Alerte rouge sur les productions de riz

Alors que ses conséquences sur les produits énergétiques sont immédiates, la guerre en Iran pourrait aussi entraîner des bouleversements dans la production mondiale de riz, avec des conséquences sociales et politiques néfastes pour les pays les plus vulnérables.
C’est une guerre qui ne laisse aucun pays indemne. Et plus ça dure, plus les impacts risquent d’être néfastes surtout pour les pays les plus vulnérables. Si jusque-là on a fait un focus sur les tensions liés aux produits pétroliers, certains experts alertent sur les répercussions possibles sur d’autres produits névralgiques. Il en est ainsi du riz pour lequel, les pays d’Afrique de l’Ouest, en particulier le Sénégal, sont très largement dépendants de l’Asie.
Parmi les pays principaux pourvoyeurs, il y a l’Inde qui craint déjà pour les perspectives de production. Le journaliste espagnol Jaume Portell Caño déclare : “L’Inde dépend beaucoup des importations énergétiques. Comme vous le savez, c’est un pays très important dans la production mondiale de riz qui est un produit de grande consommation au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. S’il y a des problèmes d’approvisionnement en énergie et en fertilisants, cela risque d’impacter la production. Les pays africains comme le Sénégal pourraient en souffrir.”
La dépendance indienne
A chaque fois que le grand pays asiatique a été confronté à un problème de production, le marché a explosé et cela impacte forcément les grands importateurs. “Quand l’Inde a des problèmes, elle bloque les exportations. Et quand l’Inde bloque sa production, les conséquences sont immédiates pour les pays de l’Afrique occidentale. Le Sénégal est le pays qui dépend le plus des importations de riz indien. C’est une situation à suivre très attentivement, surtout dans ce contexte de difficultés de trésoreries”, alerte le journaliste économique.
Jusque-là, il n’y a pas de problèmes particuliers. Selon les prévisions, l’impact pourrait se faire sentir dans 6-8 semaines, si le conflit perdure. Il pourrait être bien plus grave que les crises précédentes. “Par le passé, le produit était disponible parce que les autres pays avaient produit. Le Sénégal pouvait donc remplacer le riz indien par celui des autres pays comme le Pakistan. Mais ici, ce n’est pas l’Inde seulement qui est impactée ; c’est plusieurs pays à la fois. S’il n’y a pas de fertilisants, s’il y a des difficultés à accéder à l’énergie, tous les pays vont le ressentir et les conséquences politiques et sociales risquent d’être fâcheuses”, avertit Monsieur Caño.
D’après les projections, les productions locales risquent également de ne pas être épargnées. D’autant plus que la plupart des pays ouest africains dépendent également des importations en fertilisants. Déjà, le gouvernement a entrepris des mesures pour booster cette production. Dans un communiqué publié hier, le ministre en charge du Commerce a rendu public les subventions que le gouvernement envisage de mettre en place pour promouvoir la filière.
Des risques plus graves que les crises précédentes
Selon la note, une subvention de cinquante francs CFA par kilogramme de riz local est instaurée, afin de soutenir les acteurs de la filière, d'accroître la compétitivité de la production nationale et de faciliter l'écoulement des stocks. “Cette subvention s'applique aux quantités de riz blanc vendues et enlevées à compter du 12 novembre 2026”, précise la source.
Au-delà de cette intervention directe, l'État a adopté un ensemble de mesures destinées à protéger durablement le marché national et à valoriser le riz sénégalais. Parmi ces mesures : l'arrêt des importations de riz non parfumé, à l'exception du riz 100 % brisé ; l'indexation des importations sur les achats de riz local, mettant en place un puissant mécanisme incitatif en faveur de la filière ; la priorité accordée au riz sénégalais dans les achats institutionnels….
Les mesures de l’Etat pour promouvoir le riz local
Le gouvernement envisage également : la facilitation des échanges entre commerçants et producteurs de riz local ; le déploiement de vastes campagnes de communication visant à promouvoir l'excellence, la traçabilité et les qualités nutritionnelles du riz produit au Sénégal. “L'État demeure déterminé à préserver le pouvoir d'achat des consommateurs par la stabilisation des prix, et à assurer une disponibilité accrue du riz local sur l'ensemble du territoire national”, soutient la source.
L’État appelle ainsi l’ensemble des acteurs à se mobiliser autour de cette priorité nationale. “Choisir le riz local, c'est contribuer activement à la construction d'une économie plus résiliente, à la création d'emplois durables et à la réalisation de la souveraineté alimentaire du Sénégal”, indiquent les services de Serigne Gueye Diop.
C’est dans ce contexte que le Gouvernement du Sénégal, en collaboration avec la CEDEAO, a mis en place, il y a quelques jours, le Chapitre national de l’Observatoire de la CEDEAO sur le Riz (ERO). “Cette initiative intervient dans un contexte régional marqué par une forte dépendance aux importations de riz en Afrique de l’Ouest”, renseignait le communiqué publié par les parties prenantes. En 2020, précisent-ils, les importations ont représenté 3,34 milliards de dollars en devises, en raison d’une production nationale encore insuffisante pour satisfaire la demande intérieure.
“Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, la production régionale ne couvre qu’environ 61% des besoins, ce qui souligne l’urgence de renforcer la résilience et la compétitivité du secteur”, souligne la source, qui relevait des difficultés importantes de la filière au Sénégal.
Pour le représentant de l’Observatoire de la CEDEAO sur le Riz, Dr Abdoul Karim Sanou, il urge de trouver des solutions à ce problème. Le riz, rappelle-t-il, est une denrée stratégique en Afrique de l’Ouest. “À travers l’ERO, il s’agit de coordonner les investissements, d’aligner les politiques et de faciliter l’accès au financement. La mise en place du Chapitre national permettra de structurer le secteur au Sénégal, tout en assurant une meilleure articulation avec les dynamiques régionales”, plaide le président.
MOR AMAR







