Publié le 9 Jan 2016 - 05:06

La République sera toujours plus forte que la corruption.

 

Chacun, aussi révolté qu’il soit, doit garder son sang-froid et comprendre que dans ces circonstances tout amalgame serait insupportable, injuste et odieux.

Durant trois années, le débat public s’est fait d’attaques et de polémiques alors que le Sénégal, dans la situation où il se trouve, a d’abord besoin de tracer un nouvel avenir.

Avec le recul, je me suis donné le temps de la réflexion. J’ai beaucoup pensé à ce que nous avions vécu avec le régime du Président Wade. A ce qu'il avait réussi. A ce qu'il avait manqué aussi. A ce qu’il fallait changer. A ce qu’il fallait garder. A ce qu’il fallait approfondir.  

Trois ans durant, j’ai assisté, silencieux et triste à la destruction systématique de tout ce que le Président Wade avait fait, non parce que c’était mal, ou que cela ne marchait pas, mais parce que c’était lui. Dès le lendemain de l’élection présidentielle, tous ceux qui ne pensaient pas dans la bonne direction, n’appartenaient pas à la nouvelle majorité, étaient destitués, démis, accusés, renvoyés ! Cette fascination pour la revanche a précipité le pays dans la stupéfaction d’abord, dans l’indignation ensuite.

Le nombre de stigmatisations est si important. Les Sénégalais éprouvent l’impression qu’au sommet de l’Etat, ils sont perdus, sonnés, incapables du moindre rebond, sans perspective et sans stratégie. Et que dire de ces comportements qui abaissent le débat public : la gouvernance dite sobre et vertueuse… On imagine ce que cela aurait été si elle ne l’avait pas été ! Le comportement exemplaire des ministres, le Président qui ne se mêlera pas de tout, la vie privée qui ne devra pas interférer avec la vie publique. Que reste-t-il du yoonou yokoute ?

A mi-mandat présidentiel, c’est sans doute ce que l’on appelle un sans-faute ! On s’attendait au pire. Et bien nous voici servi.

Devant cette situation du Sénégal, il nous faut être responsables, républicains, à la hauteur de la gravité de la crise. Nous ne devons pas jeter de l’huile sur le feu. Nous n’avons pas le droit d’attiser les colères et les frustrations avec le financement supposé russe.

Devant la gravité de la situation du Sénégal, il faut sans délai mettre fin aux querelles, aux disputes dérisoires qui ont, j’ose le mot, ridiculisé le débat politique ces dernières années. Nous n’avons plus le droit de nous diviser. Nous avons le devoir de nous rassembler.

Il s’agira de donner à chacun de nos compatriotes, quel qu’il soit, l’opportunité de participer au redressement du pays, de donner le meilleur de lui-même pour un objectif qui doit dépasser chacun d’entre nous : l’avenir du Sénégal. Pas d’aveuglement idéologique ; il s’agit de trouver de nouvelles idées, de nouvelles solutions, de nouvelles perspectives parce que les défis sont nouveaux et que s’il suffisait de s’en référer aux économistes du XIXème siècle ou du XXème siècle pour trouver les voies d’une politique économique efficace, cela se saurait.

Tout devra être revu de fond en comble. Il ne s’agit pas d’imiter les autres. Il s’agit encore moins de nous renier. Il s’agit de s’adapter pour trouver les voies du génie senegalais.  Le monde a terriblement changé. Dans ce monde si ouvert, tout est libre pour ceux qui vont vite, tout devient impossible pour ceux qui sont embarrassés par le poids des structures et des idéologies.

Nos entreprises doivent pouvoir se battre à armes égales au moins avec leurs concurrents africains, asiatiques, américains et européens. C’est la conséquence logique de la liberté de circulation des hommes et des capitaux. Nous sommes 13 millions de Sénégalais, il y a 7 milliards d’habitants sur la planète, croyez-vous vraiment que ces milliards d’habitants qui ne sont pas nous vont attendre benoitement que nous nous mettions à travailler pour quitter notre classement parmi les 25 plus pauvres pays du monde ? Abandonnons les vieilles lunes de la lutte des classes, abandonnons les procès en sorcellerie sur les richesses des Sénégalais, abandonnons la jalousie morbide pour faire comprendre à chacun que plus nous aurons d’entreprises prospères, plus il y aura d’emplois.

Peut-on avec un minimum de bon sens faire entendre que la solidarité est une priorité nationale mais que si l’on distribue ce que l’on n’a pas produit, si l’on partage ce que l’on n’a pas acquis, si l’on promet ce que l’on ne s’est pas donné la peine de créer, alors ce sera le chômage, la pauvreté, l’exclusion pour le plus grand nombre ? Je ne veux pas de ce choix pour les Sénégalais.

La question estde savoir quelle est la politique économique qui nous permettra d’avoir de la croissance à 2 chiffres, de créer des emplois, et d’attirer au Sénégal les investisseurs et les créateurs.

Faut-il être aveugle pour ne pas constater le véritable exode de nos jeunes qui partent à l’étranger parce qu’ils pensent que la réussite n’est pas possible et surtout qu’elle n’est pas acceptée au Sénégal? Ils partent mais le pire, c’est que beaucoup d’entre eux ne voudront pas revenir. Voici le beau résultat de tous ceux qui ont mis tant d’énergie à désacraliser le travail, à rabaisser le mérite, à stigmatiser l’ambition, à moquer le dépassement de soi.

A vouloir contester systématiquement les classements, la sélection, la récompense, on a abandonné la société sénégalaise à la jalousie, à l’envie, au nivellement généralisé. A force d’insécuriser les entrepreneurs, les artisans, les inventeurs, les travailleurs indépendants, on a découragé ceux qui voulaient créer, développer, réussir, entreprendre. En agissant ainsi, on abime

le génie sénégalais qui a tant besoin de liberté.

On n’a pas compris que l’addition des réussites individuelles est la condition de la réussite collective d’un pays. On n’a pas admis qu’il faut favoriser le risque, l’ambition, la nouveauté. L’immobilisme, c’est la certitude d’échouer. Entreprendre, c’est la possibilité de réussir. La vie n’est faite que de risques. Le pire étant sans doute celui qui consiste à n’en prendre aucun. Ce n’est pas ma vision du Sénégal.

Vive la république                                                                                                                                           Vive le Sénégal

Monsieur Baba DIAKHATE.

Juriste/Doctorant en Droit

 

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