Publié le 6 Oct 2026 - 14:06
INONDATIONS MEURTRIÈRES À DAKAR

Mauvais temps sur la capitale

 

Alors que l'on pouvait penser que l'hivernage avait déjà entamé son dernier chant du cygne, voilà qu'il frappe de plein fouet une bonne fête du Sénégal. Beaucoup de dégâts, notamment à Dakar et sa banlieue, et de nombreuses pertes en vies humaines constituant le bilan provisoire de ces intempéries qu'on pourrait qualifier d'hors saison. Même si le gouvernement, à travers les ministères concernés, a sonné la mobilisation, pour l'heure, la capitale sénégalaise patauge.

 

Une catastrophe pluviométrique aux conséquences dramatiques

Les représailles d'une violence inouïe qui se sont abattues sur le territoire national pendant le week-end ont notamment plongé la région de Dakar ainsi que plusieurs localités de l'intérieur du pays dans une détresse profonde. L'Agence nationale de l'aviation civile et de la météorologie (Anacim) a fait état de relevés météo exceptionnels, atteignant jusqu'à 142 millimètres d'eau en 24 heures à Ranérou ou Rufisque, et 138 millimètres à Yoff. Des volumes d'eau massifs et soudains qui ont submergé des pans entiers de la presqu'île du Cap-Vert, engloutissant sous les flots des voies publiques et des milliers d'habitations. Ce lundi encore, les principales artères de la capitale étaient quasi impraticables.

Ce reflux pluviométrique tardif a, hélas, alourdi le bilan humain. Aux Parcelles Assainies, le drame a suscité une vive émotion après le décès tragique d'une mère et de son enfant, emportés ou piégés par la montée brutale des eaux pluviales. Partout dans la capitale et sa grande banlieue, le constat est saisissant : des logements complètement rendus inhabitables, des familles entières dépossédées de leurs biens matériels et contraintes d'abandonner leur domicile en catastrophe. Dans une communication officielle diffusée dans la nuit de dimanche à lundi, le ministère de l'Intérieur et de la Sécurité publique a confirmé l'existence de plusieurs pertes en vies humaines et de dégâts matériels considérables à travers le pays. Cette météo déchaînée est survenue au pire des moments, coïncidant exactement avec la journée tant attendue de la rentrée des classes pour des milliers d'élèves, accentuant encore la désorganisation générale.

Une mobilité urbaine et des infrastructures totalement asphyxiées

L'impact des inondations sur les réseaux de transport urbain et de communication de la région dakaroise a été immédiat et dévastateur. Les axes majeurs de la capitale se sont transformés en de véritables lacs artificiels impraticables pour les véhicules, bloquant des milliers de travailleurs, d'usagers et de transporteurs sur les routes. Sur le réseau du Bus Rapid Transit (SunuBRT), par exemple, l'exploitation normale a été rendue impossible.

Sur le réseau ferroviaire, le Train Express Régional (TER) a subi également des désagréments majeurs. L'envahissement des voies par les eaux de ruissellement a interrompu le service habituel, caractérisé par les rames de dessertr les gares stratégiques des Beaux Maraîchers ainsi que de Pikine Nord (PNR), dans le sens dépendant de Dakar à Diamniadio. Le trafic routier névralgique a tout aussi été compromis. Sur l'Autoroute Dakar-AIBD, le débordement spectaculaire du marigot de Mbao, à hauteur de la commune de Keur Massar, a créé des bouchons interminables dans les deux sens de circulation. La force du courant et la profondeur de la nappe d'eau sur la chaussée ont rendu le passage des véhicules légers quasiment irréalisable. Face au risque de noyade ou d'immobilité des véhicules, la société concessionnaire et les forces de sécurité recommandent fermement aux usagers de contourner la zone et d'emprunter des itinéraires secondaires.

Philippe Maguilène Senghor encore tel un symbole

Les structures sanitaires de la capitale n'ont malheureusement pas été épargnées. Le centre de santé Philippe Maguilène Senghor, situé dans la commune de Yoff, incarne de manière tragique la vulnérabilité récurrente des équipements publics face au manque d'assainissement adéquat. Submergé par les eaux de ruissellement qui ont déferlé dans la cour et l'intérieur des locaux, le centre hospitalier est tombé dans une situation critique. Les eaux stagnantes ont piégé le personnel soignant, les patients épuisés et leurs accompagnants, rendant impraticables plusieurs salles de soins et de consultation. Outre l'inconfort et la détresse psychologique causés aux malades, ce sinistre a détruit d'importants lots de médicaments de première nécessité, endommagé des équipements médicaux de valeur et altéré des dossiers d'archives indispensables.

La gravité de la situation a poussé les partenaires sociaux à taper du poing sur la table. Mballo Dia Thiam, secrétaire général du Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l'action sociale (Sutsas), est monté au créneau pour exiger des décisions fermes de la part des autorités de tutelle. Selon le responsable syndical, cette infrastructure médicale doit impérativement être fermée dans les plus brefs délais et faire l'objet d'une délocalisation définitive vers un site sécurisé et adapté afin d'éviter qu'un tel drame sanitaire ne se reproduise à la moindre intempérie. Par ailleurs, la société nationale d'eau (Sen'Eau) a signalé des perturbations majeures dans l'approvisionnement en eau potable de plusieurs quartiers de Dakar, la submersion d'usines de traitement et l'arrêt de pompes ayant lourdement handicapé le réseau de distribution.

La cellule de crise gouvernementale et la descente sur le terrain

Devant la gravité inédite de ce bilan et le désarroi grandissant de la population, la réaction des hautes autorités de l'État ne s'est pas fait attendre. Dès lundi matin, le Premier ministre a présidé une réunion d'urgence au sommet de l'Exécutif afin de coordonner les actions de secours, de débloquer les moyens matériels nécessaires et de déclencher les dispositifs d'assistance humanitaire.

À la suite de cette rencontre stratégique, une mission ministérielle de terrain s'est rapidement déployée à partir de 13 heures dans les principales zones sinistrées de l'agglomération dakaroise. La délégation comprenait le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, le ministre de l'Hydraulique et de l'Assainissement, Cheikh Tidiane Gaye, ainsi que la ministre de la Famille, de l'Action sociale et des Solidarités, Marie Angélique Mame Selbé Diouf. Les membres du gouvernement se sont rendus au plus près des dégâts, notamment dans la zone de captage de Grand Yoff ainsi que dans d'autres bassins de rétention saturés. L'objectif avoué de cette descente gouvernementale était de constater de visu l'ampleur des sinistres, d'écouter la détresse des habitants pieds dans l'eau et de superviser le travail des secours mobilisés sur les sites inondés. À la suite de cette visite d'évaluation, un point de presse officiel a été annoncé pour faire le point sur les décisions arrêtées par les autorités.

Vague de réactions politiques et appels à la solidarité nationale

Cette catastrophe climatique et humaine a provoqué une vive vague d'émotion à travers tout le pays. De nombreuses personnalités politiques et organisations citoyennes ont réagi publiquement par des communiqués de soutien et de solidarité envers les victimes. Le président du mouvement la Nouvelle Responsabilité / Jamm-ji, Amadou Ba, a partagé son émotion et précisant ses prières aux victimes : « Les fortes pluies de ces derniers jours ont durement éprouvé plusieurs localités de notre pays et endeuillé des familles. J'adresse mes sincères condoléances aux familles des victimes et toute ma compassion aux populations touchées par les inondations et les dégâts causés par ces intempéries. J'ai une pensée particulière pour les Parcelles Assainies, où une mère et son enfant ont tragiquement perdu la vie. Que Dieu accorde aux disparus Son pardon et les accueille dans Son Paradis éternel. Qu'il apporte réconfort et courage à toutes les familles éprouvées. »

Pour sa part, Pastef - Les Patriotes a réagi en soulignant l'urgence d'une prise en charge adéquate : « À la suite des fortes pluies qui se sont abattues ce week-end sur une grande partie du territoire national, de graves inondations ont provoqué des pertes en vies humaines, rendu de logements de nombreux inhabitables, plongé des familles dans la détresse et fortement perturbé la circulation en cette journée de rentrée des classes. Pastef -Les Patriotes présente ses sincères condoléances aux familles endeuillées et exprime sa profonde compassion à l'ensemble des populations sinistrées. Le parti appelle à un élan de solidarité nationale pour soutenir les populations touchées. En conséquence, le parti invite le Gouvernement à prendre toutes les mesures d'urgence qui s'imposent, notamment par le déploiement immédiat d'une assistance humanitaire adéquate en faveur des populations affectées. »

Enfin, le parti Kiiraay - Les Patriotes Républicains a également fait entendre sa voix à travers un communiqué de compassion : « Kiiraay Les Patriotes Républicains expriment sa profonde compassion et sa solidarité à l'ensemble des populations affectées par les fortes pluies enregistrées ces derniers jours sur plusieurs localités du pays. Le Parti adresse ses condoléances aux plus attristées aux familles endeuillées et assure aux personnes sinistrées de sa solidarité et de son soutien dans cette douloureuse circonstance. Kiiraay Les Patriotes Républicains appellent à la solidarité nationale et souhaitent un prompt rétablissement aux personnes touchées, ainsi que du courage et de la résilience à toutes les familles éprouvées. »

Mamadou Diop

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