Publié le 6 Dec 2021 - 13:55

L’infraction de haute trahision : quelle vacuité !

 

Peut-on parler d’une responsabilité pénale supposée ou réelle du Chef de l’Etat ? Il n'y a pas de définition juridique. Seulement, parfois, une énumération timide des cas d'ouverture quand ce chef d'inculpation est brandi. Le Code Pénal prévoit des Crimes de trahison et d’espionnage seulement contre la Sureté de l’Etat, Cf : Titre PREMIER-Chapitre I : « Crimes et délits contre la sûreté de l'Etat »

Selon la Constitution du 22 Janvier 2001 en son article 101 alinéa 1 dispose que : « Le Président de la République n’est responsable des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions qu’en cas de haute trahison. Il ne peut être mis en accusation que par l’Assemblée nationale, statuant par un vote identique au scrutin secret, à la majorité des trois cinquièmes des membres les composant ; il est jugé par la Haute Cour de Justice ».

A la lecture de l’article 101 précité, il donne l’impression d’expliquer plutôt les conditions de poursuites du Chef de l’Etat que les éléments constitutifs de l’infraction de son inculpation. L’infraction existe bel et bien, mais la Loi ne lui donne aucun contenu pour pouvoir qualifier avec objectivité que tels actes, faits, gestes ou omissions rentrent dans le champ d’application du délit de Haute Trahison.

Il semble que nos Présidents sont conscients d’être intouchables, d’avoir la chance de ne jamais être poursuivis, parce que la Constitution précise que la notion de « HAUTE TRAHISION » n’est pas définie. Il convient de constater que l’article 101 n’a jamais fait l’objet d’application et ne s’analyse comme une fiction juridique qui serait superfétatoire parce qu’elle est sans objet.

Au demeurant, à l’analyse des rédacteurs de la Constitution, il semble vouloir se conformer à l’adage selon lequel « NUL N’EST AU-DESSU DE LA LOI » mais, pour dire vrai, poursuivre un Chef d’Etat du Sénégal au regard de notre système juridique actuel relève d’une utopie.

N’en déplaise aux citoyens qui imaginent de voir un ex chef d’Etat ou en exercice de payer ses actes jugés gravissime troublant même la morale publique. Autrement dit, l’élément légal est imprécis voire inexistant, alors que pour qu’une infraction puisse se réaliser, il faut la réunion de 3 éléments inéluctables (Légal, matériel et intentionnel).

A titre d’exemple, on se rappelle de l’affaire Alex SEGURA en 2009 et d’autres cas de détournements, de corruptions supposés ou avérés ont fait couler des quantités d’encre et de salive. Au finish, aucune poursuite ni audition ni inculpation, alors qu’il y a parfois des indices graves et concordants pour ouvrir une information judiciaire.

Une évolution démocratique rime nécessairement avec le changement de Loi. C’est pourquoi, il faut songer à donner un contenu explicite au délit de « Haute Trahison » pour ne pas tomber ad vitam aeternam  dans la confusion des actes qui relèvent du Droit et la Morale et ceux de purement politique, La solution serait sans doute de reprendre la définition de la responsabilité présidentielle donnée par la France depuis la réforme constitutionnelle de 2025 que :  « le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatibles avec l’exercice de son mandat »

                                                         « NUL N’EST CENSE IGNORER LA LOI »

 EL Amath THIAM, Consultant en droit, Spécialiste du Contentieux des Affaire. thiamelamath@yahoo.fr

Section: 
RACISME, XÉNOPHOBIE ET STIGMATISATION EN AFRIQUE : Horizon Sans Frontières lance un observatoire pour agir, alerter et protéger !
LETTRE OUVERTE À M. SERIGNE MBOUP, MAIRE DE KAOLACK* Actes de compromission avec l’ambassadeur d’Israël
Le “Projet” à l’épreuve de la session extraordinaire du Parlement
NOUVEAU CODE DU TRAVAIL : Penser l’emploi au-delà du salariat
LES INONDATIONS À DAKAR : Le Plan Jaxaay, révélateur d’incohérences politiques
DE L’IDÉAL SOUVERAINISTE AU MIRAGE POPULISTE : Sonko et l’impossible héritage
Mimi Touré, la faiseuse de destins
LE MUSÉE AFRICAIN DU FUTUR : Un patrimoine vivant au service de la création et des publics
Le mépris du peuple est aussi est un symptôme de l’aliénation systémique
L’AJUSTEMENT PROGRESSIF : La seule vraie solution économique au contexte sénégalais
DE LA DÉMISSION DE LA PENSÉE : Quand l’intellectuel se fait courtisan
RÉGULER POUR TRANSFORMER : Les sept priorités d’une ARTP au service du Sénégal numérique
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, M. BASSIROU DIOMAYE FAYE, ET AU DG DE L'APIX, M. BAKARY SÉGA BATHILY 600 hectares de Toubab-Dialaw : vous n’avez pas le droit de sacrifier un peuple
Chroniques pour un Sénégal souverain et juste N° 01 · Août 2026 De la croissance aux citoyens : Pour une transformation territoriale de la performance économique du Sénégal
Le Parti socialiste n’est pas à vendre
AGETIP : Qu’en est-il en termes de procédure ?
DISCOURS DU PR PAPA FARY SEYE : QUAND LA PAROLE ÉDUCATIVE DEVIENT UNE PENSÉE DE LA RÉPUBLIQUE Un discours pour penser l’excellence, l’école et la République
Comment mettre le savoir au service du pouvoir au Sénégal ?
LES FONDS SPÉCIAUX AU SÉNÉGAL : Une catégorie fantôme dans la République ?
MOBILISER LA DIASPORA SCIENTIFIQUE : De l’opportunité à la stratégie pour le Sénégal et l’Afrique