d’adoration accomplis en dehors de cette nuit. Il s’agit donc d’une nuit dont l’immense valeur dépasse toute mesure humaine.
Comment repérer cette nuit ?
Les savants ont divergé quant à la détermination précise de Laylatul Qadr. Toutefois, l’avis majoritaire affirme qu’elle se situe durant les dix dernières nuits du mois de Ramadan, et plus particulièrement dans les nuits impaires. Ainsi, la date de Laylatul Qadr varie d’une année à l’autre. Cette dissimulation comporte une sagesse et une miséricorde d’Allah : elle encourage le croyant à redoubler d’efforts dans l’adoration durant toutes les dix dernières nuits du mois de Ramadan.
Cependant, le Prophète (PSL) a mentionné certains signes permettant de reconnaître cette nuit. Selon un hadith rapporté par Ibn ‘Abbâs, il s’agit d’une nuit paisible et modérée, ni trop chaude ni trop froide, durant laquelle le croyant ressent une grande sérénité. Parmi ses signes également : le soleil se lève le lendemain matin sans rayons éclatants.
Certains croyants privilégient particulièrement la 27ᵉ nuit du Ramadan pour rechercher Laylat al-Qadr, espérant ainsi la rencontrer au moins une fois dans leur vie. Même si ce n’est pas le cas, ils espèrent qu’Allah acceptera leur intention et leurs actes accomplis durant cette nuit. D’autres la recherchent plus particulièrement la 21ᵉ nuit, la 23ᵉ nuit ou encore la 25ᵉ nuit.
Certains musulmans se fondent sur un calendrier permettant de repérer la nuit de Laylatul Qadr en fonction du jour d’apparition du croissant lunaire annonçant le début du mois de Ramadan. Cette méthode consiste à déterminer la nuit la plus probable parmi les dix dernières nuits du mois béni.
"Dans la tradition mouride, Cheikh Ahmadou Bamba a consacré un poème à cette question, dans lequel il expose cette méthode de détermination de la Nuit du Destin. En raison de ce poème et de la bénédiction attachée à sa plume, beaucoup de disciples ont pensé que cette méthode de calcul était propre à Serigne Touba. Toutefois, des sources indiquent que ce mode de calcul remonte en réalité à Ibn Arabi, qui avait déjà évoqué un procédé similaire pour repérer la nuit de Laylatul Qadr à partir du jour de début du Ramadan. Le poème de Cheikh Ahmadou Bamba a ainsi contribué à populariser cette méthode au sein de la communauté mouride", précise le chercheur écrivain.
Si le croissant lunaire du mois de Ramadan apparaît la nuit du lundi, la Nuit de la Détermination correspondra alors à la 19ᵉ nuit. Si c'est mardi, c'est la 25ᵉ nuit ; mercredi, la 17ᵉ nuit ; jeudi, la 23ᵉ nuit ; vendredi, la 29ᵉ nuit ; samedi, la 21ᵉ nuit ; et dimanche, ce sera la 27ᵉ nuit. Pour compléter ce propos, les dévots affirment, selon M. Ba, que la Nuit de la Détermination correspond toujours à une nuit impaire coïncidant avec un vendredi.
"La 17ᵉ nuit peut poser question pour certains. Il convient toutefois de rappeler que la bataille de Badr eut lieu le 17 Ramadan, et plusieurs savants ont mentionné que cette nuit correspondait à une nuit de Laylatul Qadr. Par ailleurs, le Prophète a recommandé de rechercher Laylatul Qadr durant les dix dernières nuits du Ramadan, en particulier les nuits impaires. Dans cette perspective, la 17ᵉ nuit peut également retenir l’attention, puisqu’elle constitue la première nuit impaire précédant les dix dernières nuits du mois", précise le chercheur.
Célébration de cette nuit chez les mourides
Il note à cet effet que Cheikh Ahmadou Bamba a reconnu les différentes méthodes permettant de repérer la Nuit de Laylatul Qadr. En effet, en tant qu’héritier spirituel du Prophète et revivificateur de la religion islamique, il a intégré ces différentes approches dans ses enseignements et dans ses pratiques. Ainsi, on peut retrouver plusieurs formes de recherche de Laylatul Qadr dans la tradition mouride.
Serigne Touba, selon lui, avait l’habitude d’observer la retraite spirituelle (i‘tikâf) durant les dix derniers jours du mois de Ramadan. C’est d’ailleurs lors d’une de ces retraites, dans la mosquée de Darou Khoudoss, qu’il eut la vision du Prophète derrière un voile transparent. Durant ces dix dernières nuits du Ramadan, le fondateur du mouridisme composa également de nombreuses qasidas. Parmi elles, il a cité : "Wakâna Haqqan, Huqqal Bukâ-u, Yazal Bushârâtî, Miftâhu-n Nasr" et bien d’autres.
"Bien que la majorité de la communauté mouride privilégie la nuit qui correspond à une nuit impaire coïncidant avec un vendredi, plusieurs membres de la famille de Cheikh Ahmadou Bamba se sont particulièrement distingués dans la célébration et la vivification de Laylatul Qadr. On peut citer notamment Sokhna Maïmounatou Mbacké, la fille cadette de Serigne Touba, ainsi que la famille de Serigne Modou Faty Khary Mbacké, fils de Serigne Massamba Mbacké. Il est également rapporté que Serigne Touba recommanda à son frère Mame Mor Diarra et à son cousin Serigne Mbacké Bousso de célébrer particulièrement la 27e nuit du Ramadan. Jusqu’à aujourd’hui, leurs descendants perpétuent cette tradition. De même, la famille de Serigne Afiya Bousso célèbre Laylatul Qadr chaque 27e nuit du Ramadan, en hommage à Serigne Afiya Bousso, conformément à la recommandation de Serigne Fallou Mbacké, deuxième khalife des Mourides", a précisé le chercheur.
Les signes de cette nuit
Parmi les signes mentionnés concernant Laylatul Qadr, certains ne se manifestent que durant cette nuit bénie. Des hommes pieux rapportent que, durant cette nuit, le croyant ressent une profonde quiétude et une grande sérénité. Les anges descendent alors sur terre, apportant paix et tranquillité aux cœurs des croyants. Certains savants mentionnent également que, durant cette nuit, la création entière manifeste une forme d’humilité devant Allah. On rapporte ainsi que les arbres s’inclinent symboliquement devant leur Seigneur, que l’eau de mer devient douce et que les anges saluent les croyants.
|
Sokhna Maï Mbacké, la dame de Laylatoul Qadr Au Sénégal, et particulièrement dans le mouridisme, on ne saurait évoquer Laylatul Qadr sans mentionner la sainte Sokhna Maïmouna Mbacké, fille cadette de Serigne Touba. Son nom s’est progressivement associé à la célébration de Laylatul Qadr, au point qu’on l’utilise parfois pour la distinguer de sa sœur Sokhna Maïmouna Al-Koubra. Très tôt, Sokhna Maïmouna Mbacké entreprit de célébrer officiellement cette nuit bénie. Dès 1952, sur l’ordre de son frère Serigne Fallou Mbacké, alors khalife général des Mourides, elle commença à organiser la commémoration de Laylatul Qadr. Cette célébration eut lieu à Darou Mouhty, à Darou Wahab, village qu’elle marqua d’une empreinte spirituelle durable, puis à Touba. Elle célébra Laylatul Qadr pendant plus de quarante-sept ans. Sa dernière volonté fut la perpétuation de cette commémoration. En 1999, année de la dernière édition organisée de son vivant, elle avait déjà hissé cette nuit bénie à une dimension exceptionnelle. Les fidèles se souviennent encore de la gaieté, de la joie et du sourire de Sokhna Maïmounatou durant cette période. Le livre sacré, le Coran, ne la quittait jamais. Durant cette période, elle ordonnait la récitation d’un très grand nombre de versets du Coran en l’honneur de Laylatul Qadr. D’importants troupeaux de moutons, de bœufs et de chameaux étaient élevés, et de nombreux poulaillers étaient aménagés afin de nourrir les hôtes venus nombreux. "À Touba, le mausolée de Sokhna Maïmounatou demeure aujourd’hui encore un lieu de rassemblement pour de nombreux fidèles, en particulier pour les femmes mourides venues célébrer la Nuit du Décret divin. Les déclamations des Khassaïdes par les membres de Hizbut Tarqiyyah résonnent alors dans le ciel de Touba pour célébrer, aux côtés de Badiane Maï, cette nuit bénie dont la vivification dans la piété, selon l'enseignement de l’Envoyé d’Allah (PSL), efface les péchés de celui qui la veille avec foi et espérance", écrit M. Ba. Animée par la quête de l’agrément divin, elle poursuivit son projet durant plusieurs années, avec un succès de plus en plus manifeste. Afin d’assurer la réussite de la célébration de Laylatul Qadr, elle mit en place des projets ambitieux pour disposer de ressources suffisantes. |
CHEIKH THIAM







